mai 28, 2024

Blue Jean – Quand l’Homoseuxalité était un Délit

De : Georgia Oakley

Avec Rosy McEwen, Kerrie Hayes, Lucy Halliday, Lydia Page

Année : 2023

Pays : Angleterre

Genre : Drame

Résumé :

1988, l’Angleterre de Margaret Thatcher. Jean, professeure d’éducation physique, est obligée de cacher son homosexualité, surtout depuis le vote d’une loi stigmatisant la communauté gay. C’est sans compter sur une nouvelle étudiante qui menace de révéler son secret…

Avis :

Réalisatrice britannique, « Blue Jean » est le premier film de cinéma de Georgia Oakley. Oui, je précise de cinéma, car avant cela, la cinéaste a traversé les années 2010 en réalisant des courts-métrages. Elle en a réalisé cinq, puis en 2019, elle est choisie pour réaliser « Bored« , un téléfilm au sujet d’une histoire entre femmes.

Pendant qu’elle tournait ce téléfilm, Georgia Oakley cherchait des histoires qui pourraient être intéressantes et qui donnaient matière à réaliser un film. Et c’est ainsi qu’elle est tombée sur l’histoire de femmes qui sont descendues en rappel depuis le balcon de la chambre des lords, pour protester contre une loi qui allait être votée. Cette loi, c’est la section 28, et elle interdisait de parler d’homosexualité à l’école.

«  »Blue Jean » se pose comme un joli premier film. »

Ne connaissant pas cette loi, (Georgia Oakley est née en 1988) la jeune cinéaste s’est documentée et il est né l’histoire de cette professeur d’EPS, lesbienne dans l’Angleterre de Thatcher. Avec la promulgation de cette loi, à l’époque, si l’homosexualité de son personnage était découverte, alors la professeure perdait son emploi. Le sujet est beau et l’époque que décrit Georgia Oakley au travers de son film est aussi passionnante qu’elle est dramatique envers la communauté gay.

Faisant une piqûre de rappel en évoquant une loi qui fut abrogée il n’y a pas si longtemps que ça, « Blue Jean » se pose comme un joli premier film. Un film qui pose une intrigue et un personnage intéressant, et derrière ça, au fur et à mesure des ficelles que tire le scénario, le film de Georgia Oakley pose un sacré dilemme, et évoque la difficulté de vivre dans le mensonge et dans les apparences.

Angleterre, 1988, le gouvernement de Margaret Thatcher vient de voter une loi qui interdit la promotion de l’homosexualité. Jean est alors professeur d’EPS dans un collège. Cachant son homosexualité aux yeux de tous, Jean fait son travail avec passion et intérêt, mais elle ne fréquente pas ses collègues. Une fois en dehors de l’établissement, Jean mène une tout autre vie. Puis un soir, dans un bar gay de sa ville, alors qu’elle est avec sa copine et des amies, Jean croise Lois, une de ses élèves. Dès lors, Jean se sent en danger, d’autant plus que cette élève en question n’a pas l’air de prendre la mesure du danger si l’homosexualité de Jean était révélée…

« Très intéressant dans son écriture, « Blue Jean » décrit avec précision et réalisme l’Angleterre de la fin des années 80. »

Pour son premier long-métrage Georgia Oakley a donc choisi d’explorer un sujet et une époque qui n’est pas si lointaine de nous, et elle va en tirer un joli premier film.

« Blue Jean » est un film qui explore le poids de vivre dans le mensonge et la façon qu’on peut avoir de se protéger face à des lois qui sont liberticides. Très intéressant dans son écriture, « Blue Jean » décrit avec précision et réalisme l’Angleterre de la fin des années 80. Son intrigue est peuplée de détails qui donnent beaucoup de relief et de sens à l’histoire qui nous est racontée là. Il y a quelque chose dans ce film qui rappelle en permanence la « condition » du personnage et la complexité de sa place. Le film est peuplé de regards qui sont autant de jugements, et puis derrière ça, l’époque croule (peut-être un peu trop) sous la pression de cette loi dont on parle en permanence, que ce soit à la radio, à la télévision, ou encore entre collègues.

Face à tout cela, il est tristement passionnant de voir ce personnage évoluer dans ce contexte, et suivre tous les dilemmes que son quotidien pose devant elle. Partagé entre deux vies qui sont deux facettes d’une même personne, « Blue Jean » va alors mettre encore plus de « bâtons dans les roues » de son personnage, avec cette élève qui arrive dans son monde. Avec le personnage de cette élève, le film soulève tout un tas de bons et beaux sujets, comme le choc des générations face à l’homosexualité, le coming out et l’évolution de la société, même s’il reste encore tellement à faire.

« L’actrice est criante de vérité face aux maux qui la rongent petit à petit. »

Puis petit à petit, le film entraîne ses personnages vers un dilemme d’une extrême dureté, tant la décision à prendre est d’une injustice dramatique. Jusqu’où peut-on aller pour se protéger ? La question est loin d’être évidente et bien souvent la réponse amène beaucoup de regrets et l’on ne peut qu’être touché par cette histoire.

Si l’on est touché aussi, c’est grâce à la subtilité et la simplicité du jeu de ses actrices et plus particulièrement de Rosy McEwen, qui tient le rôle principal de ce film et l’actrice est criante de vérité face aux maux qui la rongent petit à petit. Pour la faire évoluer, se questionner, souffrir et prendre position, Georgia Oakley a réuni un joli casting, dont ressortent Lucy Halliday en jeune collégienne lesbienne et Kerrie Hayes en petite amie de Jean. D’ailleurs, le film pose une relation magnifique entre les deux femmes.

« La réalisatrice a réussi à capter une belle ambiance et elle sait aborder sans pathos ou grossissement les maux qui parcourent ses personnages. »

Du côté de l’esthétisme et de la mise en scène de ce premier film, Georgia Oakley livre un joli film, qui est esthétiquement très réussi. La réalisatrice a réussi à capter une belle ambiance et elle sait aborder sans pathos ou grossissement les maux qui parcourent ses personnages. De plus, elle sait très bien mettre en scène l’intimité de ses personnages, et l’on est touché par ce qu’elle filme et raconte. Après, malgré tout, il y a quand même des longueurs, et sur la fin, le film a une petite tendance à tourner en rond, comme si on avait finalement fait le tour de la question et que son personnage était piégé avec ce qu’elle fait et ce qu’elle devrait faire. Bon, heureusement, le film sait se sortir de là et offre une dernière scène pleine de sens.

« Blue Jean » se pose donc comme un bon premier film, qui s’aventure à rappeler qu’à une époque pas si lointaine que cela, la vie était bien moins facile pour les homosexuelles. En explorant le portrait de cette femme enseignante, Georgia Oakley aborde les maux d’un quotidien avec précision et le poids du mensonge et l’injustice se font presque étouffants. Si le film se fait parfois un peu longuet, il ne manque pas d’intérêt et de caractère, et derrière ça, il nous présente deux femmes de talent (Georgia Oakley et Rosy McEwen) qu’on a déjà envie de retrouver dans de futurs projets.

Note : 14,5/20

Par Cinéted

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