février 4, 2023

Frankenstein

Auteur : Junji Ito

Editeur : Mangetsu

Genre : Seinen

Résumé :

En 1817, en pleine expédition vers le pôle Nord, Robert Walton rencontre un individu mystérieux à la dérive sur un morceau de banquise. Cet homme n’est autre que Victor Frankenstein, un savant au destin tragique qui est parvenu à insuffler la vie à une créature constituée de morceaux de cadavres. Junji Ito revisite l’œuvre emblématique de Mary Shelley dans cette adaptation fidèle et horrifique d’un texte fondateur du roman gothique. Retrouvez également dix nouvelles du maître de l’horreur, dont six récits d’Oshikiri, un jeune lycéen taciturne habitant une immense demeure devenue le théâtre de phénomènes paranormaux de plus en plus terrifiants.

Avis :

Il est assez fréquent que certains auteurs aient du succès une fois leur vie terminée. Un bon nombre d’écrivains sont décédés dans une misère totale et un certain anonymat avant de devenir culte avec le temps qui passe. On songe bien évidemment à Edgar Allan Poe, mais on peut aussi citer H.P. Lovecraft et bien d’autres. Puis il arrive aussi que des auteurs gagnent des prix des années après l’écriture d’une œuvre, et là, c’est le cas pour Junji Ito. Remportant le prix Eisner de la meilleure adaptation en 2019 pour Frankenstein, il faut savoir que le mangaka a dessiné cela en 1994, et que ce prix correspond à la sortie américaine. Comme quoi, il ne faut jamais désespérer. Sortant en France grâce à Mangetsu dans un format regroupant aussi dix nouvelles, le roman culte de Mary Shelley trouve ici une belle relecture.

Avant de s’occuper de ses dessins et de ses cases, Junji Ito va découvrir le roman et il va être stupéfait par sa richesse et son lyrisme, malgré la présence d’un monstre sanguinaire. Ne voulant pas forcément faire dans la redite, l’auteur, alors en plein boum, va proposer une version fidèle, mais qui va plus loin que l’œuvre d’origine. Ici, on navigue en terre connue, avec un scientifique qui va jouer à Dieu, ne réfrénant pas son addiction pour la découverte. Après avoir créé son monstre, on perd de vue le personnage pour aller au pôle Nord avec une expédition qui va récupérer le docteur Frankenstein sur une barque de fortune et dans un état lamentable. Ce dernier décide alors de raconter son histoire au capitaine du bateau. Et c’est donc sous la forme d’un gros flashback que l’on va connaître l’histoire de ce monstre.

La première chose qui frappe vraiment dans cette adaptation, c’est le style si particulier de Junji Ito. Si l’on est loin de ses dernières œuvres qui fourmillent de détails, on reste dans un dessin simple mais très efficace. Etrangement, lorsque le monstre n’est pas présent, on a une certaine clarté dans l’image, nous réconfortant et prouvant qu’il n’y a pas de danger immédiat. Mais lorsque la créature arrive, l’ambiance change du tout au tout et les traits deviennent plus sombres, plus gras. L’auteur sait très bien ce qu’il fait et il crée une vraie atmosphère autour d’un protagoniste victime de son créateur, victime d’une haine alors qu’il n’a rien demandé. Les thèmes de Mary Shelley sont bien présents, et le mangaka va aller encore plus loin dans son final. Car oui, il ne s’arrête pas à la course-poursuite dans les glaces du pôle Nord.

Afin de créer une atmosphère encore plus pesante, l’auteur va pousser le vice jusqu’à créer une créature féminine pour combler de bonheur le monstre. Revenant alors à des délires gores propres à son dessinateur, on aura droit à un final à la fois dramatique et tragique autour d’un monstre qui fera peur même à quelqu’un de son espèce. Une créature féminine qui d’ailleurs n’accepte pas non plus son corps et son sort. Fait assez étonnant dans ce final, qui rejoint celui du film qui sortira la même année. Comme quoi, les grands esprits se rencontrent. Bref, tout cela concorde à rendre ce Frankenstein si particulier et relativement intéressant à lire, même si on connait l’histoire par cœur.

Dans l’édition qui est sortie en France, on aura droit à de jolis bonus sur la fin. Outre l’analyse toujours pertinente de Morolian, dix petites histoires seront présentes. Des histoires qui mettent en scène Oshikiri, un jeune garçon petit en taille et timide, mais qui habite dans une grande maison où il y a un passage vers d’autres dimensions. Cela va donner six segments inégaux, qui peuvent être aussi intéressants que banals. Mais on trouvera toujours la patte de Junji Ito, créant un malaise dans des situations communes, en mettant en avant un doppelganger maléfique ou encore des parents machiavéliques. L’horreur surgit de la banalité, encore une fois. Mais la question de la présence de ces histoires se pose, notamment dans un manga qui se nomme Frankenstein. Et on trouvera les réponses dans l’analyse de Morolian, qui fait à chaque fois un parallèle malin entre Oshikiri et la créature.

On restera plus dubitatif sur les histoires courtes de la toute fin du manga. On s’éloigne largement du registre de l’horreur pour avoir droit à deux petits trucs concernant la vie et la mort de Non-Non, le bichon de Junji Ito. Le problème, c’est que ce n’est pas très drôle, et surtout, ça n’a pas sa place dans un tel recueil. Alors certes, ce n’est que le temps d’une dizaine de pages, sur la fin, mais ça nous sort du délire horrifique de la chose, d’autant plus que juste avant, on a droit à un récit ignoble autour d’une petite fille qui se transforme en poupée, mais qui pourrit très vite avec à la toute fin un immense dessin gore à souhait et très dérangeant. Alors que vient faire la vie du chien là-dedans ? Mystère.

Au final, Frankenstein reste une œuvre fortement recommandable, aussi bien pour les amateurs du roman de Mary Shelley que pour les amoureux de Junji Ito. La combinaison des deux univers fonctionne bien et jette un regard pas forcément neuf, mais différent, et c’est déjà pas mal. Histoire de bien peaufiner son travail gargantuesque autour de l’œuvre du maître de l’horreur nippone, Mangetsu complète cela avec des histoires courtes à la fois inquiétantes et parfois drôles, qui raviront sans aucun doute les fans de la première heure.

Note : 15/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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