octobre 6, 2022
BD

Mémoires d’Alexandrie – Hérophile

Autrice : Chiara Raimondi

Editeur : Ankama

Genre : Historique

Résumé :

Égypte, III e siècle av. J.-C. Si le roi Ptolémée œuvre pour l’épanouissement scientifique d’Alexandrie en appelant les têtes pensantes du monde entier, les pratiques avant-gardistes d’Hérophile et Érasistrate sont vues d’un mauvais œil par les autres savants. Si Hérophile ne recule devant rien pour faire progresser la médecine, ni même le courroux des dieux, jusqu’où son obsession pour la connaissance le mènera-t-elle ?

Avis :

La bande-dessinée historique sert, en règle générale, à deux choses. La première est de mettre en image des évènements plus ou moins connus de tous, afin d’y apporter soit un nouveau point de vue, soit un élément graphique particulier. La seconde est de mettre en lumière des personnages aujourd’hui oubliés, et qui pourtant, on fait bouger les lignes de notre évolution. C’est un peu ce que souhaite faire Chiara Raimondi avec son triptyque nommé Mémoires d’Alexandrie. Prenant place trois siècles avant J.C., la jeune autrice veut présenter trois personnages oubliés ayant connu la célèbre bibliothèque d’Alexandrie et qui, en leur temps, étaient très en avance sur leur époque. Et avant d’attaquer Ptolémée, le premier tome se focalise sur Hérophile, un médecin qui a voulu pratiquer l’autopsie pour mieux guérir les patients. En faisant ainsi, Chiara Raimondi attise la curiosité et montre que la religion est un frein au progrès.

L’histoire débute avec Hérophile qui planque ses recherches sous une dalle, avec les mains ensanglantées. On découvre qu’il est recherché à cause de ses expérimentations sur des cadavres, empêchant ainsi les défunts de rejoindre le repos éternel auprès des dieux. Dès sa capture, l’autrice propose un flashback qui explique comment Hérophile est arrivé à la cour de Ptolémée, alors roi d’Egypte. Très rapidement, l’histoire évoque le projet fou de ce monarque qui souhaite rassembler les plus grands savants du monde dans sa bibliothèque afin de faire de ce lieu le centre de tous les savoirs. Hérophile pense alors pouvoir jouir d’un certain statut, mais il est tout d’abord moqué par ses pairs, plaçant l’esprit et la foi au-dessus du corps, puis il est dévoyé par le roi, qui lui donne comme bureau un sous-sol où il va devoir soigner les malades.

Seulement, après avoir guéri plusieurs patients, il fait part de son idée d’ouvrir les corps pour mieux les comprendre, et Ptolémée lui fournit alors des prisonniers dont il peut disposer à sa guise. Cela pose un problème de conscience à notre « héros » mais la fureur de découverte va vite le prendre, délaissant ses idéaux de côté. Ce qui ne sera pas du goût de Erasistrate, son assistant, qui va alors y voir un blasphème et un acte de folie. Mais aussi un moyen de se faire bien voir par le roi, le peuple et ses pairs égyptiens. A travers ce récit, on va bien évidemment voir l’homme qu’était Hérophile. Un médecin avant-gardiste, qui avait compris que l’homme est une machine qu’il faut comprendre pour soigner. Loin des méandres de la religion, l’homme va tomber dans un piège dont il ne se relèvera jamais.

Ainsi, sur quarante-deux planches, on va découvrir cet homme d’histoire oublié injustement, qui a juste eu la malchance de naître trop tôt. Malheureusement, ce nombre de planches ne suffit pas à vraiment nous plonger dans la psyché du personnage, ou encore de la prendre en empathie. On sent que Chiara Raimondi maîtrise son sujet, mais elle le fait de manière un peu trop clinique. C’est-à-dire que tout va trop vite, et la construction de l’histoire manque d’épaisseur et de background. On aurait aimé une relation encore plus tumultueuse avec Erasistrate. Il était tout à fait possible de confronter les idéaux d’Hérophile avec ceux de Ptolémée ou d’autres médecins. En fait, cette histoire, qui se conclut quand même sans avoir besoin des deux prochains tomes, manque d’éléments enrichissants, aussi bien sur la période historique que sur la vie de ce personnage.

De plus, s’il y a des critiques en filigrane, elles ne sont pas assez appuyées. On sent que l’autrice veut centrer son récit sur Hérophile et pas forcément sur une époque où ma religion règne en maître. Cela n’empêche de voir l’aveuglement des hommes qui ont peur de ce qu’ils ne comprennent pas, voyant d’un mauvais œil les théories d’Hérophile, mais on aurait aimé un peu plus d’implication. Par exemple, on ne va voir et entendre que sur une planche les autres médecins de l’époque qui se gausse du travail du héros. Pourquoi ne pas avoir mis plus de confrontation d’idées ? Certes, l’autrice veut rester au plus près du personnage et de la réalité, mais rien ne l’empêche d’imaginer des situations tendues avec des docteurs aux idées bien arrêtées. Tout cela empêche vraiment de se plonger dans cette histoire, intéressante au demeurant, mais à laquelle il manque un cadre.

Il va de même pour les personnages secondaires, à l’image de Ptolémée qui accepte le travail d’Hérophile et fait preuve d’une certaine modernité dans ses idées, mais encore une fois, ce ne sera pas exploité. A la place, Chiara Raimondi expédie son histoire à travers des planches silencieuses et qui parfois manquent d’importance. Fallait vraiment offrir trois planches pour illustrer la guérison des malades ? Certains choix narratifs laissent dubitatif, ce qui est dommage. D’autant plus que les dessins sont jolis et les choix chromatiques collent bien à l’ambiance recherchée. Nuançant toujours entre un bleu nuit et un orange bien chaud, on ressent bien la moiteur de l’Egypte et la fraîcheur de ses soirées. Il y a juste ce scénario qui se précipite et on ne peut que penser à l’histoire que cela aurait pu être avec un peu plus d’ampleur.

Au final, Mémoires d’Alexandrie – Hérophile, le premier tome d’un triptyque sur des personnages historiques autour de la bibliothèque d’Alexandrie, souffle le chaud et le froid. Si on découvre un médecin trop en avance sur son temps, il est dommage que Chiara Raimondi n’ait pas pris plus le temps de le développer et de lui offrir une vraie intrigue autour de ses pratiques et des rejets de ses pairs au saint nom de la religion. On aurait aimé plus de prise de risque et plus d’approfondissement autour d’une personnalité oubliée aujourd’hui et qui pourtant a permis une grande avancée dans la médecine contemporaine.

Note : 13/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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Une réflexion sur « Mémoires d’Alexandrie – Hérophile »

  1. Bonjour,
    Si vous avez envie d’en savoir plus sur Hérophile, n’hésitez pas à lire le roman historique de l’auteur qui a préfacé cette BD. Il doit bien rester quelques titres disponibles sur internet.
    😉

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