octobre 6, 2022
BD

Mémé dans les Orties – Feel-Good BD

Auteures : Aurélie Valognes, Christine Davenier et Véronique Grisseaux

Editeur : Michel Lafon

Genre : Drame

Résumé :

Ferdinand Brun, 83 ans, solitaire, bougon, acariâtre – certains diraient : seul, aigri, méchant –, s’ennuie à ne pas mourir. Son unique passe-temps ?
Éviter une armada de voisines aux cheveux couleur pêche, lavande ou abricot. Et son plus grand plaisir ? Rendre chèvre la concierge, Mme Suarez, qui joue les petits chefs dans la résidence. Mais lorsque sa chienne prend la poudre d’escampette, le vieil homme perd définitivement goût à la vie… Jusqu’à ce qu’une fillette précoce et une mamie geek de 92 ans forcent littéralement sa porte, et son cœur.

Avis :

Depuis 2015, et le succès surprise du roman Mémé dans les Orties, Aurélie Valognes fait partie des autrices les plus vendues. C’est même l’autrice la plus vendue en 2018, devant Marc Lévy. Stakhanoviste accomplie, elle continue à écrire des romans qui sont considérés comme « feel-good », dont son dernier en date, Le Tourbillon de la Vie. Ici, point de sang, point de vampires et autres drames déprimants, l’autrice cherche principalement à toucher son lecteur en racontant des tranches de vie attachantes. Forcément, avec une telle popularité, le monde du neuvième art est venu fourrer son nez dans ce premier roman et sous la houlette de Véronique Grisseaux au scénario et Christine Davenier au dessin, voici que déboule le premier roman d’Aurélie Valognes en bande-dessinée. Était-ce bien nécessaire ? Voilà une question difficile à répondre si l’on n’a pas lu le livre, ce qui est notre cas.

L’histoire de cette bande-dessinée se concentre sur Ferdinand Brun, un vieillard de 83 ans qui vit seul avec sa chienne Daisy dans un appartement. Le problème, c’est qu’il est assez bougon et les voisines ne l’aiment pas. Elles aimeraient bien le voir partir. Et ça tombe bien, car la fille de Ferdinand, qui vit à Singapour, s’inquiète pour son père, et veut l’envoyer dans une maison de retraite. Celui-ci ne veut absolument pas quitter son appartement, et pour cela, il doit montrer patte blanche à la concierge de l’immeuble. Il va alors faire la rencontre de Juliette, une petite fille culottée, et Béatrice, une mamy espiègle de 92 ans. Comme le laisser présager le synopsis, Mémé dans les Orties est une bande-dessinée pleine de bons sentiments et qui donne plus à sourire qu’autre chose. Ici, un vieux monsieur acariâtre va découvrir qu’il lui reste encore de belles choses à vivre.

C’est d’ailleurs là le plus intéressant dans cette adaptation. On va voir l’évolution d’un vieux monsieur qui semble attendre la mort, mais qui va découvrir qu’il lui reste encore plein de choses à vivre. Le début le présente comme un homme assez méchant, malpoli et qui ne supporte pas ses voisines. Il faut dire qu’elles cancanent sans arrêt et dire du mal de M. Brun est un sport national. A un tel point que la concierge n’hésitera pas à faire des choses odieuses pour le forcer à partir. Pour autant, on sent un jeu dans cette méchanceté. Notre héros n’est pas mauvais par nature, mais il s’ennuie, et la vie ne lui a pas fait de cadeau, avec son divorce et sa fille qui est partie loin de lui pour le travail. Seule sa chienne semble être son socle à la vie.

Alors quand elle disparait, Ferdinand décide d’en finir avec la vie et c’est là que son aventure commence vraiment. Après un court séjour à l’hôpital, et les revendications de sa fille pour qu’il ne parte pas en maison de retraite, il va faire la connaissance de personnages atypiques, lui redonnant goût à la vie. Tout d’abord, il va se faire bousculer par Juliette, une petite fille joueuse, sans filtre et qui voit en ce vieux monsieur un papy qu’elle n’a jamais eu. Le parcours de vie de Juliette aurait pu suivre la trajectoire de Ferdinand, entre son papa qui l’élève seule suite au décès de sa maman, et les brimades des camarades. Elle va donner de l’élan à la vie de Ferdinand, qui voit sa routine se briser et une énergie nouvelle l’envahir. Cette rencontre est drôle, même si on va avoir un flashback étrange.

Car oui, on va nous raconter un petit peu la jeunesse de Ferdinand, et notamment la naissance de son seul et unique enfant. Alors que l’on commençait à avoir de l’empathie pour ce vieux monsieur, ce retour en arrière vient casser un petit peu le mythe. En effet, on nous raconte qu’il a été un mari exécrable, notamment car il ne voulait pas d’enfant et qu’il ne s’est jamais occupé de sa fille. Le passage, en sépia, pourrait presque se voir comme un moment touchant, mais il relève surtout du mauvais caractère du monsieur qui aujourd’hui vit avec des regrets et des remords. On comprend à la fin pourquoi ce flashback nous est présenté, notamment pour montrer que malgré tout, la vie continue et que les pardons sont toujours récompensés avec un happy end plus ou moins prévisibles.

L’autre rencontre qui va venir bouleverser le quotidien de Ferdinand, c’est celle de Béatrice, une mamy énergique qui joue au bridge et fait de la gym. Ici, ce n’est plus de parentalité dont il est question, mais bel et bien d’amour. Car la solitude de notre héros trouve un écho dans le fait que sa famille soit loin, mais aussi dans son divorce et la disparition de sa femme. Si l’histoire reste platonique, Ferdinand tombe amoureux et va prendre soin de lui, ce qui ne lui était pas arrivé depuis longtemps. La relation qu’il entretient avec cette voisine est touchante et redonne un nouvel élan de jovialité au monsieur qui va essayer de se faire pardonner par toutes les voisines.

Perclus de bons sentiments et de bonne humeur, Mémé dans les Orties n’oublie aussi d’avoir ses petits moments assez drôles et ses touches d’humour. On ne rigolera pas aux éclats, mais certains moments sont vraiment plaisants, à l’image de ce passage où Ferdinand enferme un garçon despote dans une poubelle car il a fait mal au bras de Juliette. On appréciera aussi ses disputes avec la concierge, une vraie harpie qui subira un sort funeste. Dans ce sens, les dessins de Christine Davenier vont à merveille avec l’ambiance générale de l’histoire. Pour une première bande-dessinée, c’est une jolie surprise, avec un trait assez vif et des couleurs qui sont très agréables. Il y a une vraie osmose entre l’histoire et le caractère des dessins.

Au final, Mémé dans les Orties est une adaptation très sympathique qui semble bien représenter les romans d’Aurélie Valognes. Feel-good dans l’âme, la bande-dessinée présente un personnage atypique qui va faire des rencontres lui redonnant goût à la vie. Porté par le coup de crayon de Christine Davenier, on passe un bon moment devant cette lecture assez simple, qui ne se prend pas la tête et qui a, par moments, des atours de littérature jeunesse. Bref, un premier pas réussi pour la dessinatrice et une autre façon de lire les histoires d’Aurélie Valognes.

Note : 14/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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