février 7, 2023

Treize Vies

Titre Original : Thirteen Lives

De : Ron Howard

Avec Colin Farrell, Viggo Mortensen, Joel Edgerton, Tom Bateman

Année : 2022

Pays : Etats-Unis

Genre : Drame

Résumé :

L’incroyable histoire vraie de l’immense effort mondial pour sauver une jeune équipe de football thaïlandaise, qui s’est retrouvée piégée dans la grotte de Tham Luang à cause d’une tempête de pluie. Face à des difficultés insurmontables, une équipe de plongeurs parmi les plus compétents et les plus expérimentés au monde – capables de naviguer dans le dédale de tunnels étroits et inondés – se joint aux forces thaïlandaises et à plus de 10 000 volontaires pour tenter de sauver les douze garçons et leur entraîneur. Avec des enjeux incroyablement élevés et les yeux du monde braqués sur eux, le groupe se lance dans la plongée la plus difficile de son histoire, démontrant ainsi l’aspect sans limite de l’esprit humain.

Avis :

Les faits divers sont une manne incroyable pour les scénaristes et cinéastes. Allant du glauque au récit héroïque, les aléas de la vie font les beaux jours du septième art. Et bien souvent, ce sont de grands noms qui sont derrière de tels projets, à l’image de Treize Vies que l’on doit à Ron Howard. Ce dernier s’inspire de l’histoire à la fois tragique et incroyable de douze jeunes footballeurs et de leur entraineur qui vont être pris au piège dans une grotte inondée par une mousson précoce, restant plus de dix jours isolés du monde. Une histoire qui date de 2018 et qui mettra en émoi le monde entier, attirant plus de 10 000 bénévoles de tout pays pour les sauver. Une telle histoire a déjà été mise en scène en Thaïlande (Cave Rescue), mais aussi à travers un documentaire (Le Grotte).

La question que l’on est en droit de se poser est la suivante : Quel plus peut apporter Ron Howard ? Car avec ce genre de film, on reste souvent sur notre faim, la faute à une conclusion que l’on connait déjà d’avance et une mièvrerie qui vient envahir toutes les autres émotions, à commencer par l’angoisse. Que l’on se rassure, le cinéaste américain n’a pas succombé aux sirènes du streaming pour fournir un film low cost. Bien au contraire, il va prendre son temps pour présenter les héros qui sauveront les enfants, mais aussi les ingérences diplomatiques et la bataille sans fin de bénévoles qui sont tous, absolument tous, indispensables à la réussite du sauvetage. Il en résulte alors un drame saisissant, humain, fédérateur, mais qui n’oublie jamais les défaillances humaines et l’angoisse d’une plongée souterraine.

Le réalisateur le sait, tout le monde, ou presque, connait cette histoire. Du coup, il ne peut pas jouer sur la surprise finale, avec un retournement de situation inédit. Il va alors découper son film en plusieurs parties afin de susciter une certaine tension et une forte empathie pour ces jeunes footballeurs. Le début est très simple, avec une bande de jeunes tout ce qu’il y a de plus normal qui décide de partir visiter une grotte avant l’anniversaire de l’un d’eux. Ce démarrage va permettre de poser les bases d’une relation forte entre ces douze gosses et leur entraineur qui leur inculque de belles valeurs. De ce fait, on va vite comprendre comment ces enfants s’en sont sortis, grâce à une gestion sans faille d’un entraineur qui a su garder son sang-froid et fait preuve d’un courage incroyable.

Par la suite, on va arriver aux premières missions de sauvetage qui concernent uniquement l’armée thaïlandaise et qui n’arrive pas à aller jusqu’au bout de la grotte. Ron Howard va alors glisser quelques éléments politiques importants dans son histoire. On y voit un gouverneur qui doit être optimiste lorsque tous les espoirs sont presque perdus, et qui doit rendre des comptes auprès de ministres qui lui mettent une pression monstre. Une politique qui doit aussi manier la diplomatie lorsque des plongeurs chevronnés anglais vont venir pour aider. Le film n’oublie jamais le côté géopolitique, avec ce besoin d’éviter tout scandale avec d’autres pays. C’est là que vient en jeu les rouages d’un système qui peut empêcher le sauvetage de bien se passer. Mettant alors en rogne deux plongeurs volontaires qui vont faire de l’ombre aux nageurs thaïlandais.

Le film est très malin dans ce qu’il raconte et comment il le raconte. Ron Howard le sait, il doit susciter de l’intérêt pour cette histoire connue de tous, et il doit pour cela mettre en avant des personnages forts, mais aussi des messages qui peuvent révolter ou toucher. Le côté politique peut énerver, notamment avec une maman apatride qui demande si son fils va être sauvé. On aura pu avoir un film lourd de ce côté-là, mais le cinéaste évite avec brio tout pathos et délivre un message simple qui démontre que malgré des freins politiques ridicules, rien ne peut aller à l’encontre de la ferveur humaniste. Et c’est clairement là-dessus que le film marque des points, en montrant que tout le monde est essentiel dans ce sauvetage. Des paysans qui sacrifient leurs champs aux plongeurs anglais qui vont trouver une méthode très risquée pour sortir les enfants.

Ce que le film veut montrer avant toute chose, c’est que tout un chacun est essentiel, et que toutes les aides de tous les pays sont les bienvenues. Treize Vies peut paraître un peu niais, mais il est surtout fédérateur et rassemble autour de lui. Ron Howard veut montrer l’aspect profondément humaniste autour de cette histoire, où l’on délaisse, sur la fin, la politique et la géopolitique pour se concentrer sur le sauvetage et la vie de ces douze gamins. Les portraits des personnages sont assez forts, avec notamment deux sauveteurs anglais aux caractères opposés, avec un Viggo Mortensen bougon et franc et un Colin Farrell plus discret, qui essaye d’arrondir les angles. On notera aussi les défaillances de ces plongeurs chevronnés, qui ne sont pas invincibles et qui vont pourtant tenter le tout pour le tout.

Enfin, le dernier très bon point du film réside dans sa mise en scène. Car si les scènes de liesse et de joie sont communicatives, le réalisateur américain sait qu’il doit aussi créer de la tension lors des plongées sous-marines. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ça marche. Le son demeure étouffé, il y a beaucoup de courants, les mouvements sont difficiles et le cinéaste resserre son cadre, jusqu’à réduire son image afin de créer un fort sentiment de claustrophobie. Le film nous fait passer par des états différents allant de l’angoisse la plus pure à la libération presque hystérique lorsque tous les enfants sont sortis, sains et saufs. Et c’est le propre du cinéma que de nous faire ressentir de telles émotions.

Au final, Treize Vies est un très joli film qui démontre toute la maîtrise de Ron Howard pour raconter une histoire que tout le monde connait. Ne tombant jamais dans le pathos, prenant son temps pour présenter tous les personnages ainsi que les rouages d’une diplomatie qui veut sauver les apparences, ce long-métrage détient tous les ingrédients du pur divertissement. Intelligent dans son fond comme dans sa forme, il est presque dommage de ne pas découvrir ce film sur grand écran.

Note : 17/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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