octobre 6, 2022

The Night is Short, Walk on Girl

Titre Original : Yoru wa Mijikashi Aruke yo Otome

De : Masaaki Yuasa

Avec les Voix Originales de Kana Hanazawa, Gen Hoshino, Hiroshi Kamiya, Ryûji Akiyama

Année : 2017

Pays : Japon

Genre : Animation

Résumé :

L’histoire tourne autour de deux étudiants, « la fille aux cheveux noir » et le « Senpai » qui cherche à lui déclarer sa flamme, sans cesse détourné et contrecarré par différents protagonistes et autres péripéties burlesques à travers la nuit dans les rues de Kyoto.

Avis :

S’il y a bien un domaine dans lequel on peut trouver tout et n’importe quoi, c’est dans l’animation japonaise. Il faut dire que les cinéastes nippons se fixent rarement des limites et on peut trouver des films absolument géniaux dans leur délire, que ce soit dans le scénario ou la mise en scène. Outre les sublimes histoires des studios Ghibli, on peut aussi citer la patte incroyable du regretté Satoshi Kon ou les excès visionnaires d’un Mamoru Hosoda. Bref, il y a de tout et on est rarement déçu. Certes, cela peut arriver, ou alors le délire part tellement loin que l’on a du mal à rentrer dedans (ce fut mon cas pour Paprika par exemple), mais force est de constater que l’animation japonaise tient une très grande forme. En 2017, c’est au tour de Masaaki Yuasa de proposer un film complètement déjanté se déroulant sur une seule nuit.

Le réalisateur propose de suivre une jeune fille qui part d’un mariage pour visiter un quartier animé de Kyoto. Ce qu’elle ne sait pas, c’est que durant cette virée nocturne, elle va être suivie par Senpai, un jeune homme introverti, mais qui est fou amoureux d’elle. Cependant, alors que leurs chemins suivent des lignes parallèles, il ne va pas arriver les mêmes choses aux deux protagonistes, qui vont alors aller de rencontres ubuesques en situations cocasses. Durant ce trajet, le réalisateur va alors en profiter pour brasser une multitude de thèmes, comme le rapport à l’alcool, la vieillesse, l’ennui, l’amour, l’amour des livres, l’égoïsme et la solitude. Du coup, derrière le côté totalement zinzin du film, on se retrouve face à quelque chose de très intelligent, qui cache une certaine gravité derrière sa légèreté apparente.

Le force du scénario réside vraiment dans un équilibre entre le ton déjanté et la gravité des sujets abordés. Ainsi, en premier lieu, la jeune fille va se rendre dans un bar et montrer à tout le monde qu’elle possède une descente incroyable. Elle va alors rencontrer un pervers qui collectionne les estampes sexuelles, puis une bande de vieux sages qui n’arrivent plus à faire la fête dignement. Le film aborde alors la vieillesse et l’ennui, qui seront balayés d’un coup de main avec une danse étudiante ridicule, qui a fait les beaux jours des anciens. Kyoto prend alors des allures de fête folle, dédramatisant la prise d’âge et présentant par la même occasion un vieux monsieur rabougri qui fait peur à tout le monde. Un personnage récurrent que seul l’adversité et l’abnégation parviendront à battre à plusieurs reprises.

Le film va aussi montrer qu’avec l’amour, on peut tout combattre et réussir des choses insoupçonnables. Le senpai va alors manger une fondue très épicée pour gagner un livre, qui ne sera que celui d’enfance de la fille dont il est éperdument amoureux. Derrière le délire visuel et de la situation, on retrouve ce sujet fort qu’est l’amour. Un amour qui transpire par tous les pores du film, tant il est abordé de différentes manières. Soit avec une jeune fille innocente qui se rend compte de cela bien trop tard, soit par un homme qui recherche un amour perdu en faisant le vœu de ne plus changer de caleçon tant qu’il ne l’aura pas retrouvé. Si cela peut paraître complètement débile, il faut gratter un peu pour comprendre la force de l’amour et les folies que cela nous pousse à faire.

Un amour qui ne prend pas seulement la forme d’une relation duelle. La fin du film est très explicite là-dessus, avec une épidémie qui se déclenche dans toute la ville et qui provient d’un seul homme, le vieux monsieur qui lance des défis à tout le monde. On va voir alors que cet homme, malade, vit très mal sa solitude et estime qu’il est seul et que personne ne l’aime. Chose que l’héroïne va lui faire contredire, en lui expliquant qu’il est connecté à tout le monde, preuve en est faite avec ce rhume dont il est la souche. Une connexion entre les humains que l’on retrouve aussi dans les livres, où tout un chacun est connecté à l’autre par des références ou des liens de filiation. Si le délire va très loin, il y a un vrai humanisme qui se dégage de l’ensemble, emporté par une bonne humeur communicative.

Néanmoins, si le fond du film est réussi et fort plaisant, la forme peut en rebuter plus d’un. Il faut dire que le style est très minimaliste, avec des décors assez plats, même s’ils restent très colorés. Il y a beaucoup d’exagération dans les attitudes des personnages et de nombreuses situations seront hautement improbables. On pense au coup du théâtre itinérant pour retrouver un amour, ou encore à la milice du collège, qui possède un singe policier parlant à travers un perroquet. Il est fort à parier que Masaaki Yuasa a pris des substances hallucinogènes avant de faire son film, car les délires visuels vont très, très, loin. La preuve en est avec le début, et ce mariage étrange, puis avec les aventures folles des deux personnages. Le coup de la fondue épicée étant un moment hilarant et complètement en dehors des normes.

Mais ce n’est pas tout, puisqu’il faut aussi que le film mélange les genres et les styles graphiques. Non seulement le fond est très riche, mais il en est de même avec la forme, qui s’absout de toute norme. On peut même parfois être complètement perdu dans ce que veut raconter le cinéaste. La toute fin par exemple, lorsque l’on rentre dans la tête de senpai qui lutte contre sa timidité maladive, est hystérique à souhait, parfois un peu brouillonne dans le travail visuel. Mais on ne peut nier cette volonté de bousculer les codes, d’avoir sa propre patte visuelle et de proposer un film qui ne rentre dans aucune case, même pour de l’animation japonaise.

Au final, The Night is Short, Walk on Girl est un film délirant et très intelligent dans ce qu’il raconte et comment il le raconte. Si le style visuel est très particulier (un temps d’adaptation est nécessaire pour rentrer dedans), la bonne humeur globale de l’ensemble, l’intelligence des thèmes abordés et l’hystérie collective prennent à bras le corps le spectateur, qui se retrouve propulsé dans un maelström inattendu d’aventures épiques et drôles. Bref, un film méconnu et pourtant très intéressant dans sa démarche.

Note : 16/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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