août 10, 2022

Patient Zero

De : Stefan Ruzowitzky

Avec Matt Smith, Natalie Dormer, Stanley Tucci, John Bradley

Année : 2018

Pays : Angleterre

Genre : Horreur

Résumé :

Dans un monde ravagé par une apocalypse zombie, un homme a le pouvoir de communiquer avec les morts-vivants et s’en sert afin de trouver le remède capable de sauver sa femme infectée.

Avis :

L’horreur est un genre très intéressant, et c’est bien souvent par là que les réalisateurs commencent leur carrière. Il s’agit d’un terrain d’expérimentation idéal, dénué de toutes contraintes, si ce n’est parfois un budget famélique. Souvent dénigré par les critiques, le cinéma d’horreur est pourtant le genre le plus prolifique et de nombreux acteurs y reviennent de temps à autre, pour des projets plus ou moins alléchant. C’est le cas de Patient Zero, qui aligne un casting assez massif, avec Matt Smith, Natalie Dormer, John Bradley et Stanley Tucci. Pourquoi autant de monde dans un si petit budget, qui n’a même pas eu les honneurs des salles de cinéma ? Peut-être parce que le scénario faisait partie de cette fameuse blacklist d’histoires à fort potentiel, mais difficile à mettre en images. Mais qu’en est-il vraiment quant à la qualité intrinsèque du film ?

Le film nous place dans un monde post-apocalyptique, au sein d’une communauté d’humains qui vit dans un bunker. Très vite, on comprend qu’un virus de la rage a transformé une majorité de l’humanité, et que ces derniers sont devenus des êtres violents assoiffés de sang. On va donc suivre un homme qui est le seul à comprendre le langage des infectés, puisqu’infecté lui-même, il est le seul à en avoir guéri. Pendant que l’armée lui ramène des malades afin de trouver le patient zéro pour faire un vaccin, il va rencontrer un infecté plus calme que les autres, qui lui tend alors un piège. En gros, le pitch tente de revisiter le film d’infectés, en lui injectant un aspect huis-clos sympathique et un duel entre Matt Smith et Stanley Tucci. Mais cela suffit-il à pleinement nous convaincre ?

Oui et non. Si l’on se penche sur le scénario, on reste tout de même dans quelque chose d’assez simpliste, dont on comprend rapidement les tenants et les aboutissants. Le démarrage pose les bases du monde, avec des infectés violents qui ne supportent pas la musique, puis lorsqu’arrive le grand méchant, on devine assez vite la supercherie, plus vite même que les protagonistes, et le film s’emballe un peu sans pour autant faire peur ou créer de la tension. De ce fait, on a bien deux aspects importants dans le métrage. Une première partie intéressante qui sert de présentation des personnages et du nouveau monde. Une seconde partie qui souffre d’un scénario téléphoné et qui n’arrive pas vraiment à créer du suspense.

Le début est donc intéressant. On nous présente rapidement le « héros » de l’histoire, un homme cynique, qui comprend les infectés car il a lui-même été infecté par le passé, mais il a étonnement guéri. On aura droit à quelques flashbacks pour raconter sa vie passée et voir que sa fiancée, qu’il garde enfermée et tente de soigner par tous les moyens, a été infectée à son tour. C’est classique, mais ça fonctionne. On ses côtés, on trouve une scientifique qui ne sert pas à grand-chose, si ce n’est à apporter un triangle amoureux un poil pénible, essayant d’épaissir les enjeux finaux. On aura aussi droit à un militaire pourri jusqu’à la moelle, et un scientifique sympathique, débonnaire, mais dont le destin sera funeste. Tout ce petit monde permet d’afficher le camp des « gentils » et de bien identifier la menace.

Menace qui prend l’allure d’infectés violents et addicts à la colère, sensibles à la musique. Jusqu’à l’arrivée d’un enragé plus calme que les autres, qui n’a que faire de la musique et semble totalement en contrôle de son corps. L’affrontement est inévitable, et la menace devient plus tacite. Cependant, c’est aussi là que le film fleure bon avec le nanar. Notamment parce que l’écriture laisse des zones de flou sur les infections et le devenir des malades, mais aussi parce que l’on voit clair dans le jeu du méchant, qui va arnaquer tout le monde. Sauf le spectateur attentif, qui aura vu les coups de pied répétés du scénariste, répétant sans cesse que le bunker n’a pas encore été repéré par les infectés. Il devient alors facile de comprendre le plan de cet être alpha, qui dirige les enragés avec des cris.

Le film devient alors un survival tout ce qu’il y a de plus classique, avec une grosse attaque de malades et des morts en pagaille. Mais plutôt que de montrer un massacre dans les règles de l’art, on aura droit à une fuite en avant des personnages principaux, certains affichant leur couardise, tandis que d’autres s’en sortent avec beaucoup de chance. La mise en scène traine un peu la patte, et même si l’on voit des sportifs faire du parkour pour buter des gens, on reste dans une sorte d’hystérie collective qui empêche une réelle mise en scène qui expose des effets d’horreur. D’autant plus que l’on n’aura pas peur pour les « héros », dont les risques sont minimes, et ce malgré quelques péripéties bien pensées. Mais que dire de ce duel final, ridicule, et bercé dans un effet spécial totalement raté.

Cette seconde partie gâche un peu le film qui prend des atours de gros nanar. Le pitch de base, avec ces nouveaux infectés, est assez intéressant et promet une relecture pas si bête, où l’humanité serait le poison, et les infectés une solution naturelle trouvée par la planète pour se débarrasser de ces parasites pollueurs. Mais le film, au lieu d’exploiter cela, préfère fournir des attaques sans queue ni tête, délaissant l’horreur pour plonger dans une action répétitive et qui manque cruellement d’enjeux. Les acteurs doivent le sentir, puisque personne n’est vraiment investi dans le projet, de Matt Smith à Stanley Tucci, en passant par Natalie Dormer, ou chacun joue comme une patate, avec des rôles ennuyeux. C’est dommage, il y avait matière à faire bien mieux, et surtout plus percutant. Et que dire de cette fin ouverte…

Au final, Patient Zero est un film hybride assez étrange dans ce qu’il propose. La première partie, bien que classique, reste intéressante dans le monde qu’elle décrit et dans la description de son personnage central. Malheureusement, tout cela est plombé par l’arrivée du méchant, dont les projets sont rapidement lisibles, et une finalité qui reste risible, tant il n’y aurait pu avoir de film avec la déduction de fin. Bref, un film qui se regarde, qui étonne par son casting luxueux et la qualité très moyenne de l’ensemble. A un point que l’on se demande comment tout ce petit monde a accepté de jouer là-dedans.

Note : 10/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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