juin 29, 2022

Frère et Sœur – Pourquoi tant de Haine?

De : Arnaud Desplechin

Avec Marion Cotillard, Golshifteh Farahani, Melvil Poupaud, Cosmina Stratan

Année : 2022

Pays : France

Genre : Drame

Résumé :

Un frère et une sœur à l’orée de la cinquantaine… Alice est actrice, Louis fut professeur et poète. Alice hait son frère depuis plus de vingt ans. Ils ne se sont pas vus depuis tout ce temps – quand Louis croisait la sœur par hasard dans la rue, celle-ci ne le saluait pas et fuyait… Le frère et la sœur vont être amenés à se revoir lors du décès de leurs parents.

Avis :

Natif de Roubaix, Arnaud Desplechin est un cinéaste qui jouit d’un statut particulier dans le cinéma français. Ayant débuté dans les années 80, avec son premier long-métrage, il a comme été propulsé en maître d’une nouvelle génération de réalisateurs et aujourd’hui cela fait plus de trente ans que le metteur en scène tient cette place particulière. Après avoir cassé un peu son style en allant dans un autre genre avec le très bon « Roubaix une lumière » en 2019, Arnaud Desplechin a décidé de commencer ses années 2020 en revenant à un genre qu’il aime, les films autour d’une famille déchirée.

Prolifique, ayant l’envie de raconter des histoires, quelques mois à peine après la sortie de « Tromperie« , Arnaud Desplechin est déjà de retour dans les salles de cinéma françaises avec cette fois-ci « Frère et sœur« , un film qui aborde l’amour, ou plutôt la haine, entre un frère et une sœur. Est-on obligé d’aimer son frère ou sa sœur ? Pour son quatorzième film, Arnaud Desplechin explore cette question à travers un drame qui va obliger ses personnages à se revoir pour un grand éclat, qui parfois va se faire bien trop théâtral. Intéressant de par son sujet, malheureusement, le nouveau Desplechin va bien avoir du mal à nous toucher et nous entraîner dans cette haine familiale, dont on a bien du mal à cerner les personnages et derrière ça, ses fondements. Dommage.

Alice hait son frère du plus profond d’elle. Cela fait vingt ans qu’elle nourrit cette haine viscérale. Alors que leurs parents viennent d’avoir un grave accident de voiture, et qu’ils sont sur « la fin », ce frère et cette sœur qui ne se sont pas revus depuis vingt ans, vont devoir se revoir, enfin si Alice en est capable, car même dans ces circonstances-là, rien que l’idée de voir son petit frère lui provoque des hauts le cœur.

Eh bien, il est compliqué le nouveau film d’Arnaud Desplechin. Alors que le réalisateur tient un très bon sujet et qu’il a de quoi nous offrir un excellent drame, aussi fragile que puissant, « Frère et sœur« , malgré de très bons points pour lui, est un film qui va nous laisser de marbre, tant ce qu’il nous raconte est difficilement compréhensible et acceptable. Non pas qu’une haine viscérale entre un frère et une sœur ne soit pas acceptable, loin de là. Non, ici, ce qui a bien du mal à nous tenir et fonctionner, c’est l’idée même des réactions de ces personnages.

« Frère et sœur » est un film qui tient une telle haine dans son scénario, et de telles horreurs dans les faits et dans cette tragédie, qu’il ne cesse de piquer la curiosité pendant une bonne partie de la séance. Oui, pendant une grande partie de son film, Arnaud Desplechin ne cesse d’enrichir cette haine et il nous tient sur la simple question du « qu’est-ce qui a bien pu se passer pour en arriver à un extrême pareil ? ». Petit à petit, le scénario fournit des indices qui sonnent plus comme de nouveaux mystères et une fois que ce dernier va vers ses révélations, on va rester pantois, tant finalement le personnage de cette sœur, qui apparaissait déjà comme horripilante et foncièrement égoïste, va nous torpiller, et finir de nous achever.

Si la raison de sa haine « peut être audible », à la rigueur personne n’est pas parfait et ces raisons caractérisent bien le personnage finalement, mais malheureusement, tout ce qui va suivre, notamment dans l’acceptation, est carrément de trop. On a bien du mal à croire et surtout être touché par ces personnages, tant de par leurs actions et décisions finissent par sonner faux. On pourrait même dire qu’ils sont une sorte de caricature de personnage tiré de films d’auteur. Et c’est bien dommage, car s’ils en font de trop, et s’ils sont terriblement théâtraux, ils restent bien tenus par Melvil Poupaud et Marion Cotillard. Toujours dans la déception de cette acceptation, la question du pardon pourrait être soulevée, mais tout est tellement précipité et accepté dans sa dernière partie, alors même que les pires horreurs ont été proférées en amont, qu’on a bien du mal à croire à ce « pardon » qui n’est jamais ô grand jamais évoqué.

On ajoutera à cela qu’Arnaud Desplechin nourrit son intrigue principale avec des sous-intrigues dont on se fiche totalement, comme celle entre le personnage d’Alice et une admiratrice roumaine, qui prend bien trop de place. Le film n’arrête pas d’y revenir, et l’on finit par se demander pourquoi, car Arnaud Desplechin n’en fait rien.

Du côté de ses idées pour raconter cette histoire, si former une sorte de puzzle émotionnel pour expliquer cette haine est bon et plutôt bien géré, il faut toutefois dire que ce qu’Arnaud Desplechin demande à ses personnages est souvent de trop. Ici, dans le drame, dans la tragédie, il n’y a pas de subtilité, le réalisateur demandant à ses acteurs d’y aller à fond, sans retenue, on est parfois dans l’hystérie collective et à force de trop en faire, ça peut avoir l’effet inverse de ce qui va être recherché, poussant parfois à sourire, alors même qu’à l’écran, c’est tragique.

Ce n’est donc pas encore avec ce nouveau film qu’on va retrouver le metteur en scène à son meilleur. « Frère et sœur » tient de bons côtés, comme son casting (même si…) (le plaisir de voir un excellent Patrick Timsit et une très belle relation entre Melvil Poupaud et Golshifteh Farahani), le film tient une réflexion intéressante sur la haine dans une famille et comment elle peut être gérée, puis derrière ça, la source même de cette haine est intéressante, tant elle est osée, mais voilà, devant tout ça, il y a ce final, il y a ce trop-plein de tout, il y a ces répliques hurlées en larmes, il y a cette acceptation, il y a ce côté grandiloquent exacerbé, il y a ces crises hystériques… Bref, il y a vraiment trop de trop (si l’on peut dire ça comme ça) et en plus de nous sortir de cette histoire, de ne plus y croire, ça finit par nous fatiguer. Dommage.

Note : 08/20

Par Cinéted

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