juin 29, 2022

Animal Man – Si Culte que ça?

Auteurs : Grant Morrison et Chas Truog

Editeur : Urban Comics

Genre : Super-Héros

Résumé :

Buddy Baker est un père aimant, un bon époux et un activiste pour la défense des animaux. Accessoirement, c’est un aussi un surhomme, ayant le pouvoir d’acquérir les capacités des animaux qu’il approche. Pourtant, coincé dans une vie banale, sans emploi et sans charisme, il est bien difficile de l’imaginer sauver qui que ce soit. Jusqu’au jour où Buddy enfile bottes et collants et reprend l’entraînement, bien décidé à aller au bout de son potentiel…

Avis :

Il fut une période où DC Comics était un peu dans le creux de la vague. Avec le succès grandissant de certains scénaristes, dont Alan Moore, la firme a cru bon d’aller chercher des talents en dehors des Etats-Unis. Et Grant Morrison avait déjà quelques faits d’armes à son actif. Afin de redonner un coup de fouet à certains personnages oubliés, on lui demande gentiment de ressusciter, en quelque sorte, Animal Man. Personnage qui a le don d’aspirer le pouvoir des animaux proches de lui après avoir été touché par un vaisseau extraterrestre, le super-héros n’a jamais eu de véritable coup d’éclat. Grant Morrison va alors se charger de Buddy afin de mettre en avant des thèmes intéressants et inédits, en plus d’y joindre une narration originale. Peut-être un peu trop.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, ce papier va surtout s’attarder sur l’histoire, ou plutôt les histoires, d’Animal Man et le travail de Grant Morrison et Chas Truog. Certainement pas sur le travail d’édition, qui est absolument formidable. Urban Comics a fait les choses en grand, avec une préface signée Grant Morrison, puis une postface riche en anecdotes avec les couvertures originales. Franchement, encore une fois, l’éditeur a fait un excellent travail, qui donne immédiatement envie de se lancer dans les aventures de Buddy Baker, avec un format « cult » superbe. Le problème d’Animal Man tient plus dans son contenu que son contenant.

En premier lieu, le scénariste nous présente un homme qui sauve un chat, chute, mais retombe sur ses pattes. Buddy utilise ses pouvoirs pour aider les gens de son quartier, mais il aimerait faire plus, et avoir un salaire de super-héros. Mais Buddy est un héros de seconde zone qui n’a jamais eu l’occasion d’exploiter pleinement ses pouvoirs. Il décide alors de s’entrainer, avec l’aide de sa femme, pour remettre son costume et partir aider la veuve et l’orphelin. En faisant ainsi, Grant Morrison incruste bien son personnage dans une réalité assez ennuyeuse. Père de famille avec une petite fille modèle et un grand garçon rebelle, on va suivre une sorte de chronique familiale où le père veut se rendre utile, quitte à délaisser femme et enfants. Dès le départ, on va vite se rendre compte que Morrison n’exploite pas pleinement le côté dramatique que peut avoir le côté familial.

Tout du long, il va manquer une certaine empathie envers toute la famille. Si la femme aide Buddy, elle reste en retrait et n’apporte pas vraiment de thématiques avec elle. Il en va de même avec les enfants. Si on pourra voir qu’avoir une famille est un danger pour un super-héros, on reste dans quelque chose de très superficiel. Idem avec le fils aîné, qui subit des brimades à l’école et dont la résolution viendra du Limier Martien en un gag franchement déplorable. On sent bien que Morrison ne veut pas forcément parler de la famille, ou de la difficulté à gérer une double vie, entre super-héros et père protecteur. Ici, le scénariste préfèrera parler de la cause animale, se révélant très en avance sur son temps.

Car le premier segment concerne une enquête avec des animaux qui souffrent dans des laboratoires. Le grand méchant, bien kitsch, peut fusionner deux bestioles entre elles, et le premier ennemi d’Animal Man sera clairement à sa portée. Le combat n’aura que peu d’intérêt, tant ce qui compte aux yeux de Grant Morrison est la protection animale, totalement annihilée lorsqu’il faut faire des expériences scientifiques. C’est plutôt malin, mais c’est perché avec un ennemi qui n’a pas d’envergure et se révèle assez cringe. Il en va de même avec L’Evangile du Coyote, qui est un segment très court mais qui n’a que peu d’intérêt, lorgnant du côté du gag de mauvais goût, avec l’apparition d’un monde rempli de toons. On n’y comprend goutte, et on reste circonspect sur les intentions de l’auteur.

Pour autant, certaines histoires sont intéressantes et très malines dans leur traitement. Lorsqu’il faut aborder le méchant has been le masque rouge, on retrouve des thèmes à la lisière du quatrième mur. Comment continuer à vivre lorsque personne ne s’intéresse à vous, pas même les scénaristes de comics ? C’est bien là que Grant Morrison est le meilleur, lorsqu’il faut remettre en avant des personnages oubliés et les mettre face à leurs démons dans des situations cocasses ou humoristiques. Néanmoins, l’ensemble est trop inégal pour vraiment nous marquer. Le passage avec les extraterrestres qui doivent restructurer le héros, avec des flashbacks et une histoire de continuum est incompréhensible. On se perd dans des dérives narratives sans queue ni tête et qui ne brasse, en prime aucun thème intéressant. Bref, c’est le bordel.

Fort heureusement, le travail de Chas Truog fait des merveilles. Le dessinateur délivre des planches de toute beauté, qui ne font que prendre de l’ampleur au fur et à mesure des pages. Si on reste bien évidemment ancré dans les années 80, il y a un vrai dynamisme qui se dégage de chaque case et la mise en scène est très entrainante. De ce fait, même si la lecture n’est pas forcément plaisante à cause d’un scénario complexe, on s’accroche au dynamisme des planches qui sont tout simplement parfaites. Même les couvertures sont excellentes, avec de nombreuses recherches, et des messages cryptiques intéressants, à l’instar de celle qui illustre ce volume un.

Au final, Animal Man est un comic culte qui peut laisser sur le carreau. Si les thèmes sur la protection animale, le végétarisme ou encore les héros déchus sont intéressants, lorsqu’il faut plonger dans l’humour et dans les relations extraterrestres, Grant Morrison montre ses limites et nous perd complètement dans un délire souvent incompréhensible. Il en résulte alors un travail assez inégal, qui est sauvé par le dessin sans faille de Chas Truog, qui redynamise l’ensemble avec maestria. Bref, un premier volume qui met en avant un super-héros pas comme les autres, mais qui mérite peut-être un traitement plus simple.

Note : 11/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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