septembre 27, 2022

Nitram

De : Justin Kurzel

Avec Caleb Landry Jones, Essie Davis, Judy Davis, Anthony LaPaglia

Année : 2022

Pays : Australie

Genre : Drame, Thriller

Résumé :

En Australie dans le milieu des années 90, Nitram vit chez ses parents, où le temps s’écoule entre solitude et frustration. Alors qu’il propose ses services comme jardinier, il rencontre Helen, une héritière marginale qui vit seule avec ses animaux. Ensemble, ils se construisent une vie à part. Quand Helen disparaît tragiquement, la colère et la solitude de Nitram ressurgissent. Commence alors une longue descente qui va le mener au pire.

Avis :

Cinéaste australien, Justin Kurzel s’est fait une belle place dans le paysage du cinéma et plus particulièrement dans mon cœur de cinéphile à cause de son « Macbeth« , qui est un film que j’aime énormément et que je regarde assez régulièrement. Depuis son « Macbeth« , Justin Kurzel s’est lancé dans l’adaptation d’un jeu vidéo culte avec « Assassin’s Creed« . Le film a eu plus ou moins de succès, ce qui a mis en pause si l’on peut dire le réalisateur. Après quatre années d’absence, le metteur en scène fut de retour avec un western qui est passé quelque peu inaperçu, « Le gang Kelly« , et c’est bien dommage, car le film qui se centre sur Ned Kelly mérite vraiment qu’on s’y arrête.

Après avoir décroché le prix d’interprétation pour Caleb Landry Jones au Festival de Cannes 2021, voici qu’arrive enfin de nos salles de cinéma « Nitram« , le cinquième long-métrage de Justin Kurzel qui cette fois-ci revient à quelque chose de plus proche de son premier film, « Les crimes de Snowtown« .

S’inspirant d’un drame qui avait choqué l’Australie, le massacre de Port-Arthur en 1996, sonnant étrangement d’actualité avec la fusillade qu’il y a eu au Texas il y a deux jours de cela, « Nitram » est un film intéressant dans sa démarche et dans ce qu’il raconte, car sans jamais dédouaner son personnage, Justin Kurzel part au plus près d’un esprit dingue, pour essayer de comprendre comment on peut en arriver à ces extrêmes-là. Fascinant d’un côté, et même si « Nitram » nous tient plutôt bien, notamment grâce à l’interprétation sans faille de Caleb Landry Jones, il se trouve aussi que « Nitram » laisse dubitatif quant au chemin qu’il emprunte pour aller vers son drame final, qui soit dit en passant reste glaçant et saisissant.

Nitram vit avec ses parents avec qui il entretient une relation d’amour et de colère. Traînant dans sa vie, qui est rythmée à la prise de ses cachets pour stabiliser ses humeurs, Nitram vivote de petits boulots, comme jardinier de fortune. Et d’ailleurs, c’est en proposant ses services qu’il rencontre Helen, une héritière marginale qui vit seule avec ses sept chiens. Entre Helen et Nitram, il se passe quelque chose de fort, au point que le jeune homme quitte ses parents pour vivre avec elle. Mais l’idylle ne va pas durer longtemps, car Helen disparaît brutalement et Nitram se retrouve désormais seul. Commence alors pour lui un parcours fait de colère et de solitude qui vont l’amener à commettre le pire.

Parmi les sorties cinéma de ce mois de Mai, « Nitram« , le nouveau Justin Kurzel faisait partie de la short list des films que je ne voulais pas manquer.

Il faut dire que ce retour de Kurzel dans la catégorie des tueurs frappadingues piquait énormément la curiosité et donnait sacrément envie de s’y arrêter, et finalement « Nitram » s’est posé comme une petite déception. Non pas que le film soit mauvais, loin de là, Kurzel nous entraîne dans un portrait captivant, et même un peu plus. Justin Kurzel a choisi d’opter pour le point de vue du futur tueur, et rien que cette démarche est très intéressante et nous tient sur tout le film. Le réalisateur avait envie de s’intéresser à un parcours qui amènera au pire et dans ses grandes lignes, son film est plutôt réussi, car le metteur en scène nous tient au plus près de son personnage et dans sa mise en scène, il instaure comme une tension latente qui ne va faire que croître de très belle manière, au gré d’enchaînements de drames qui vont enfermer le personnage.

Le scénario écrit par Shaun Grant (à qui l’on doit les scénarios chez Kurzel des « … crimes de Snowtown » et « Le gang Kelly« ) est vraiment prenant, car il nous présente un personnage qui va être étrangement attachant. Un personnage marginal peuplé de soucis, en guerre avec lui-même et qui essaie comme il peut de se contrôler. Et avec ce personnage, avec son parcours, ses choix, scénariste, réalisateur et acteur ont pour but de dénoncer la vente d’armes à feu de manière « libre ». En conjuguant problèmes personnels, frustrations, désillusions, drame amoureux, drame familial, relation mère/fils compliquée, maladie logée quelque part entre de la bipolarité et de la schizophrénie, « Nitram » va petit à petit se poser comme une descente en enfer pour son personnage qui s’enferme et se replie sur lui-même.

Si le portrait est vraiment prenant, une déception va finir par arriver et se poser dans ce très beau décor. Cette déception, c’est le tournant vers les armes à feu et l’envie de tuer. Si les intentions comme je le disais plus haut sont là, si les cartons finaux sont glaçants et concluent parfaitement la démarche de son réalisateur, Justin Kurzel passe un peu à côté de son sujet lorsqu’il va dans l’envie et la fascination de son personnage pour les armes à feu ainsi que l’envie de tuer, car ces éléments arrivent presque d’un coup, sans trop d’explications, et l’ensemble est plié en l’espace de quelques scènes. Alors certes, le final est glaçant, mais il est vraiment dommage que le réalisateur n’ait pas pris autant de temps que pour le reste pour appuyer cette transition, qui est quand même le chapitre le plus important de son portrait.

Du coup, ce manque qui se fait grandement sentir, une fois le générique arrivé, nous laisse sur le bas-côté, et l’on quitte la salle partagé entre un portrait qui nous aura intéressé, des images et des scènes prenantes (celle où il achète ses fusils par exemple est folle, car à aucun moment, cet homme n’aurait pas dû avoir accès à ces armes et l’on ne comprend pas comment quelqu’un a pu vendre des armes à ce personnage, et ça, ça en dit long, et au-delà de ça, malgré le manque d’explications, c’est sûrement la scène la plus importante de « Nitram« ) et une interprétation incroyable et saisissante de Caleb Landry Jones qui n’a clairement pas volé son prix à Cannes et cette sensation que Kurzel se rate un peu, ou du moins s’explique mal.

Puis en parlant d’interprétation, il faut aussi mentionner Judy Davis qui est terrible et toute en ambiguïté dans le rôle de la mère de ce jeune homme qui vrille petit à petit.

Du coup, « Nitram » est un petit cru pour son réalisateur. Un cru vraiment intéressant, un cru utile même, car il met l’Australie, du moins la législation australienne, face à elle-même, quant à sa politique autour des armes à feu et le relâchement qui s’opère. « Nitram » est aussi un cru qui visuellement est très plaisant, car on retrouve ce que l’on avait apprécié chez Justin Kurzel en début de carrière. Puis enfin, un cru tenu par un acteur puissant, qui mériterait bien plus de lumière. Après, derrière tout ceci, il est dommage que « Nitram » nous laisse comme un goût de précipitation dans sa dernière partie qui aurait, elle, mérité bien plus de temps.

Note : 13/20

Par Cinéted

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