mai 25, 2022

Souterrain – Au Cœur de la Mine et des Hommes

De : Sophie Dupuis

Avec Joakim Robillard, Théodore Pellerin, James Hyndman, Guillaume Cyr

Année : 2022

Pays : Canada

Genre : Drame

Résumé :

Maxime, la vingtaine, travaille dans la mine d’or d’une petite ville du Québec. Ici, tout le monde se connaît et tout le monde connaît la mine. A l’origine d’un drame qui a failli coûter la vie à Julien, son ami d’enfance, il est en proie aux doutes et à la culpabilité. Lorsqu’une violente explosion retentit sous terre, Maxime voit l’occasion de se racheter : il descend dans l’antre de la mine avec la ferme intention de ramener chacun de ses collègues et amis vivants…

Avis :

Sophie Dupuis est une toute jeune cinéaste qui est en train d’éclore. Venant du Québec, Sophie Dupuis a longtemps étudié le cinéma avant de se lancer dans une série de courts-métrages en 2007 et 2014, histoire de se faire la main. Après cinq courts, Sophie Dupuis se fait remarquer et c’est en 2018 qu’elle sort son premier long-métrage, « Chien de garde« , un film intéressant, qui arrivait avec une histoire peu commune, à entrer dans l’intimité de ses personnages de manière assez prenante.

Quatre ans après ce premier film, la cinéaste canadienne est de retour, avec un projet plus gros et pourtant tout aussi intime. Ayant vécu en Val d’Or, une région minière, et ayant beaucoup de sa famille travaillant dans les mines, Sophie Dupuis s’est toujours dit que cela ferait un très bon sujet de cinéma. Alors, elle a toujours gardé dans un coin de sa tête cette envie, écrivant et réécrivant un scénario pour trouver le meilleur point d’accroche afin de pouvoir parler de cet endroit hors normes, de parler de ceux qui y travaillent et plus largement encore pour mêler une histoire de cinéma à tout cela. Après des années de travail, « Souterrain » sera le deuxième long-métrage de Sophie Dupuis, et même si on y trouve encore des petits défauts, clairement, on a à faire ici à une grande réalisatrice en devenir.

Maxime, la vingtaine déjà bien acquise, est mineur. Sa vie est partagée entre les jours où il part habiter à la mine et ses jours de repos, où il revient chez lui, auprès de sa blonde, avec qui il cherche à faire un enfant depuis quelque temps déjà. Max a un ami, Julien, un jeune d’une vingtaine d’année, ancien mineur. Oui, Julien est un ancien mineur, car après un accident, ce dernier a été gravement blessé et aujourd’hui, il est en mobilité réduite. Maxime est à l’origine de l’accident de Julien, et il essaie tant bien que mal de vivre avec sa culpabilité, même si son ami ne lui en tient absolument pas rigueur. Depuis cet accident, à chaque fois que Maxime descend dans la mine, il est préparé et il est prêt à tout faire au cas où un accident se produirait pour ramener ses amis et collègues vivants.

« Chien de garde » était une belle ouverture de carrière pour cette jeune réalisatrice québécoise. Avec « Chien de garde« , Sophie Dupuis montrait déjà une très belle envie de cinéma et surtout une envie de cinéma qu’on n’avait pas l’habitude de voir, conjuguant les genres, et livrant un cinéma très intime. C’est donc avec plaisir et curiosité que je me suis jeté sur le deuxième long-métrage de la cinéaste, long-métrage qui est affreusement mal distribué, avec à peine une vingtaine de salles sur tout le parc français… Bref.

Pour son deuxième film, Sophie Dupuis a vu plus grand, tout en restant dans l’intime, et cette fois-ci, elle a posé sa caméra dans le Val d’Or, une région perdue au centre du Canada avec ses grandes étendues de forêts, ses lacs et ses petites villes, autant dire que le dépaysement est total et frappe dès son ouverture majestueuse.

« Souterrain » est un film qui va surprendre, car comme pour « Chien de garde« , Sophie Dupuis va s’amuser avec ce que son affiche et son pitch nous vendent et ce que son film va être réellement. « Souterrain » est un film qui oscille entre deux sujets forts, avec d’un côté le monde de la mine, son travail, ses descentes, son jargon, la complicité de ses travailleurs, les procédures de sécurité, et plus largement encore, l’autre monde au centre de la terre qui visuellement parlant est aussi beau qu’angoissant.

Puis de l’autre côté, il y a la peinture de ce personnage, Maxime, un jeune qui approche de la trentaine, qui essaie comme il peut de bien vivre, face à un sentiment de culpabilité très fort. Le premier sujet que j’ai évoqué plus haut est incroyablement passionnant, nous offrant tout ce que l’on est venu chercher de ce côté-là. On pourrait même dire qu’il y a un aspect qui relève de l’ordre du documentaire, tant la réalisatrice, à chaque étape, explore au plus près son sujet. En ce qui concerne l’autre sujet et la peinture de son personnage, tout ne sera pas aussi incroyable.

Le sentiment de culpabilité est fort, l’amitié est encore une fois explorée merveilleusement bien (décidément, Sophie Dupuis a un réel talent pour filmer les amitiés entre hommes et les fratries, arrivant à plonger dans une intimité très touchante). Elle écrit et filme extrêmement bien les sentiments et la complicité. Mais derrière ces très bons points, il y a aussi le portrait de son Maxime, qu’elle va alourdir parfois avec cette envie d’envie et les difficultés que le couple a pour pouvoir procréer. Si là encore, elle arrive à capturer l’intimité de ce couple, l’ensemble de son film est déjà suffisamment riche et intéressant, et ce sujet-là apparaît comme décoratif et finalement, il n’apporte rien par rapport à l’ensemble, si ce n’est une longueur.

En plus d’avoir capturé une belle intimité, Sophie Dupuis livre une mise en scène très réussie. Certes, comme je le disais, il y a de petites longueurs, mais la réalisatrice a appris de son premier film et clairement ici, elle livre un film plus grand avec peu de moyen, plus construit, et plus prenant. Elle souligne très bien son drame en évitant tout pathos, elle livre de très belles scènes de complicité, et puis il y a ces scènes filmées dans une vraie mine qui ont tout l’air d’être d’un autre monde. Et dans ces scènes-là, avec le bagage de ces personnages, et son ouverture en flashforward, Sophie Dupuis installe une belle et bonne tension, qui ne cesse de piquer notre attention.

Et enfin, on avait déjà pu le voir avec « Chien de garde« , et c’est encore une fois flagrant ici, Sophie Dupuis est une excellente directrice d’acteurs. Encore une fois, elle est arrivée à capturer quelque chose de vrai dans les relations de ses personnages et encore une fois, elle nous présente un très beau casting qu’on va se plaire à découvrir, ou à redécouvrir, car pour l’un de ses rôles, elle a fait appel à Théodore Pellerin, acteur qui crevait déjà l’écran dans « Chien de garde » et qui réitère ici, dans la peau de Julien, ce jeune ex-mineur très handicapé à la suite d’un accident. L’acteur aura même décroché le prix du meilleur acteur dans un second rôle au Gala Québec Cinéma, ce qui est l’équivalent de nos César. Face à lui, on découvre un acteur renversant, Joakim Robillard qui incarne Maxime, un jeune homme à fleur de peau, perdu avec lui-même. Le personnage est sublime et Robillard captive de bout en bout. À noter de bons et beaux rôles pour James Hyndman et Guillaume Cyr.

Ce deuxième film pour Sophie Dupuis est donc une bonne découverte qui va passer malheureusement inaperçu encore salle (tout comme « Chien de garde » l’avait été d’ailleurs). Beau, tendre, subtil, et surtout intime, très intime, « Souterrain« , plus qu’une plongée dans le cœur d’une mine, est surtout une plongée au cœur de la masculinité aux côtés de personnages superbes que Sophie Dupuis nous convoque. Si son film tient encore des défauts, entre « Chien de garde » et celui-ci, il y a une vraie progression et il est sûr que Sophie Dupuis fera partie des prochains grands noms qui viendront du cinéma Québécois. J’attends donc son troisième film avec une certaine impatience.

Note : 15/20

Par Cinéted

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