décembre 6, 2022

Une Femme du Monde – Mère et Prostituée

De : Cécile Ducrocq

Avec Laure Calamy, Nissim Renard, Béatrice Facquer, Romain Brau

Année : 2021

Pays : France

Genre : Drame

Résumé :

A Strasbourg, Marie se prostitue depuis 20 ans. Elle a son bout de trottoir, ses habitués, sa liberté. Et un fils, Adrien, 17 ans. Pour assurer son avenir, Marie veut lui payer des études. Il lui faut de l’argent, vite.

Avis :

Jeune réalisatrice française, Cécile Ducrocq a fait des études d’histoire et de science politique avant de se lancer dans la réalisation. S’essayant tout d’abord en tant que comédienne, Cécile Ducrocq obtient de petits rôles ici et là. Elle commence à réaliser en 2011 et fait son petit bout de chemin, qui l’emportera jusqu’à décrocher un César de la meilleure réalisation pour un court en 2016 avec « La contre-allée« . Suite à cette très belle récompense, Cécile Ducrocq peut voir plus grand et se lancer dans l’écriture d’un long-métrage. Et voilà, cinq ans après son César, le premier film de Cécile Ducrocq s’apprête à débarquer dans nos salles de cinéma.

Pour son premier film, la jeune réalisatrice s’est lancée dans un sujet plutôt audacieux, puisqu’elle va y aborder la prostitution à travers le portrait d’une femme magnifiquement incarnée par Laura Calamy. Beau et tendre, réaliste, et surtout offrant un regard inédit sur son sujet, « Une femme du monde » se pose comme une belle première œuvre qui présente une jeune metteuse en scène pleine de promesses.

Strasbourg, Marie, la quarantaine, mère d’un fils de dix-sept ans, est prostituée. Cela fait une vingtaine d’années que Marie est une travailleuse du sexe. Indépendante, Marie aime son métier qu’elle défend corps et âme. Les temps sont durs, la concurrence est rude, et la vie de Marie va devenir un peu plus compliquée quand son fils se fait virer de son école. Adrien veut devenir cuisinier, et Marie compte bien réaliser le rêve de son fils. C’est pourquoi elle se tourne vers la meilleure école de la vie. Or, cette dernière est payante, et il lui faut neuf mille euros…

Chaque année, le cinéma nous offre bon nombre de premiers films et aujourd’hui, après une dizaine d’années pour se faire la main et un César en poche, voici que Cécile Ducrocq livre son premier film et la jeune réalisatrice n’a pas choisi la facilité.

« Une femme du monde » est un film qui aborde comme je le disais la prostitution. Des films avec ce sujet-là, le cinéma en regorge et l’on peut se demander comment il est aujourd’hui possible de se démarquer du lot. D’ailleurs, beaucoup de réalisateurs se sont cassés les dents, tombant dans la facilité des clichés, ou encore dans des histoires sordides, gratuites ou encore sans vraiment de reliefs, pensant simplement que ce sujet ferait l’affaire. Heureusement, Cécile Ducrocq n’est pas de ceux-là, et avec cette « … femme du monde« , la metteuse en scène nous entraîne dans un quotidien aussi intéressant qu’il est touchant et surtout très loin des caricatures.

Très bien écrit, intelligent dans son propos, « Une femme du monde » est un film qui peint la prostitution sans tabou et derrière ça, Cécile Ducrocq peint tous les « abords » du métier. Ainsi, à travers les mésaventures et les débrouilles de cette mère, la réalisatrice parle de l’hypocrisie d’état qui autorise la prostitution, tout en pénalisant ses clients ce qui force les filles à se cacher. La réalisatrice aborde aussi la concurrence, les prostituées « libres » et celles qui doivent rendre des comptes. Ducrocq parlera aussi de ces femmes qui partent travailler à l’étranger, alliant conditions, sûreté, mais aussi exploitation. Le film abordera également les clients, les réguliers, et les liens qu’ils peuvent créer avec ces femmes.

Puis au-dessus de tous ces bons sujets, il y a le portrait de cette femme et de cette mère, qui parle sans aucun tabou de ce métier qu’elle aime. On sera très étonné et séduit en même temps par le ton que la cinéaste emploie. « Une femme du monde » est un film très libre, et l’on sera touché par la relation très juste que le film offre entre une mère et son fils.

Puis derrière ça, on sera tout aussi touché et intéressé par le quotidien fait de tout et de rien, de problèmes, mais aussi de bons moments que Cécile Ducrocq décrit très bien. Bref, « Une femme du monde« , c’est un scénario très riche dans ses sujets. On sent que Cécile Ducrocq a beaucoup travaillé en amont, on sent qu’elle s’est vraiment intéressée à son sujet et qu’elle a voulu y insuffler un regard et derrière ça, elle a voulu, au travers de cette femme, traiter la prostitution de la manière la plus large possible.

Si « Une femme du monde » offre un très bon scénario, du côté de sa mise en scène, Cécile Ducrocq tient de belles idées, mais tout n’est pas aussi incroyable. Si l’ambiance est travaillée, si beaucoup d’éléments sont justes et réalistes, le film tient aussi des petits moments qui vont être moins forts et pas forcément utiles à l’intrigue. On trouvera aussi quelques petites longueurs, notamment dans son dernier acte, qui pourtant conclut le film de très belle manière. Cette conclusion est d’ailleurs aussi belle que touchante et au-delà de ça, elle démontre bien le talent de sa réalisatrice.

Côté casting, Cécile Ducrocq a réuni de bons acteurs, et surtout d’excellentes actrices, mais tous et toutes n’auront pas le même impact. Ainsi, on sera déçu par exemple de ne pas vraiment trouver de rôles forts, hormis cette mère et son fils. Reste que malgré ça, « Une femme du monde » nous offre encore une fois une très grande Laura Calamy qui va être étonnante et très touchante de bout en bout de film. Pour l’accompagner, le film offre un très joli rôle pour Nissim Renard qu’on devrait tout logiquement retrouver l’année prochaine pour les révélations. À noter aussi le plaisir toujours intact de retrouver Romain Brau.

« Une femme du monde » est donc un joli premier film qui nous offre un très joli portrait de femme. Cécile Ducrocq déborde de talent, et c’est avec plaisir qu’on découvre un très bel œil qui, on l’espère, ne fera que grandir au sein du cinéma français. En compagnie d’une très grande Laura Calamy, osant aller au bout de son sujet, « Une femme du monde » touche, envoûte, questionne, et au-delà de ça, on passe un bon moment de cinéma, alors que demander de plus.

Note : 14/20

Par Cinéted

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