décembre 10, 2022

TV Show

Titre Original : Inshite miru: 7-kakan no desu gêmu

De : Hideo Nakata

Avec Tatsuya Fujiwara,Haruka Ayase,Satomi Ishihara, Tsuyoshi Abe

Année : 2010

Pays : Japon

Genre : Thriller

Résumé :

Dix personnes ayant accepté le même « travail » lucratif se retrouvent enfermées dans le sous-sol d’un complexe et se voient forcées de participer à un terrible jeu de la mort pendant sept jours.

Avis :

Hideo Nakata est un réalisateur japonais qui va rapidement connaître la gloire à la fin des années 90. En réalisant Ring, il va permettre une vraie démocratisation du cinéma horrifique asiatique à travers le monde, et on peut même dire que c’est un peu grâce à ce film que le cinéma japonais s’est beaucoup mieux exporté par la suite. Véritable coup de fouet dans le genre de l’épouvante, il va réitérer cet exploit au début des années 2000 avec Dark Water. Aujourd’hui, ces deux films sont devenus cultes et ont même eu droit à des remakes à la sauce américaine. Bien évidemment, il est très difficile de se maintenir à flots dans une telle qualité, d’autant plus lorsque l’on a révolutionné le genre. Et depuis, Hideo Nakata se fait un peu plus discret, se faisant bouder la salle depuis. Et quand on regarde TV Show, on comprend un peu pourquoi.

Dix Petits Nègres

Le scénario est assez classique. Plusieurs personnes acceptent de participer à une expérience sociale moyennant une forte rémunération. Ainsi, dix personnes de tout horizon rentrent dans une sorte de loft pour y passer une semaine ensemble et répondre à des questions. Mais le jeu va être cruel, puisque les règles sont assez simples, chaque jour, l’un d’entre eux va mourir, et il faudra trouver qui est le responsable. Une cagnotte se met en place et enquêteur, meurtrier et mort auront droit à un bonus. Forcément, les choses dégénèrent très vite, et la tension monte. Très clairement, même en 2010, TV Show accumule quelques années de retard. On sent que le réalisateur veut se lancer dans un huis-clos et balancer quelques critiques à brûle-pourpoint, mais rien ne va y faire. Et cela est dû à une écriture fragile et à un déroulement qui frise parois l’incompréhension.

D’ailleurs, dès le départ on ne comprend pas trop ce qui se passe dans cette maison. On a un soupçon de science-fiction avec un gardien en forme de robot, des petits indiens robotisés qui parlent pour dire les règles et le lendemain, un premier mort. L’enquête est menée à vitesse grand v par un opportuniste et les désaccords ne seront que peu présents. En fait, on a la sensation que tout ce petit monde est éteint et attend que le temps passe. Les personnages découvrent des armes dans leur chambre, avec un petit mot cryptique, mais cela ne jouera jamais sur les morts suivantes. Il y a un vrai problème de cohérence dans le film, aussi bien sur la trame générale, qui n’arrive pas à être compréhensible, que sur les petits segments concernant les personnages. Il manque à TV Show une certaine rigueur pour nous faire participer à l’intrigue.

Télé-réalité

En dehors des problèmes d’écriture qui perturbent la compréhension globale de ce jeu, TV Show exprime très mal ses thématiques. Vendu comme un pamphlet critique sur les jeux en direct de télé-réalité, Hideo Nakata n’arrive pas vraiment à enfoncer le clou pour démontrer les dérives de ce système. Les joueurs comprennent tardivement les enjeux de cette expérience et surtout, on ne verra qu’à deux reprises des gens qui regardent cette émission sur leur téléphone portable. On a l’impression que cette thématique du voyeurisme malsain passe en arrière-plan, alors que c’est sur ça que joue la communication du film. Et de ce fait, le spectateur se place comme une déité qui sait tout d’avance et qui ne sera pas surpris par quelques images d’accros aux mobiles. Il manque au film un moment percutant qui montrerait les dérives de notre société quant à la télé-réalité.

Et c’est un peu la même chose avec les personnages qui peuplent ce loft. Chacun aura son petit segment et son petit background mystérieux, mais on reste dans quelque chose de très plat, de très linéaire. Par exemple, le héros sera un jeune homme paumé qui cherche juste un peu d’argent et qui s’engage dans le jeu parce qu’il tombe sous le charme d’une nana. On aura aussi le père de famille endeuillé qui connait ce jeu car son fils est décédé à l’intérieur. Puis Nakata puisera dans les clichés, avec un tueur mystérieux planqué parmi les individus, une jeune femme suicidaire qui veut l’argent pour sauver son fils ou encore un opportuniste prétentieux qui s’autoproclame chef du groupe. On reste dans des caractérisations sommaires, qui peuvent faire parfois penser à du manga et c’est dommage de ne pas chercher plus loin. On notera aussi un manque d’émotion flagrant.

Fade

Ce manque d’émotion, ce sentiment que tout est fade provient non seulement de l’écriture des personnages, du scénario même, mais aussi de la réalisation. Il est bien loin l’aspect protéiforme et étrange de Ring ou Dark Water. Hideo Nakata semble peu inspiré pour livrer TV Show. Les teintes oscillent entre le gris et le verdâtre, pour parfois aller dans le rouge au niveau de la prison, mais on reste dans quelque chose de très dilué et sans réelle saveur ou sens. Il en va de même avec la mise en scène, qui ne propose rien de bien intéressant. Les moments stressants ne sont pas bien mis en valeur. La confrontation finale flirte avec le grand-guignol et on ne sera guère surpris par un twist qui arrive comme un cheveu sur la soupe mais que l’on avait grillé depuis longtemps. Même le robot et les meurtres sont cheap et manquent d’impact.

Au final, TV Show résonne comme un coup manqué pour le réalisateur japonais. Thriller horrifique voulant critique la télé-réalité et les dérives des écrans, le film ne prend jamais, la faute à un scénario qui n’approfondit jamais ses thématiques, d’une réalisation paresseuse et surtout, de personnages qui sont tous plus antipathiques les uns que les autres. Si on peut garder quelques fulgurances et un final qui frôle le nanar, Hideo Nakata est tombé assez bas et on est loin, très loin, de Ring et Dark Water

Note : 07/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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