décembre 1, 2022

L’Indomptable Feu du Printemps

Titre Original : This is not a Burial, It’s a Resurrection

De : Lemohang Jeremiah Mosese

Avec Mary Twala, Jerry Mofokeng, Makhaola Ndebele, Tseko Monaheng

Année : 2021

Pays : Lesotho, Afrique du Sud, Italie

Genre : Drame

Résumé :

Mantoa, 80 ans, est la doyenne d’un petit village niché dans les montagnes du Lesotho. Lorsque la construction d’un barrage menace de submerger la vallée, Mantoa décide d’en défendre l’héritage spirituel et ravive l’esprit de résistance de sa communauté. Dans les derniers moments de sa vie, la légende de Mantoa se construit et devient éternelle.

Avis :

Situé en plein milieu de l’Afrique du Sud, le Lesotho est un pays totalement enclavé, dont je viens de découvrir l’existence avec la sortie de ce film. Étant curieux, cette simple découverte m’a alors donné envie de découvrir le film de suite, d’autant plus que Lemohang Jeremiah Mosese, le réalisateur, est un cinéaste que je découvre par la même occasion. Réalisateur, scénariste, producteur et musicien, Lemohang Jeremiah Mosese a débuté sa carrière au cours des années 2010. Exilé en Allemagne, c’est d’ailleurs là qu’il réalise ses premières œuvres, Lemohang Jeremiah Mosese fut surtout acclamé en 2018 dans des festivals pour « Mother, I am Suffocating« , un documentaire qui suit son parcours du Lesotho à l’Allemagne.

Fort de ces retours, Lemohang Jeremiah Mosese, huit ans après son premier film, revient avec un second long-métrage qui, s’il demeure une fiction, tient une grande partie d’autobiographie en un sens. Sortie très discrète, à peine trente salles sur le territoire, « L’indomptable feu du printemps » est un film qui s’avère d’un côté très intéressant, pour ce qu’il raconte de sa politique, de ses coutumes, de ses villages et plus largement de son histoire, son combat, mais derrière ça, « L’indomptable feu du printemps » est aussi un film qui est capable de se poser comme ennuyant, notamment à cause d’une mise en scène qui, malgré des qualités visuelles puissantes, pose un rythme long, voire presque soporifique à certains moments.

Mantoa a quatre-vingts ans et elle est la doyenne du village dans lequel elle réside depuis toujours. Aujourd’hui, Mantoa pleure la mort de son fils, qui est enterré aux côtés du reste de sa famille. Ce qui console Mantoa, c’est qu’elle sait bien que lorsque son heure sera arrivée, la vieille femme reposera auprès des siens. Enfin, ça, c’est jusqu’à ce qu’elle apprenne la construction d’un barrage qui va la forcer, comme tout le reste du village, à quitter ses terres. Cette idée, pour Mantoa, est inacceptable, et la vieille va alors mener son dernier combat.

Ce que j’ai toujours aimé avec le cinéma, outre le fait qu’il soit un divertissement, c’est qu’il est une fenêtre sur le monde. À travers les films, on fait des découvertes sur de nouvelles cultures, de nouveaux horizons et aujourd’hui, on pose nos valises au Lesotho, un petit état plus qu’un pays, dont très peu de films y sont produits et encore moins arrivent à passer les frontières pour arriver jusque dans nos salles de cinéma.

Doté d’une affiche sublime, porté par une bande-annonce marquante, et le tout tenu avec une intrigue qui a réuni beaucoup d’ingrédients pour faire de cet « … indomptable feu du printemps » un moment de cinéma intéressant et dépaysant, je me suis donc empressé d’aller voir le nouveau film de Lemohang Jeremiah Mosese et j’en ressors assez partagé, conquis d’un côté, et ennuyé de l’autre.

« L’indomptable feu du printemps » est un film qui est très intéressant dans ce qu’il raconte. Très riche, le film se pose comme une ouverture sur beaucoup d’éléments. Les premières choses qui me viennent en tête quand je repense à cette séance de cinéma, ce sont les chants, les traditions, l’importance de la terre, la culture, les cultes, le respect des anciens, les couleurs, les danses, la musique, les paysages, et le visage de cette femme, de cette actrice incroyable, qui crève l’écran à tout instant. C’est bien simple, Mary Twala est impressionnante, et elle tient un personnage très touchant.

Ensuite, me vient en tête l’intrigue de ce film. Une intrigue très riche, qui conjugue tout ce que j’ai cité plus haut, et au-delà de ça, parle du Lesotho en lui-même. Sa politique est abordée à travers ce barrage qui va être construit, ce qui force des villageois à abandonner terres et habitants. L’eau est une grande source économique pour le pays et comme cette dernière est considérée comme l’une des plus pures du monde, le pays ne cesse de construire des barrages afin de s’étendre économiquement parlant. D’ailleurs, l’idée de cette intrigue vient du vécu de la famille de Lemohang Jeremiah Mosese qui fut déplacée de ses terres et leur village noyé.

Enfin, dernier point qui me vient en tête, c’est ce visuel, car esthétiquement parlant, « L’indomptable feu du printemps » est une bombe. Tenant un aspect de conte, ici, chaque plan, chaque image, chaque travelling est assez incroyable, et l’ensemble donne une atmosphère très particulière, ce qui rend le film (dans une certaine mesure) très captivant dès son impressionnante scène d’ouverture.

On ajoutera à cela, la photographie qui est magnifique, le format 4/3 qui dessert très bien ce film, et le tout est accompagné par ce qui est sûrement l’une des plus belles BO de l’année, nous offrant des sonorités assez incroyables et totalement nouvelles.

Mais voilà, comme je le disais, face à tout cela, face à toutes ces qualités réunies, je ressors avec un soupçon de déception, qui va être véhiculé par deux éléments. Le premier, c’est la lenteur et le rythme qu’a choisi Lemohang Jeremiah Mosese pour raconter cette histoire. Si la mise en scène est très belle, elle laisse aussi la sensation que son metteur en scène étire beaucoup trop de scènes. Si les silences ont une importance, trop de silences finissent par faire l’effet inverse et nous faire paraître le temps long. Franchement, on sent passer les deux heures que dure le film.

Puis derrière ça, on sera aussi quelque peu déçu face à l’émotion qui se fait absente. Si le film est touchant, si les personnages sont touchants, il manque pourtant quelque chose pour que « L’indomptable feu du printemps » nous bouleverse et nous marque pour son histoire et ses personnages. Ce manque d’émotion est véhiculé par ce rythme évoqué plus haut, qui finit par imposer trop de longueurs, ce qui ternit l’ensemble et c’est vraiment dommage.

« L’indomptable feu du printemps » aura donc été une séance de cinéma aussi plaisante qu’elle aura aussi su se faire ennuyante. Magnifique d’un côté, superbe évasion culturelle et superbe découverte, que ce soit pour ces paysages, cette culture, et cette histoire, mélangeant héritage, combat, résiliation, passé et futur. Mais voilà, face à cela, le rythme lénifiant qui nous laisse dans une certaine attente, celle que le film de Lemohang Jeremiah Mosese s’envole, a une tendance à gâcher la fête. Quoi qu’il en soit, même si je ne m’y arrêterais pas forcément de nouveau, ne serait-ce que pour toutes les découvertes et l’évasion, je ne regrette pas de m’être aventuré.

Note : 11/20

Par Cinéted

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