octobre 21, 2021

200 Mètres

Titre Original : 200 Meters

De : Ameen Nayfeh

Avec Ali Suliman, Anna Unterberger, Lana Zreik, Motaz Malhees

Année : 2021

Pays : Palestine, Jordanie, Qatar, Suède, Italie

Genre : Drame, Aventure

Résumé :

Mustafa d’un côté, Salwa et les enfants de l’autre, une famille vit séparée de chaque côté du Mur israélien à seulement 200 mètres de distance. Ils résistent au quotidien avec toute la ruse et la tendresse nécessaires pour « vivre » comme tout le monde, quand un incident grave vient bouleverser cet équilibre éphémère. Pour retrouver son fils blessé de l’autre côté, le père se lance dans une odyssée à travers les checkpoints, passager d’un minibus clandestin où les destins de chacun se heurtent aux entraves les plus absurdes.

Avis :

Ce que j’aime avec le cinéma, et notamment comment il est diffusé en France, c’est qu’il nous offre une fenêtre sur le monde. Nous sommes l’un des pays qui a le plus grand nombre d’écrans et de salles de cinéma et à ce titre, chaque année arrivent donc dans nos salles des films de tous les pays. Aujourd’hui, je m’arrête en Palestine, un pays dont le cinéma est essentiellement engagé. Le cinéma palestinien est un cinéma qui demeure relativement « confidentiel » et c’est bien dommage, car il a des choses à offrir et évidemment des choses à dire.

« 200 mètres » est le premier long-métrage d’Ameen Nayfeh, qui après trois courts dans le documentaire et un court de fiction, le réalisateur se lance alors dans son premier film. Et si ce « 200 mètres » peut se révéler un peu longuet, il va surtout se révéler nécessaire, intéressant, instructif, mettant en relief une situation que nous connaissons mal. Puis, au-delà de ça, le jeune réalisateur nous offre un beau drame. Un drame qui, dans son envie de cinéma qu’il conjugue avec une touche de réalisme, se rapprochera parfois du docufiction. Ce premier film sera alors inégal, mais assurément intéressant, montant les difficultés de gens ordinaires pris dans un contexte extraordinaire.

Mustafa et Salwa s’aiment. De cet amour sont nés trois enfants. Mustafa et Salwa ne vivent pas encore ensemble, mais ils habitent à deux cent mètres l’un de l’autre. Deux-cents mètres et au milieu d’eux, un mur qui sépare la Cisjordanie où habite Mustafa, d’Israël où vivent Salwa et leurs enfants. Tous les jours, Mustafa traverse cette frontière pour travailler avec un permis de travail et une « carte de séjour ». Or, un matin, cette dernière est expirée et ce même jour, le fils de Mustafa se fait renverser. Mustafa doit donc se rendre au plus vite à l’hôpital, mais comment faire sans carte. L’homme va donc se lancer dans un périple dangereux pour passer la frontière illégalement afin de rejoindre sa famille.

Fort, intéressant, pour ne pas dire passionnant même, dans son conflit politique et ses personnages simples, balancés dans un conflit qui bien souvent les dépasse. Dur, engagé, politique, courageux, ce premier film pour Ameen Nayfeh est une jolie réussite.

Il lui aura fallu sept années pour faire son film. Sept années entre l’écriture de ce scénario et la bataille pour trouver de quoi financer son film, mais assurément le jeu en valait la peine, car « 200 mètres » est une véritable odyssée.

Touchant dans son ensemble, « 200 mètres » nous raconte donc le périple d’un homme qui, séparé de sa famille de simplement deux-cents mètres, va alors entreprendre un voyage des plus dangereux. L’idée est aussi simple qu’elle est dure, car derrière ces deux-cents petits mètres à franchir, Ameen Nayfeh va y injecter toute la difficulté et la complexité qui règnent entre ces deux pays. Ce qui est très touchant et très bien raconté ici, c’est le fait que cette histoire soit vécue par un personnage qui en un sens, est très loin de ces conflits. Mustafa est un homme qui conjugue avec le contexte politique qui fait son quotidien. D’ailleurs, le personnage en lui-même est complexe avec cet amour d’un côté du mur et le choix qu’il fait de rester de l’autre côté pour vivre avec sa mère. Ce choix raconte énormément cet homme, mais aussi sur la façon de vivre dans ces régions-là.

Puis au-delà de ça, il y a cet élément bien vu qui va engendrer l’odyssée de Mustafa. « 200 mètres« , à travers ce voyage et à travers les rencontres, va poser un regard sur la difficulté de vivre dans ces régions-là. Le réalisateur s’intéressera aussi bien aux haines qu’à l’amour qu’il peut y avoir entre ces deux pays. Tenu par un scénario exigeant qui ne va de cesse d’apporter sur le parcours de son personnage de nouveaux obstacles, on regrettera toutefois un manque d’émotion. Oui, si l’ensemble est touchant, difficile et bien rendu, il est vrai aussi qu’étonnamment, le film d’Ameen Nayfeh manque le coche de vraiment nous bouleverser avec cette histoire. Tous les ingrédients sont bel et bien réunis, tout est bel et bien réussi, et pourtant, il manque quelque chose à « 200 mètres » pour nous bousculer et se poser comme une histoire puissante et inoubliable. Peut-être que le film, au fil des rencontres, s’éparpille un peu, comme tout ce qui est fait autour de cette réalisatrice allemande et peut-être qu’Ameen Nayfeh aurait dû se recentrer sur son personnage, mais c’est assez compliqué d’exprimer ceci, car si l’on regarde bien, tout ce qui est fait autour de cette femme venue filmer le parcours d’un homme qui se rend à un mariage, va dire beaucoup de choses sur le conflit israélo palestinien.

Quoi qu’il en soit, s’il manque quelque chose à « 200 mètres » pour être incroyable, si parfois dans son rythme, le film tient quelques longueurs, ce premier film pour Ameen Nayfeh demeure un bon, voire même très bon, film.

Bien écrit, complexe et clair à la fois, très intéressant dans la vision de ce conflit, très instructif, notamment dans la description de ces frontalités de leur quotidien, ou encore dans le regard que le réalisateur apporte sur cet homme, et sa façon de vivre, « 200 mètres » se pose comme un film nécessaire, courageux, et surtout, il présente un jeune réalisateur, Ameen Nayfeh, qui a du talent et des choses à dire et rien que pour cela, « 200 mètres » (qui est assez mal distribué) mérite qu’on s’y arrête. Quant à nous, on reste désormais très curieux de voir ce qu’Ameen Nayfeh va proposer dans l’avenir.

Note : 15/20

Par Cinéted

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