décembre 1, 2021

Si ça Saigne – Stephen King

Auteur : Stephen King

Editeur : Albin Michel

Genre : Horreur

Résumé :

Les journalistes le savent : si ça saigne, l’info se vend. Et l’explosion d’une bombe au collège Albert Macready est du pain béni dans le monde des news en continu. Holly Gibney de l’agence de détectives Finders Keepers, travaille sur sa dernière enquête lorsqu’elle apprend l’effroyable nouvelle en allumant la télévision. Elle ne sait pas pourquoi, le journaliste qui couvre les événements attire son attention…

Avis :

Entre deux romans plus ou moins épais, Stephen King aime à revenir au format de la nouvelle. Le Bazar des mauvais rêves, dernier recueil en date, s’avérait inégal en dépit de quelques fulgurances littéraires. Des centaines d’histoires plus tard, la carrière de l’auteur de Ça semble avoir exploité tous les sujets, emprunté tous les angles d’approche ; des plus terrifiants aux plus déconcertants. Au cours des cinq dernières décennies, il a démontré l’étendue de son habileté pour dépeindre des fresques d’exception, puis enchaîner sur de furtives et non moins efficaces incursions. Son talent de conteurs prévaut autant pour esquisser des portraits crédibles qu’instaurer une atmosphère particulière.

Contrairement au précédent recueil, Si ça saigne se compose de quatre récits à la longueur variable. De la simple nouvelle au roman court, on ne distingue pas forcément une thématique de prédilection ou encore un fil rouge qui viendrait les connecter les unes aux autres. Chacune d’entre elles possède une singularité qui lui est propre. Cela vaut autant pour la tonalité narrative que pour la teneur desdites histoires, sans oublier leur ambiance. Ce n’est pas à proprement parler effrayant, mais très efficace pour mettre le lecteur en condition. En revanche, elles se rejoignent toutes sur leur constance en termes de qualités. Un élément qui n’a pas toujours été le cas par le passé et qui mérite d’être souligné.

Le Téléphone de M. Harrigan s’attarde sur l’impact des nouvelles technologies dans notre quotidien. L’intrigue y insuffle une dimension surnaturelle qui devrait ravir les amateurs d’investigations paranormales, car le smartphone devient un moyen plus ou moins direct de communiquer avec le monde des défunts. La relation entre le jeune protagoniste et le vieillard sur le point de tirer sa révérence se développe avec une sensibilité évidente. On distingue une approche ambivalente avec le téléphone portable, presque comme si on lui octroyait une conscience propre. Cette impression n’est pas forcément explicite, mais, à certains égards, elle peut rappeler le rapport ambivalent d’Arnie Cunningham avec sa Plymouth Fury 1958 dans Christine ; le côté névrosé en moins.

On enchaîne avec La Vie de Chuck qui fait office d’objets littéraires non identifiés. Dans un premier temps, on se surprend à apprécier l’intrigue à rebours en trois actes. Le rythme est déconcertant à plus d’un titre. Sous couvert d’une atmosphère apocalyptique dérangeante, on s’insinue progressivement dans des considérations métaphysiques que ne renierait pas Philip K. Dick. On aborde ainsi différentes strates de la réalité qui se veut curieusement malléable. Une sorte de mise en abîme des états d’âme du protagoniste qui aboutit vers une grande part de subjectivité dans son interprétation. Original et audacieux, mais qui est susceptible de laisser une frange du lectorat sur le côté.

L’histoire éponyme Si ça saigne constitue le plat de résistance du présent recueil. L’occasion est alors donnée de retrouver Holly Gibney, que l’on a déjà pu accompagner dans la trilogie Bill Hodges et L’Outsider. Le personnage principal et son entourage sont toujours aussi attachants. Cette nouvelle semble confirmer la propension de l’auteur à immerger ses protagonistes dans des enquêtes paranormales. Il ne s’agit pas d’une simple redite de leur précédente mésaventure, mais le lien entre les deux récits demeure évident. On apprécie la critique pertinente sur les méthodes journalistiques pour couvrir des faits divers violents et des catastrophes.

Enfin, on termine ce recueil avec Rat qui présente une résonnance particulière pour tous les aspirants écrivains. L’intrigue se penche en effet sur le processus créatif d’une œuvre littéraire ; qu’il s’agisse d’une nouvelle ou d’un roman. On ressent l’expérience de l’auteur à travers les techniques de travail ou son rapport à l’écriture. Certaines idées avaient d’ailleurs été déjà abordées dans Ecriture – Mémoires d’un métier. À cela s’ajoute une évocation du mythe faustien particulièrement bien sentie entre le personnage principal et… un rat. Une belle conclusion dans le genre dont l’écho renvoie à La Part des ténèbres.

Au final, Si ça saigne offre quatre histoires toutes plus différentes les unes que les autres. Curieuse, déconcertante, immersive… Les adjectifs ne manquent pas pour les définir et avancer une qualité homogène entre chaque intrigue, même si rien ne vient les lier. Entre le fantastique, le thriller ou la science-fiction métaphysique, Stephen King démontre sa rigueur et son sens du détail dans n’importe quelle condition. Les sujets et le déroulement général n’ont rien de foncièrement novateur, mais la maîtrise demeure évidente ; tant dans le rythme que dans le style. Il en ressort un recueil éclectique et recommandable à plus d’un titre qui enchaîne les ambiances et les contextes avec habileté et constance.

Note : 16/20

Par Dante

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