décembre 6, 2021

Kaïken – Jean-Christophe Grangé

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Résumé :

« – Un kaïken. – Tu sais à quoi ça sert ? – C’est avec ce poignard que les femmes samouraïs se suicidaient. Elles se tranchaient la gorge… » Olivier Passan de la Criminelle. Un solitaire fasciné par le Japon traditionnel, un samouraï des temps modernes, lancé dans la traque d’un insaisissable criminel, « l’Accoucheur », qui éventre les femmes au terme de leur grossesse pour brûler le fœtus. Ce flic tourmenté, complexe, cherche à comprendre les raisons du naufrage de son couple : Naoko, sa femme japonaise, a demandé le divorce mais ils se sont entendus pour une garde alternée de leurs deux enfants. Cette vie de famille chaotique est au centre de l’intrigue, qui joue des similitudes entre l’histoire personnelle de Passan et celle du serial killer que l’on est tenté de voir comme son double monstrueux. Mais le suicide de l’Accoucheur ne résout rien et Passan devra aller jusqu’à Tokyo rechercher la clé de l’énigme…

Avis :

La réputation de Jean-Christophe Grangé n’est plus à faire en matière de thriller. En presque 20 ans, il aura écrit dix livres. Ce n’est pas un rendement énorme, mais la qualité est toujours au rendez-vous. Aussi, chaque sortie est un événement à lui seul. Pour son dixième roman, l’auteur nous plonge une fois de plus dans une enquête macabre menée par Olivier Passan, flic au caractère bien trempé. Il va traquer un serial-killer qui éventre des jeunes femmes sur le point d’accoucher pour tuer leur enfant (d’où le surnom de l’accoucheur). Derrière ce titre mystérieux, que cache Kaïken ? Seulement un an (et un jour) après Le passager, excellent thriller marathon, avons-nous droit à un nouveau coup de maître ou un coup dans l’eau ? Malheureusement, il y a une raison à cette interrogation…

Pourtant, tout semble bien engagé. L’entame est immersive, tendue et, pour ne rien gâcher, dotée d’une parfaite atmosphère. On entre de plein fouet dans la traque de l’accoucheur avec ses principaux intervenants. Déjà, un élément se démarque et tranche avec la plupart de ses précédents ouvrages : on connaît l’identité du tueur. L’intrigue ne s’axe pas autour du mystère qui l’entoure, mais sur la manière de le piéger. Pourquoi pas ? Cette petite prise de risque a le mérite de renouveler la formule made in Grangé et de s’éloigner un minimum des habituelles investigations, mais (et c’est bien là le problème) il s’agira de la seule innovation à l’horizon.

Certes, l’on tourne les premières pages avec impatience en reconnaissant la patte de l’auteur. Toutefois, une part de l’histoire reste prépondérante et supplante l’enquête : le divorce de Passan. C’est bien simple, il ne passe pas grand-chose durant la première partie. Il faut attendre la seconde et plus de trente chapitres écoulés (soit un bon tiers du roman) afin que l’action se débride un peu. Malgré cela, les disputes, les joutes et le semblant de vie familiale sur le point d’imploser de Passan gangrènent la narration si bien que l’on n’arrive jamais à entrer de plain-pied dans le livre. Tantôt son quotidien tellement banal, tantôt les investigations. Et ce ne sont pas les explications alambiquées avancées pour justifier les deux facettes de l’intrigue qui arrangeront cet état de fait.

Outre ce rythme brinquebalant et pataud, les situations se suivent et se ressemblent presque. Plus ou moins crédibles, elles ne révèlent en tout cas aucune surprise de taille pour les amateurs de thriller, tout comme le style de Grangé. Kaïken est bien écrit, mais les ficelles habituelles de l’auteur commencent à s’user. Malgré l’efficacité et la fluidité de l’ensemble, on ne s’étonnera guère de la construction des chapitres, de l’architecture des phrases et des mots. Une méthode qui a fait ses preuves, mais peine à se renouveler. Pire, à évoluer. En somme, l’intrigue pâtit d’une narration en dent de scie et sans surprise. Et ce n’est certainement pas, la dernière partie qui nous fera changer d’avis. On sombre dans le ridicule avec une petite excursion au Japon où le final ressemble à un mauvais Chanbara que l’on expédie négligemment en espérant que le lecteur s’en contentera.

On retrouve également des personnages aux caractères bien trempés, pétris de principes et de préjugés. Le flic bourru, son ex au bord de la crise de nerfs, les collègues baroudeurs (un rien frimeurs), le serial killer mal dans sa peau, à l’enfance torturée et machiavélique de surcroît. Hormis la passion de Passan pour la culture japonaise, tout paraît surgi d’un autre roman et transposé à la va-vite. Le constat est tellement évident que les protagonistes sont interchangeables et ne marquent pas les esprits. De ce côté-là, on regrette également une certaine facilité qui ne bouscule pas les habitudes des lecteurs.

Au final, Kaïken surprend dans le mauvais sens du terme. Là où on aurait pu s’attendre à une valeur sûre de la part d’un auteur confirmé, l’on a droit à un thriller prévisible, longuet, trop conventionnel et chaotique pour en faire un bon livre. Grangé privilégie les frasques familiales de son personnage principal au lieu de suivre l’enquête (toujours bien documenté sur les méthodes policières) et son atmosphère glauque qui ne demandait qu’à s’épanouir. Sans doute l’œuvre la plus personnelle de sa bibliographie (il est passionné de la culture nippone et marié à une japonaise), mais pas aussi haletante qu’on veut bien le faire croire. L’histoire a du mal à tenir la route et la construction narrative s’essouffle, ne réservant aucune fulgurance pour ses lecteurs. Une grosse déception.

Note : 08/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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