novembre 30, 2021

Fauteuils d’Orchestre

De : Danièle Thompson

Avec Cécile de France, Albert Dupontel, Valérie Lemercier, Claude Brasseur

Année : 2006

Pays : France

Genre : Comédie, Drame

Résumé :

Une actrice populaire mais rêvant de cinéma intimiste, un pianiste surdoué qui rêve de jouer devant un public ignorant et naïf, un collectionneur qui vend en un soir toute l’œuvre de sa vie, une jeune provinciale qui tente sa chance à Paris, car sa grand mère lui a dit : « je n’avais pas les moyens de vivre dans le luxe, alors j’ai décidé d’y travailler. »

Tous ces personnages et leurs compagnons vont se croiser et se retrouver le temps d’une soirée au Café des Théâtres, où ils viendront soigner leur névrose devant un café ou un « tartare frites ».

Avis :

Fille de l’immense Gérard Oury et de Jacqueline Roman, Danièle Thompson a débuté en tant que scénariste et elle a eu une immense carrière. Pendant plus de trente ans, Danièle Thompson a écrit ou participé à l’écriture de certains des plus grands succès du cinéma français, « La grande vadrouille« , « La boum« , « Les aventures de Rabbi Jacob« , « L’As des As« , « Les marmottes« , « La Reine Margot« … Pour les années 2000, Danièle Thompson change de registre et s’essaie à la réalisation et là encore la « jeune » réalisatrice va enchaîner les succès, « La bûche« , « Décalage horaire« , « Le code a changé » et bien entendu, et c’est peut-être son meilleur film, « Fauteuils d’orchestre« .

Troisième long-métrage pour Danièle Thompson, « Fauteuils d’orchestre » est un très joli film choral, mené par une troupe d’acteurs absolument parfaits et au-delà de ça, c’est une très bonne petite comédie qui navigue entre rires et émotions, peignant une galerie de personnages attachants, drôles et adorables. Comédie bourgeoise, alors que le genre est épuisé et sur-épuisé, surtout dans le cinéma français, il reste encore de temps à autre de petits miraculeux qui viennent donner un bon coup de fraîcheur, qui ne sombrent pas dans la prétention et qui arrivent autant à nous amuser que nous toucher.

Jessica, la vingtaine, débarque à Paris sans un sou et sans même un toit sur sa tête. Très vite, la jeune femme trouve un travail en tant que serveuse dans un café Avenue Montaigne. Au gré des verres et des plats qu’elle sert, elle va croiser tout un tas de personnages habitant ou travaillant dans la célèbre avenue. Une actrice qui cherche à faire autre chose qu’une Sitcom, un musicien qui est au bord de la rupture, une gardienne de théâtre fantasque, un vieil homme qui tourne une page, ou encore un jeune homme qui cherche à se rapprocher de son père. Puis derrière ça, derrière ces personnages, Jessica découvre une mini société en plein cœur de l’un des plus beaux quartiers de Paris, enfin, si l’on peut appeler ça un quartier…

Après les pistes au sein de la famille avec « La bûche« , après la dragouille entre Binoche et Reno pour « Décalage horaire« , pour son troisième long-métrage, Danièle Thompson pose sa caméra au bout de l’Avenue Montaigne pour y faire un petit film choral comme on en déjà vu beaucoup. Quand on s’arrête sur le synopsis de « Fauteuils d’orchestre« , il est vrai que le film de Thompson n’a pas vraiment plus d’arguments que ça et il a surtout l’air de se poser comme un film lambda, avec sa tribu d’acteurs de renom. Ça, c’est sur le papier, car une fois à l’écran, une fois les faits exposés et les personnages présentés, « Fauteuils d’orchestre » est une bulle de fraîcheur devant lequel on passe un bon et un beau moment.

Certes, le scénario de Danièle Thompson est déjà vu et pourtant ça ne l’empêche pas d’être très bon. Il y a dans « Fauteuils d’orchestre » beaucoup de tendresse et de sincérité qui se dégage de cette chorale. Si la metteuse en scène fait dans la comédie bourgeoise, elle fait surtout dans la comédie humaine, peignant des portraits intéressants, touchants, justes et très beaux. Jouant avec les codes, jouant avec les clichés, un côté déjà-vu et en même temps ajoutant une touche d’originalité, on se laisse très facilement emporter dans ce microcosme. Chaque personnage qui est présenté est intéressant de par son passé et ce qu’ils espèrent pour l’avenir. « Fauteuils d’orchestre« , c’est un véritable carrefour du « Je tourne une page » et ainsi, avec cette idée pour ses personnages, Danièle Thompson les fait s’interroger sur tout un tas de questions très simples. Des questions et des réflexions qui parlent à tout le monde, des réflexions qui sont universelles, qui dépassent les classes sociales, pour simplement être des envies ou non humaines. Peut-on tout lâcher et changer de vie ? Peut-on vraiment faire table rase sur son passé, avoir confiance en l’avenir ? Comment se réinventer ? Et bien entendu, la cinéaste ajoute à cela, entre rires et émotions, l’amour, la famille et les amitiés. Bref, en faisait du déjà-vu, Danièle Thompson s’approprie le genre, et livre un scénario et des personnages qu’on n’a pas envie de quitter.

Pour incarner cette grande galerie de personnages, Danièle Thompson s’est parfaitement entourée et surtout elle leur a offert des personnages en or, des personnages faits pour ces comédiens. Ainsi, on retrouvera une Valérie Lemercier éclatante et hilarante en actrice emmerdeuse de service. Claude Brasseur est bouleversant en vieil homme qui tourne une page de sa vie  » – Un jour, le temps qui passe devient le temps qui reste. » Bouleversant. Tout comme Dani qui trouve là un rôle magique en incarnant une gardienne de théâtre. Albert Dupontel est étonnant, dans un rôle qui n’est pas si facile que ça. Il forme un très beau couple avec Laura Morante. On n’oubliera pas non plus l’immense et regrettée Suzanne Flon, Christopher Thompson, le réalisateur Sydney Pollack qui joue en français s’il vous plaît, Guillaume Gallienne et bien sûr, le rayon de soleil qu’est Cécile de France, qui relie tout ce petit monde.

« Fauteuils d’orchestre« , c’est un film beau dans ce qu’il raconte, et il l’est tout autant dans sa façon de raconter ces personnages et ces histoires. S’il demeure très classique, et là encore déjà vu, ça ne l’empêche pas de magnifiquement décrire ses personnages et la tranche de vie qu’il met en scène. Passant d’un personnage à l’autre avec beaucoup de fluidité, nous réservant de jolis moments d’émotions, tout en savant très bien d’un coup nous faire rire avec un gag ou une réplique bien placée, bien piquée, Danièle Thompson transforme son troisième film en une sorte d’osmose qui se pose comme un pur plaisir à suivre.

Beau, tendre, juste, très drôle et touchant, Danièle Thompson nous offre un joliment moment de cinéma bourré de fraîcheur. Tenu par des acteurs impeccables, parcouru de scènes et de moments marquants, avec « Fauteuils d’orchestre« , Danièle Thompson pose là un pilier du genre dont on ne se lasse tout simplement pas.

Note : 14/20

Par Cinéted

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