novembre 30, 2021

La Cérémonie

De : Claude Chabrol

Avec Isabelle Huppert, Sandrine Bonnaire, Jacqueline Bisset, Jean-Pierre Cassel

Année : 1995

Pays : France, Allemand

Genre : Drame

Résumé :

Sophie, bonne analphabète et secrète mais dévouée, est engagée au service d’une famille bourgeoise de Saint-Malo. Son amitié avec la postière, curieuse et envieuse, va déclencher une série de drames.

Avis :

Claude Chabrol est un immense réalisateur qui tient à lui seul plus de cinquante de cinéma et pas moins de cinquante-six réalisations. Claude Chabrol a presque tout filmé, il s’est aventuré dans beaucoup de genres, tout en gardant sa propre approche, son ton. Il a fait tourner les plus grands, et il nous laisse un héritage inestimable, dans lequel, même si on peut y trouver des déceptions, il est toujours intéressant et même passionné de s’y plonger.

Parmi ses œuvres des années 90, aujourd’hui, on s’arrête sur l’une de ses plus importantes, « La cérémonie« . Drame terrifiant de par sa froideur et surtout l’impuissance que l’on peut ressentir face à tous ces éléments qui se mettent petit à petit en place, Claude Chabrol livre là l’un de ses plus grands films. Impeccable, énigmatique, criminel, acerbe, pessimiste, « La cérémonie » fait partie de ces films qui marquent grandement.

Que ce soit pour la maîtrise de son intrigue et sa psychologie, son duo diabolique et presque touchant, ou encore la perfection de son ambiance qui pousse sans cesse au malaise, comme si tout ce qui nous est présenté ne peut que mal se finir, Claude Chabrol dirige cette « … cérémonie » d’une main de maître et la rend tout simplement inoubliable.

Sophie vient d’être embauchée comme bonne à tout faire chez les Lelievre, une famille bourgeoise qui réside dans une grande maison près de Saint-Malo. Sophie est une femme dévouée qui prend soin à offrir le meilleur dans son travail. Mais derrière le travail irréprochable de Sophie se cache un combat de tous les jours, car Sophie est analphabète. Sa rencontre avec Jeanne, une postière, va alors déclencher une réaction en chaîne dont l’issue sera terrifiante.

Effroyable, c’est le premier mot qui me vient en tête quand je repense à cette expérience que fut « La cérémonie« . Effroyable et terrible à la fois, car ici, rien n’est laissé au fruit du hasard, et tout est là pour faire monter en puissance cette idée, ce sentiment qui est que tout ceci ne peut que mal se finir.

« La cérémonie » est une longue et terrifiante descende en enfer. Ici, Claude Chabrol analyse l’être humain entre envie et pulsion, tout en livrant derrière ça une critique assez violente de la société entre une « domestique » peu éduquée, des gens simples mais envieux, et des bourgeois tranquillement logés dans un confort, mais loin de l’image du salaud de bourgeois, qui amène tant de films dans une lutte des classes. Ici, Chabrol est loin de ces idées, et c’est l’un des aspects qui rend son film encore plus glaçant.

« La cérémonie« , c’est un scénario qui peut aisément concourir au rang de chef-d’œuvre à lui tout seul, tant ce dernier est remarquablement pensé et écrit. Claude Chabrol prend le temps de présenter ses personnages et le contexte dans lequel ils évoluent. Chabrol prend le temps de disséminer la frustration, la peur, l’envie, les désaccords et tout ce qui va faire que « La cérémonie » distille petit à petit ce malaise.

Chabrol, à travers ce scénario, aborde aussi beaucoup de sujets, « l’analphabétisation » bien sûr, le poids et la honte de cette dernière, l’influence de la télévision, la folie, le rapport au bien et au mal, puis derrière ça encore, il laisse génialement planer des doutes, laissant dans le flou certains éléments comme certains passés. Bref, ce scénario est complet, et surtout il est passionnant du début à la fin.

« La cérémonie« , c’est un thriller psychologique qui ne va faire que se tendre au fur et à mesure que Claude Chabrol nous raconte cette histoire. La mise en scène est totalement maîtrisée, elle est d’une effroyable simplicité et là encore, rien n’est le fruit du hasard. Claude Chabrol a le sens du timing, et tout en prenant son temps, en filmant les décors, les relations qui se complexifient, il distille de manière presque perverse, les prémices de la tragédie. Comme je le disais plus haut, plus son film avance et plus un sentiment d’issue tragique naît et quand celui-ci arrive, c’est froid, dur, violent et en même temps très simple, et finalement effroyablement réaliste dans sa pulsion. Bref, là encore, c’est du grand, très grand, art.

« La cérémonie« , c’est aussi un film qui est porté par des acteurs et notamment des actrices au sommet. Le duo Sandrine Bonnaire et Isabelle Huppert est incroyable, tant les deux actrices composent des personnages passionnants et tant elles finissent par se compléter, étant chacune à l’opposé et en même temps, assez similaire.

Du côté des bourgeois, Jacqueline Bisset, Jean-Pierre Cassel, Virginie Ledoyen et Valentin Merlet sont eux aussi assez fous de complémentarité, étant presque chacun un visage différent d’une bourgeoisie et tout comme Bonnaire et Huppert, ils tiennent des personnages passionnants.

Effroyable, glacial et glaçant, diabolique, et en même temps terrible de réalisme dans la destruction de ses personnages, et tout ce qui va les amener à ce final, « La cérémonie » de Claude Chabrol est un très grand film. Un film puissant et inoubliable. Un film dans lequel on s’y replonge avec intérêt, car le film est si riche, que toutes ses subtilités ne se sont possiblement pas toutes révélées à la première vision. Entre critique acerbe, thriller psychologique implacable, tour de force de ses acteurs et cette réalisation folle, « La cérémonie » se loge donc d’emblée parmi les chefs-d’œuvre de son metteur en scène.

Note : 20/20

Par Cinéted

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