novembre 30, 2021

La Cité de l’Orque – Sam J. Miller

Auteur : Sam J. Miller

Editeur : Albin Michel

Genre : Science-Fiction

Résumé :

22ème siècle.
Les bouleversements climatiques ont englouti une bonne partie des zones côtières. New York est tombé; les États-Unis ont suivi. Au large de pays plongés dans le chaos, ou en voie de désertification, de nombreuses cités flottantes ont vu le jour. Régies par des actionnaires, elles abritent des millions de réfugiés.
C’est sur Qaanaaq, l’une de ces immenses plateformes surpeuplées, qu’arrive un jour, par bateau, une étrange guerrière inuit. Elle est accompagnée d’un ours polaire et suivie, en mer, par une orque. Qui est-elle ? Est-elle venue ici pour se venger ? Sauver un être qui lui serait cher ?

Avis :

Dans le domaine de la science-fiction, la transposition d’un avenir plus ou moins avenant reste l’une des préoccupations fondamentales du genre. De la dystopie à l’uchronie, en passant par le cyberpunk, la projection dans les siècles futurs permet de mieux appréhender le présent. Les auteurs spécialisés aiment à considérer les errances actuelles (mode de vie consumériste, politiques incompétentes et inadaptées…) pour en observer les conséquences sur le moyen ou long terme. Avec le recul, de nombreuses œuvres font preuve d’une lucidité inquiétante sur le devenir de l’humanité sous le prisme de thématiques hétéroclites telles qu’une crise économique ou l’évolution de l’intelligence artificielle.

Avec La Cité de l’orque, on a droit à une sorte de syncrétisme des sujets de préoccupation contemporain. Dans un XXIIe siècle agonisant, le réchauffement climatique a entraîné de multiples effondrements et érigé des villes flottantes qui prennent l’apparence de bidonvilles à la dérive (au sens propre, comme au figuré). À ce titre, l’allégorie d’une société sur le point de faire naufrage est suffisamment explicite pour considérer Qaanaaq comme un radeau de fortune. Sa description est d’ailleurs assez déstabilisante dans le sens où on entrevoit un ordre dans ce chaos ambiant, ainsi qu’une délitation progressive de la société.

Cela passe par cette évolution en verticalité qui permet de mieux souligner la hiérarchie sociale et les différentes strates de la population. Là encore, il est aisé de distinguer une architecture réfléchie. Les sous-sols de la ville sont alloués aux malades, les couches intermédiaires se destinent aux petites mains et aux malfrats, tandis que les plus hautes sphères sont réservées aux élites. Rien de foncièrement original, mais cette logique demeure cohérente et bien appuyée au fil de l’histoire. Celle-ci s’attelle à d’autres thématiques notables, comme la question de la surpopulation ou des logements insalubres. On peut également considérer le rapport de l’homme à l’animal et la mise au ban des minorités sexuelles.

Le roman affiche donc des ambitions et une richesse qui paraissent un peu à l’étroit pour un unique ouvrage d’à peine 400 pages. De nombreux aspects sont évoqués, mais rarement approfondis. Par cette approche, l’auteur apporte de la densité à son intrigue, mais il ne pousse pas plus loin la réflexion. Ce traitement remplit alors à moitié ses promesses, car l’évolution du récit, bien que fluide et assez dynamique, dépeint ses séquences, comme l’on appréhende un tableau. Une mise en scène graphique, parfois contemplative, mais nullement immersive. On a l’impression que cette cité faite de bric et de broc morcelle son histoire en tranches de vie sans y trouver une réelle continuité.

En ce sens, l’alternance des points de vue multiplie les portraits d’une poignée d’habitants selon leur « rôle » au sein de la société. Des destins amenés à se côtoyer sans jamais se rencontrer, sauf au hasard de détours labyrinthiques au fil de la narration et des rues de Qaanaaq. Là encore, les protagonistes se définissent surtout par leurs aptitudes et moins par leur personnalité, leur manière d’appréhender un quotidien qui se focalise sur le court terme. Il en ressort des individus assez détachés de leur condition, un rien fataliste. De même, on peut regretter le statut mythique de l’orcamancienne beaucoup trop vite éventée pour privilégier une histoire de vengeance somme toute classique.

Au final, La Cité de l’orque est un roman de science-fiction prometteur dont l’évolution délaisse ses ambitions initiales pour se complaire dans un traitement standardisé. On apprécie l’originalité et la pertinence de Qaanaaq pour dénoncer les errances du système actuel. La dimension politique et la critique du capitalisme n’échapperont à personne. Toutefois, Sam J. Miller souhaite condenser trop de thématiques pour un unique volume. En les faisant se succéder, leur force d’évocation s’atténue pour une approche plus superficielle qu’elles ne le méritaient. Malgré le changement constant de points de vue, l’histoire fait montre d’une évidente linéarité qui rend le tout assez simpliste, voire facile. Un roman perfectible en dépit de très bonnes idées, de sa lucidité et de son ambiance singulière.

Note : 13/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

Voir tous les articles de AqME →

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.