janvier 27, 2022

Les Evadés de la Planète des Singes

Titre Original : Escape From the Planet of the Apes

De: Don Taylor

Avec Roddy McDowall, Kim Hunter, Bradford Dillman, Natalie Trundy

Année: 1971

Pays: Etats-Unis

Genre: Science-Fiction

Résumé :

Cornélius et Zira parviennent à retourner vers le passé et débarquent au XXème siècle à Los Angeles. Ils y subissent les mêmes tourments que Taylor sur la « planète des singes » et découvrent petit à petit quels évènements conduiront à la fin de la civilisation humaine et à la domination simienne…

Avis :

Durant les années 70, les studios de la Fox étaient en grand déficit. Après des échecs commerciaux et des choix plus que douteux dans certains de leurs films, les studios ne savaient plus comment renouer le succès. Fort heureusement, en 1968, Le Planète des Singes, adapté d’un roman de Pierre Boulle, va faire un carton et sortir la Fox d’une merde noire pas possible. Mais les aléas des sorties font que rapidement, le studio se retrouve le bec dans l’eau et semble avoir du mal à maintenir la tête hors de l’eau. Une idée de suite à La Planète des Singes fait alors surface et on va avoir droit au Secret de la Planète des Singes. Une suite qui ne tiendra pas la comparaison et qui sera même un semi-échec d’un point de vue critique. Cependant, et c’est là que c’est surprenant, le film va cartonner au box-office, permettant aux studios de se maintenir à flots. Seulement, une fois que la machine fut lancée, il fallait bien sortir d’autres suites et d’autres films avec pour simples mots « La Planète des Singes ». C’est ainsi que sorti Les Evadés de la Planète des Singes, une suite pour le moins surprenante puisque le deuxième ne laissait aucun doute possible sur l’impossibilité de faire une suite. Et pourtant…

Se focalisant un peu plus sur les écrits de Pierre Boulle, cette suite va prendre tout le monde à revers puisqu’elle montre Zira et Cornélius à bord d’un vaisseau spatial et atterrir dans un passé, celui de la Terre en 1970. Les deux singes se retrouvent alors sur leur planète mais en pleine domination humaine. Très rapidement, les présentations sont faites et les singes vont attirer les regards, les questionnements, les convoitises mais aussi les peurs. En effet, malgré une grande intelligence, les deux singes vont se faire prendre à partie par une partie du gouvernement qui les voit comme une menace à l’espèce humaine. Interrogés, intimidés, questionnés, drogués, les deux singes vont avoir la vie dure sur Terre, se prenant en pleine poire ce qu’eux faisaient aux humains durant leur époque. Un retour de bâton qui fait mal et qui montre à quel point certaines expériences sur des animaux (ou des humains) peuvent faire mal. Le scénario de ce film est très intelligent car il est un peu l’inverse du tout premier métrage. Alors que dans le film de Schaffner, les humains étaient plus ou moins des cobayes, ici, ce sont les singes qui sont étudiés et qui vont souffrir. Cet effet miroir va permettre de faire prendre conscience aux singes de leurs atrocités, mais aussi aux humains, qui vivent dans une peur constante de l’inconnu.

Et c’est là toute la force du film qui tient sur ce propos, une double vision en fonction du camp majoritaire. Les Evadés de la Planète des Singes va alors aborder des thématiques très importantes, encore aujourd’hui, avec des notions sur le regard des autres, la médiatisation, mais aussi le racisme et la différence. Le film joue constamment sur ces sujets en filigrane, sans jamais les imposer à l’écran, laissant le spectateur se faire une idée, un point de vue sur ce qu’il voit et ne voit pas forcément. C’est très malin et surtout, ça joue sur des codes encore contemporains. Le principal reproche que l’on faisait au précédent film, c’est qu’il restait des avancées technologiques propres aux années 70 et qu’aujourd’hui, cela parait désuet et donc hautement improbable. Ici, avec ce troisième film, c’est assez intemporel et peut s’inscrire sur différentes décennies. Aujourd’hui encore, près de cinquante plus tard, le film fonctionne encore sur ses codes et sur ce qu’il veut démontrer. L’homme est dangereux, comme le sera le singe plus tard, causant finalement la destruction de la planète.

Ce qui participe aussi au relatif succès de cette deuxième suite, c’est le tom employé. Alors que les deux précédents métrages étaient très sérieux et ne comportaient aucun second degré, avec ce film, Don Taylor s’évertue à jouer avec les codes de la comédie et impose une première moitié de film assez étrange et fascinante. Les singes sont exploités pour l’image du pays, ils s’habillent comme des humains des années 70 et cela prête à sourire. Il y a une tonalité propre à la comédie qui sied parfaitement à ce que l’on veut voir. Le ton est moins grave, moins urgentiste, et c’est à la fois surprenant mais très bien vu. Le film comporte alors deux phases, puisque la seconde moitié sera très dramatique, mettant en avant un être abject qui va user de ses ressources pour causer du mal à ces singes qui n’ont fait que fuir une fatalité. A ce moment-là, le film bascule dans un vrai thriller noir, avec une sorte de chasse aux sorcières, toujours d’actualité aujourd’hui, où il faut trouver un coupable pour l’ignominie des humains. Le film est pertinent, prenant aussi dans sa mise en scène sur la dernière séquence dans un bateau abandonné et globalement, on se surprend à avoir de l’empathie pour ces singes si expressifs. Roddy mcDowall et Kim Hunter font un travail de dingue et sont vraiment attachants. Ce qui est appréciable aussi dans ce film, c’est les nuances apportées. En effet, tous les humains ne sont pas des crevures, certains sont bons, ce qui est la même chose chez les singes. Un discours qui n’est pas que sombre donc, et là aussi, c’est très bien foutu.

Au final, Les Evadés de la Planète des Singes est un bien meilleur film que le précédent. S’amusant avec les codes, démarrant presque comme une comédie de science-fiction, offrant aux singes ce que l’humanité a presque de pire comme l’alcool, les fêtes pleines de vacuité ou encore l’exploitation de ce qui fonctionne, le film va peu à peu s’assombrir pour devenir un vrai thriller teinté de drame dans un final qui fait mal au cœur. On se retrouve alors bien malin face à cette tragédie qui se déroule sous nos yeux et qui ne signifie qu’une seule chose, l’homme est un loup pour l’homme.

Note : 15/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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