décembre 4, 2021

Elevation – Stephen King

Auteur : Stephen King

Editeur : Le Livre de Poche

Genre : Fantastique

Résumé :

Bien que Scott Carey ne semble pas changer, il perd incessamment du poids. Etrangement, il pèse le même poids avec ou sans vêtements, peu importe leur poids.
Ne voulant pas subir d’examens médicaux, il ne veut prévenir personne, si ce n’est son docteur en qui il a confiance.

Dans la bourgade de Castle Rock, Scott se lance dans un combat contre ses voisines lesbiennes dont le chien fait régulièrement ses besoins sur sa pelouse. L’une de ses voisines est glaciale, tandis que l’autre est amicale. Elles essayent toutes deux de maintenir leur restaurant à flot, mais les habitants de Castle Rock ne veulent pas d’un couple homosexuel marié, et le restaurant rencontre donc des difficultés.
Quand Scott découvre les préjugés qu’elles rencontrent, y compris le sien, il décide d’essayer de les aider…

Avis :

Si Stephen King est un auteur « touche-à-tout », il aime également changer de format pour ses histoires. Entre deux romans ou fresques, ses nouvelles sont tout aussi intéressantes à découvrir, même si certaines sont plus notables que d’autres. Sorte de chaînon manquant littéraire, le roman court emprunte le dynamisme de la nouvelle tout en ayant plus de temps (et de place) pour développer ses intrigues. Avec Gwendy et la boîte à boutons, on avait droit à un hommage à Richard Matheson (le présent ouvrage lui est dédié) et son histoire Le jeu du bouton. Le tout doublé d’une excellente critique de la politique américaine actuelle et passée.

Avec Elévation, on retrouve une épaisseur similaire pour un traitement plus léger, au sens propre, comme au figuré. Le pitch de départ rappelle immanquablement La peau sur les osStephen King s’attardait déjà sur une perte de poids presque surnaturelle. Toutefois, ce roman possédait une nette tendance horrifique, à tout le moins dans ce qu’il suggérait. Ici, il est également question d’un individu qui constate des faits semblables, tout aussi inexplicables. Hormis le sujet initial, il n’y a pas de points communs réellement probants entre les deux intrigues. À commencer par une connotation beaucoup plus enjouée qu’à l’accoutumée.

Contrairement à Billy Halleck, Scott Carey ne voit pas son physique changé. Ce qui rend son cas à la fois unique et improbable. Cela se constate par ses pesées quotidiennes où, véritable curiosité, il peut s’alourdir avec autant d’objets qu’il veut, son poids reste le même et baisse avec une régularité plus ou moins fluctuante. Étant donné la brièveté du récit, on ne s’attarde pas sur les causes ni sur les origines d’une telle manifestation. On évoque bien quelques éléments de réflexions et d’explications. Pour autant, cela prête à peu d’importance, car ils n’influent pas sur l’évolution ni sur la bonne compréhension de la trame. Exception faite de l’apesanteur, on ne développe pas les règles de physique qui régissent son « allègement ».

Autre point sur lequel Elévation se distingue : son humour. Sans pour autant sombrer dans la comédie, on ressent un certain amusement avec certaines situations cocasses. On songe au Trot des dindes, la course locale, ou encore à son régime ultra-calorique qui lui permet de dévorer tout ce qu’il souhaite. Certains échanges vont également en ce sens, non sans perplexité. Le protagoniste aborde son problème avec philosophie, comme si sa perte de poids s’accompagnait d’une dissolution graduelle de ses soucis, ses craintes ou ses états d’âme passés. L’élévation en question s’avère aussi bien physique que spirituelle. De ce point de vue, on peut se rapprocher du comportement d’un mourant.

Le contraste sombre progressivement vers l’inéluctabilité de la situation lorsque Scott atteindra le « jour zéro », synonyme d’apesanteur. À défaut d’être foncièrement dramatique, la tonalité du dernier quart se veut plus grave. On se penche notamment sur les valeurs de l’amitié, le temps qui nous est imparti et la manière dont on le met à contribution pour réaliser de bonnes ou de mauvaises actions. Là où, au départ, on ne saisit pas immédiatement le message de l’auteur, on distingue une volonté de profiter du bonheur présent, si éphémère soit-il. Cela peut paraître un rien candide, mais cela reste dans le ton de l’histoire. À savoir, une petite introspection personnelle sur sa propre mort et sa portée sur ses proches.

Au final, Elévation est un roman court assez surprenant. D’une situation amusante, voire inédite dans ce qu’elle expose, Stephen King fait s’enchaîner les émotions pour divertir sans oublier une connotation subtile afin de justifier cette nouvelle incursion dans la ville de Castle Rock (Dead Zone, Bazaar…). Tour à tour fable contemporaine et carnet de vie, cet ouvrage fait la part belle à une sagesse dépourvue de dogmatisme, non sans une certaine remise en question. Un style aussi léger que son ambiance pour un résultat plein d’optimisme, empreinte de la nostalgie qui découle du temps passé. Abordée avec philosophie et recul, une œuvre singulière et détonante dans la bibliographie de son auteur.

Note : 15/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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