janvier 16, 2022

The Gift

De : Joel Edgerton

Avec Jason Bateman, Rebecca Hall, Joel Edgerton, Allison Tolman

Année : 2015

Pays : Etats-Unis

Genre : Thriller

Résumé :

La vie d’un jeune couple marié est chamboulée lorsqu’une ancienne connaissance apporte de mystérieux cadeaux et révèle au grand jour un secret terrifiant vieux de plus de 20 ans.

Avis :

Il semblerait que de plus en plus d’acteurs aient envie de mettre la main dans le cambouis et de devenir réalisateur. En effet, après les essais de Ryan Gosling, les confirmations de Ben Affleck ou encore Clint Eastwood, les envies de Pio Marmaï lors des interviews, les comédiens aiment être derrière la caméra afin de livrer leurs idées, leurs névroses ou encore leurs visuels. Avec The Gift, on tombe sur la toute première réalisation de Joel Edgerton, qui est un acteur depuis le milieu des années 90. Il montera en puissance à la fin des années 2000 et confirmera son talent au cours des années 2010, écumant les blockbusters et s’amusant de plus en plus à jouer les bad guys ou les anti-héros comme dans Exodus, Gatsby le Magnifique ou encore The Gift qui nous préoccupe aujourd’hui. Avec ce premier film, dont il signe aussi le scénario, on reste dans quelque chose qui n’est pas forcément complexe à mettre en images (même si cela restera un point faible du film), mais qui doit tenir en pression le spectateur pour lui faire monter une tension palpable. Thriller psychologique qui joue sur les blessures du passé, The Gift est assez roublard pour prendre le spectateur, mais trop timide pour être viscéral.

Dans ce film, on va croiser un couple qui tente de tout reconstruire en allant vivre loin de Chicago. On comprend rapidement que le couple a perdu un enfant et que repartir à zéro semble être une bonne idée. Cependant, le mari rencontre un ami de jeunesse un peu trop envahissant, qui fait des cadeaux et s’invite le soir à table. Très rapidement, les choses vont déraper et de vieux et lourds secrets vont faire surface. Suffisamment lourds pour que la femme ait des doutes sur la sincérité de son mari et sur son caractère. Bref, comme on peut le deviner, The Gift est un thriller psychologique qui joue avec les nerfs des personnages et qui va tenter de montrer ce que nos actes passés peuvent engendrer en vieillissant. Néanmoins, ce premier axe de lecture arrive assez tardivement et progressivement, Joel Edgerton va essayer de peaufiner son histoire en présentant des personnages aux antipodes et qui vont essayer malgré tout de vivre ensemble. On aura droit à la femme très gentille, plutôt aimante, mais qui va vite s’apercevoir que le monde autour d’elle n’est fait que de faux-semblants. Puis il y a son mari, qui a tout réussi dans la vie, mais qui ne montre qu’une facette de son caractère, n’hésitant pas à écraser les autres pour réussir. Enfin, dans ce triangle étrange, on notera la présence de l’ami bizarre, envahissant et qui ne semble pas bien net.

On pourrait croire que ces personnages sont juste des ébauches et que le but du film est de les égratigner au fur et à mesure. Mais c’est totalement faux. Le scénario est assez bien écrit de ce côté-là et ne laisse personne sur le carreau. Chaque protagoniste est bien défini, possède son propre caractère et son background assez riche. Si les caractérisations sont parfois un peu grossières, ce qui enlève un semblant de tension, on reste sur quelque chose de crédible et qui a du sens. Du coup, on se prend d’affection pour les personnages, et notre ressenti va évoluer avec l’histoire, avec le dévoilement du secret et les actes qui ont été fait par le passé. Toute l’intelligence de ce thriller tient là-dedans, une annonce qui fait tout chavirer et qui va nous révéler le vrai visage des personnes. Le seul gros point faible de ce film et donc du script, c’est que tout est assez prévisible (déjà spoilé par l’affiche et le synopsis) et que la tension ne prend pas forcément aux tripes, la faute à une mise en scène très académique, trop classique et qui ne contient pas de moments forts. On notera des efforts sur les couleurs, notamment sur le jaune qui annonce un danger, mais cela reste presque anecdotique.

Fort heureusement, le film se rattrape grandement sur son fond. En effet, s’il n’est pas évident en son début, le film va se concentrer sur le harcèlement scolaire et les impacts que cela peut avoir sur un adulte. Ici, on ne parle pas seulement de quelques petites baffes ou railleries (ce qui est tout autant condamnable), mais bel et bien d’un harcèlement moral et physique aux conséquences désastreuses. Le film va donc appuyer sur ça pour impacter sur les faits et gestes d’un homme, qui trouve une sorte de revanche à détruire celui qui est la cause de sa propre destruction. Le film est intelligemment fait car il ne joue pas toutes ses cartes dès le départ, puis change son fusil d’épaule par la suite et surtout, permet de mettre en lumière un homme qui n’a finalement pas changé depuis le lycée. Cet éclaircissement va nous ouvrir les yeux au même titre qu’à sa femme qui découvre un autre homme, un type capable du pire pour son propre avenir, quitte à anéantir des carrières voire des vies sociales. De ce fait, Joel Edgerton s’amuse aussi à démontrer que le naturel est bien prégnant toute notre vie et que l’on ne change pas forcément en vieillissant. La sagesse n’est pas une chose qui semble à la portée de tous.

Le film propose aussi un trio d’acteurs vraiment au top. En premier lieu, on notera un Jason Bateman métamorphosé, bien loin de ses rôles habituels de gogols à la vanne moisie. Ici, il campe un salaud de première, qui semble bien équilibré au départ, mais qui va peu à peu montrer son vrai aspect, à un tel point que l’on ne sait jamais quand son personnage joue la comédie ou quand il est sérieux. Il est inquiétant à souhait et montre ici tout son talent d’acteur. Pour l’accompagner, Rebecca Hall est tout simplement parfaite dans le rôle de cette femme qui découvre un autre homme et qui n’accepte pas le comportement passé de son mari. A la fois incrédule et fragile, l’actrice s’en sort à merveille et nous touche particulièrement. Enfin, Joel Edgerton campe un rôle complexe, mais il le tient plutôt bien, malgré quelques errances dans le jeu, nous laissant croire qu’il était plus concentré sur la réalisation que sur son propre personnage vraiment ambigu. Néanmoins, l’ensemble fonctionne bien et on y croit.

Au final, The Gift est un film assez surprenant sur son fond qui se dévoile en cours de route. Le film se permet un rythme assez lent pour renforcer ses personnages et ainsi impacter sur les différentes révélations qui vont ponctuer le métrage. Il en résulte un film intéressant à plus d’un titre, qui veut raconter quelque chose de profond et qui y parvient parfaitement, malgré une mise en scène assez basique et une inégalité dans la rythmique. Néanmoins, pour un premier film, c’est plutôt bon, voire même surprenant.

Note : 14,5/20

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Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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