décembre 3, 2021

Electric Dreams – Philip K. Dick

Auteur : Philip K. Dick

Editeur : J’ai Lu

Genre : Science-Fiction

Résumé :

Rendu célèbre par le cinéma et la télévision (Blade Runner, Total Recall, Minority Report Le maître du Haut Château…), Philip K. Dick est l’auteur de plus de cent vingt nouvelles dans lesquelles il explore les thèmes qui l’ont hanté toute sa vie – l’intelligence artificielle, les mondes parallèles, les simulacres, la manipulation -, en réponse aux deux interrogations fondamentales de son oeuvre : Qu’est-ce que l’humain ? Qu’est-ce que la réalité ? Le présent recueil rassemble les dix textes courts qui ont inspiré la série Philip K. Dick’s Electric Dreams.

Avis :

À l’instar d’autres grands écrivains, la carrière de Philip K. Dick tient autant à la qualité de ses romans que de ses nouvelles. À l’heure actuelle, il est vrai que cet exercice de style est souvent dénigré pour sa brièveté, mais surtout pour sa faible valeur commerciale. Hormis des auteurs de best-sellers, les éditeurs n’offrent que peu de largesse pour laisser exister de courtes histoires. Celles-ci ne demandant parfois pas plus de quelques dizaines de pages pour révéler tout leur intérêt. Tout comme pour des courts-métrages, l’écriture d’une nouvelle exige du dynamisme et une certaine énergie, quitte à faire fi des présentations. Mais lorsqu’on se penche sur l’œuvre de Philip K. Dick, la perte de repères n’est pas inhérente à ses seules nouvelles.

Peu importe l’épaisseur de ses intrigues, l’auteur n’a pas son pareil pour nous entraîner dans des univers ou des avenirs aussi dissemblables qu’incongrus. L’immersion se fait généralement par l’entremise du quotidien d’hommes et de femmes en apparence banale. Par la suite, ses protagonistes sont confrontés à un événement perturbateur ou extraordinaire, parfois les deux. Une récurrence dans l’approche de Philip K. Dick. Ce qui fait tout le charme et l’ambiance de ses écrits peut éventuellement les rendre difficiles d’accès ou suffisamment sibyllins pour apprécier de nouvelles subtilités à travers une relecture. Et c’est ce que propose le présent recueil.

L’adaptation d’une sélection faite par les scénaristes et les producteurs de la série éponyme. Pour ce faire, ces derniers y participent également avec, en préambule, une préface pour présenter et, si besoin, justifier leur choix. On découvre ainsi une appropriation toute personnelle des histoires de leur modèle et la manière dont elles ont influencé leur travail dans le domaine du cinéma et de la télévision. Ces introductions sont intéressantes, ne serait-ce que par leur brève analyse. Néanmoins, elles ont le tort de spoiler les nouvelles à travers des passages ou leur dénouement. Une maladresse réellement handicapante pour les novices ou si l’on ne s’en souvient pas.

Toujours est-il que les dix nouvelles font montre d’une certaine variété pour dépeindre l’œuvre de Philip K. Dick dans toute sa richesse. Sur fond de bizarreries et d’étrangetés en tout genre, on aborde ses principales préoccupations. La notion d’humanité et ce qui la définit à travers nos actes sont évoqués dans Le père truqué et Être humain, c’est… Mais ce questionnement touche aussi les autres histoires à leur manière et dans une moindre mesure. Cela passe par des dilemmes ou des états d’âme à même de remettre en cause la stabilité psychologique et sociale des intervenants. Une résonance toute particulière avec des thématiques incontournables.

On songe notamment au consumérisme avec Service avant achat, récit très pessimiste dans ce qu’il sous-entend. Foster, vous êtes mort est également représentatif de cet anticonformisme. L’auteur extrapole les craintes de la guerre froide et les risques de guerre nucléaire (indissociable de l’Amérique des années 1950) par le biais d’une famille qui cède au dictat des masses. Chaque histoire a beau être indépendante et ne pas avoir d’attaches avérées entre elles, on ne peut s’empêcher de trouver une cohérence, un lien invisible qui les unit. Certes, le rapprochement est facile quand on reste dans un genre ou un sujet bien précis.

Pour autant, la description de ces époques et univers parallèles s’accapare le principe de causalité. Ainsi, l’aveuglement des masses dans L’inconnu du réverbère est un facteur essentiel pour consentir à l’émergence d’un régime totalitaire, comme dans Immunité. Cette nouvelle résonne comme un avant-goût au Maître du Haut-Château, mais dans un futur éloigné. La productivité à outrance d’Autofab, elle, trouve son apogée et ses terribles conséquences dans La planète impossible, fable écologique teintée d’humanisme. La question de la réalité est abordée dans Reconstitution historique. Quant au Banlieusard, il fait office d’OVNI littéraire absolument délectable qui n’est pas sans rappeler des récits décalés du style de Twin Peaks.

Au final, Electric Dreams est un recueil de qualité qui offre un aperçu presque exhaustif de ce qui peut définir l’œuvre de Philip K. Dick. Non sans humour, l’auteur développe ses idées et sa conception de l’avenir à travers des intrigues entraînantes où les personnages sont tout aussi attachants. La pertinence des propos et le traitement singulier qui découle d’une ambiance insolite font de cette sélection une véritable occasion de s’intéresser ou de se replonger dans une œuvre unique. Il ne s’agit pas forcément de ses histoires les plus connues, mais elles sont assurément représentatives de son talent pour s’attarder sur des questions sociétales intemporelles.

Note : 17/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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