décembre 7, 2021

Le Triomphe des Ténèbres – Eric Giacometti et Jacques Ravenne

Auteurs : Eric Giacometti et Jacques Ravenne

Editeur : JC Lattès

Genre : Thriller

Résumé :

Tibet, Janvier 1939. Une expédition SS met la main sur une Swastika (croix gammée) ciselée dans un métal inconnu. C’est l’un des Quatre Eléments (le feu, l’air, l’eau et la terre) qui, selon une antique prophétie, permettra à celui qui les détiendra de devenir le maître du monde.
Espagne, Janvier 1939, un commando républicain conduit par un aventurier français, Tristan, cambriole le monastère de Montserrat et découvre un tableau lié à la cachette d’un des éléments.
Octobre 1940. L’Allemagne nazie règne en maître sur l’Europe. C’est le triomphe des ténèbres. Une course s’engage alors pour récupérer les trois autres éléments.
Le colonel SS Weistort, chef de l’Ahnenerbe (institut spécialisé dans l’ésotérisme et l’archéologie), délivre Tristan des geôles franquistes pour l’obliger à collaborer avec lui. Leur quête va les mener à Montségur, dernier bastion de l’hérésie cathare. En Angleterre, le commander Malorley, agent du SOE (nouveau service secrets de Churchill), monte une opération pour mettre la main sur le deuxième élément. S’engage alors la lutte entre l’« Étoile » et la « Swastika », qui déterminera l’issue de la Seconde guerre mondiale.

Avis :

À juste titre, on peut considérer le duo Giacometti et Ravenne comme la figure de proue du thriller ésotérique français, et initiateur du polar franc-maçon. Si leur bibliographie respective ne se résume pas uniquement aux enquêtes du commissaire Antoine Marcas, l’exploration de la symbolique maçonnique et, par extension, de l’ésotérisme sous toutes ses formes, reste leur marque de fabrique. Des templiers au Graal, en passant par l’alchimie ou les Illuminati, chaque aventure est l’occasion de se plonger dans des énigmes séculaires avec pragmatisme sans pour autant renier la part de merveilles qui sommeille à leur simple évocation. Avec Le triomphe des ténèbres, c’est une nouvelle saga qui s’annonce…

Ce qui s’avance comme un renouvellement bienvenu, mais pas forcément nécessaire au regard de la qualité constante de chaque roman, semble marquer un retour aux sources. Une formulation paradoxale et pourtant, les auteurs s’étaient déjà penchés sur les racines occultistes du nazisme avec Le rituel de l’ombre. Loin d’être une redite, cette nouvelle amorce tend à offrir une vision différente d’une thématique trop longtemps mésestimée par les historiens. D’emblée, on sent l’érudition des écrivains en matière d’informations historiques et la manière de les triturer pour les adapter aux contraintes narratives de la fiction.

La structure de l’intrigue est agencée pour dévoiler à minima les révélations nécessaires au suspense et au bon déroulement des événements. La volonté d’appréhender le récit en tant que trilogie montre l’étendue des enjeux. Que l’on connaisse sensiblement cette période houleuse du XXe siècle ou pas n’enlève rien à la découverte des faits à l’échelle des nations ou, le cas échéant, des individus. En cela, la trame est la parfaite représentation que les hommes forgent l’histoire et non l’inverse. Certaines rencontres ont beau être fantasmées, elles préservent la portée des événements marquants concernés, comme la nuit de cristal, la fuite de Hess en Écosse ou le régime franquiste.

À ce titre, la reconstitution de l’Europe dans les années 1930 et 1940 est remarquable. Il n’est pas ici question d’alterner les époques comme son modèle « marcasien », mais la plongée est réellement entraînante. La pose de l’ambiance tient à quelques mots et expressions bien senties, tandis que les descriptions sont suffisamment bien amenées pour se représenter clairement les lieux visités. Les méandres tentaculaires du château de Montségur, l’incursion au Berghof ou les geôles de la SS ou de la Gestapo… Autant d’éléments qui concourent à dépeindre le contexte avec force et âpreté quant à la violence de certains faits d’armes.

De réflexions méticuleuses en affrontements directs, la trame est un savant mélange entre imagination et réalité où les deux pendants d’une même histoire sont inextricablement liés. Cette dynamique rodée aime à brouiller les pistes, comme c’est le cas avec la quête des swastikas disséminés de par le monde. Toujours est-il que la présence des cathares, l’évocation du Graal et la mythologie scandinave, avec l’alphabet runique, sont ici amenées de manière intelligible et parfaitement cohérente dans l’appréciation générale de l’intrigue. L’analogie peut paraître grossière, mais chaque élément s’avance comme une pièce d’un puzzle qui, pour l’instant, ne nous offre qu’une vue d’ensemble.

Au final, Le triomphe des ténèbres amorce une nouvelle trilogie de façon remarquable. Toujours avec le recul nécessaire pour démêler le vrai du faux, Giacometti et Ravenne proposent une interprétation aussi fascinante qu’essentielle pour appréhender la face cachée du nazisme. En s’appuyant sur une masse d’informations historiques avérées, les auteurs exploitent les parts d’ombres et de mystères qui persistent à l’évocation de certains événements ou projets. Si la valeur historique s’accommode de fort belle manière aux exigences de la fiction, l’intrigue n’en demeure pas moins réaliste, entraînante et d’un attrait évident pour les lecteurs et lectrices intéressés par cette période et l’ésotérisme.

Note : 17/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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