décembre 7, 2021

Les Lames du Cardinal T.02 – L’Alchimiste des Ombres – Pierre Pevel

Auteur : Pierre Pevel

Editeur : Bragelonne

Genre : Fantasy

Résumé :

Paris, 1633. Les dragons menacent le royaume.
Surgis de la nuit des temps, ils sont avides de pouvoir et décidés à restaurer leur règne absolu. Usant de sorcellerie, ils ont pris apparence humaine et créé une puissante société secrète, la Griffe noire, qui conspire déjà dans les plus grandes cours d’Europe.
Pour déjouer leurs sinistres complots, Richelieu a reformé son unité d’élite, une compagnie clandestine d’aventuriers et de duellistes rivalisant de courage, d’élégance et d’astuce. Six hommes et une femme aux talents exceptionnels prêts à braver tous les dangers et à risquer leur vie pour la Couronne : les Lames du Cardinal.
Mais alors qu’ils ont rendez-vous, par une nuit d’orage, avec une espionne italienne aussi belle que dangereuse qui prétend détenir les clés d’un complot à venir, ils sont loin d’imaginer l’ampleur de la tragédie qui va s’abattre sur la France et les obliger à affronter leur plus terrible adversaire : l’Alchimiste des ombres…

Avis :

Avec Les lames du cardinal, Pierre Pevel offrait un merveilleux hommage à l’œuvre d’Alexandre Dumas, tout en détournant les codes du roman de cape d’épée sous le prisme de la fantasy. Il en ressortait un univers original dont la rigueur historique était tout aussi cohérente que l’intégration des dragons au sein de l’intrigue. Le précédent ouvrage faisait également la part belle à une exposition généreuse des protagonistes et des enjeux, laissant d’emblée planer le spectre d’une trilogie. L’alchimiste des ombres entre donc dans sa continuité avec, en ligne de mire, une nouvelle mission pour cette unité d’élite et de menus changements dans l’appréhension du récit.

Si le rapprochement avec les mousquetaires était facile, la comparaison tend à s’atténuer dans cet opus. La présence en filigrane de la compagnie du roi présente un contraste bienvenu avec les Lames, accentuant par la même les disparités entre ces deux factions. En cause, un traitement beaucoup plus ambivalent qui n’hésite pas, de temps à autre, à faire fi des questions de moralité. La fin justifierait-elle les moyens ? Toujours est-il que l’entame, comme la suite des événements, se veut plus dynamique, car le lecteur évolue en des contrées familières. Les présentations étant faites, l’intrigue peut ainsi se permettre une immersion plus concrète et nerveuse qu’auparavant.

Le Paris du XVIIe siècle est toujours aussi bien reconstitué avec des descriptions précises et percutantes. L’auteur n’hésite pas à rendre ses tableaux vivants. Par exemple, en renseignant le lecteur sur quelques anecdotes relatives aux mœurs ou au passé de certains quartiers. La présence de personnages historiques et librement inspirés des Trois mousquetaires aide également à flouer les frontières du réel et de l’imaginaire. Non seulement l’intégration de faits avérés fonctionne sur le plan de la fiction, mais côtoie sans la moindre fausse note les éléments propres à la fantasy. Tout comme le Paris des merveilles, la découverte de cette réalité alternative se fait de manière progressive.

De fait, Pierre Pevel réussit à renouveler à minima les bases posées par le précédent ouvrage, sans pour autant dénaturer le travail effectué en amont. L’aspect fantasy prend davantage d’importances. Cela passe par le rôle grandissant de la Griffe Noire et de ses membres, mais aussi par de nouvelles révélations concernant le peuple des dragons et leur magie. Sur ce point, on devine aisément que L’alchimiste des ombres s’impose comme un épisode intermédiaire. L’évolution des genres est beaucoup plus sensible qu’elle n’y paraît. Pour autant, les affaires d’état et d’espionnage restent au cœur de l’intrigue avec un complot visant à assassiner Louis XIII.

Là encore, la progression s’amuse de péripéties, de jeux de faux-semblants et d’affrontements soigneusement chorégraphiés. À ce titre, le vocabulaire employé, aussi bien que les passes d’armes font montre d’une grande justesse dans la complexité des mouvements dépeints au fil de l’épée (ou de la plume, c’est selon). Les intrigues entre les différentes parties sont légion et permettent de brouiller les cartes en ce qui concerne leurs motivations, ainsi que leur caractère. Le nombre de personnages est toujours aussi dense, comme le récit, mais les traits sont suffisamment appuyés pour une distinction immédiate et sans risque de confusion.

Au final, L’alchimiste des ombres est une réussite totale, que l’on peut même considérer comme légèrement supérieur au précédent volume. Les aventures des Lames demeurent passionnantes et se parent de quelques détails à même d’atténuer leur prestige, mais pas leurs compétences. La dualité et la divergence qui découlent des intentions apportent une touche d’imprévisibilité, à tout le moins d’incertitude, à l’ensemble. Si la partie historique prédomine la fantasy, cette dernière s’étoffe progressivement pour déboucher sur un épilogue qui appelle forcément à la conclusion d’un cycle. Un roman hybride qui ne manque pas de rythme et de maîtrise pour dépeindre toute la singularité de son univers.

Note : 18,5/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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