décembre 3, 2021

La Lune Vous Salue Bien – Johan Heliot

Auteur : Johan Heliot

Editeur : Mnémos

Genre : Steampunk

Résumé :

Années 1950 : la lune a disparu du ciel terrien. Partout dans le monde, le bouleversement écologique a précipité les populations désemparées dans les Années Sombres. Le lunatisme, mystérieuse maladie psychique, frappe les plus fragiles, en Europe comme en Afrique. Alors qu’ils entreprennent la colonisation de mars avec l’aide des extraterrestres lshkiss, les Sélénites ont été décrétés axe du mal par le président américain Eisenhower, qui a placé le mystérieux Commandant Bob à la tête de la nouvelle Section Anti-Sélénites. Boris van, agent secret français, s’envole en mission pour les États-Unis afin de découvrir ce qui se trame dans les plus hauts lieux du pouvoir, et peut-être de sauver l’humanité du désastre qui s’annonce…

Avis :

Après avoir offert un véritable chef-d’œuvre de l’imaginaire, puis un très bon roman, Johan Heliot parvenait à dépeindre un univers steampunk aussi farfelu qu’immersif. Coincée entre les caprices de l’histoire, la trilogie de la Lune présente des événements qui relèvent de l’anticipation à rebours. Et si tel fait ou tel acte s’était déroulé autrement ? Et si les extraterrestres nous avaient rendu visite bien avant la panique créée par la pièce radiophonique (La Guerre des mondes) narrée par Orson Welles en 1938 ? Au vu de l’épilogue du second opus, il paraissait improbable d’y voir une suite. Cette fois-ci, l’auteur nous emporte dans l’Amérique des années 1950 en compagnie de Boris Vian.

Pour l’occasion, l’écrivain est devenu un agent secret au service du drapeau tricolore. En ce sens, on lui confie des missions de la plus haute importance. À commencer par la recherche, puis l’assassinat, d’Erwin Rommel. Première approche, premier hommage. Cette entame n’est autre qu’une transposition de l’œuvre de Joseph Conrad, Au cœur des ténèbres. D’ailleurs, cette excursion dans les recoins inexplorés de l’Afrique possède quelques similarités avec son adaptation cinématographique, Apocalypse Now. Cela vaut autant pour le nom du bateau qui navigue sur l’île (L’apocalypse, maintenant !) que dans la structure de l’intrigue. Pour peu, on pourrait s’imaginer Marlon Brando dans la peau de Rommel !

Tout semble donc sur des rails solides pour nous offrir une conclusion de qualité. Le contexte sociopolitique et le cadre de l’Amérique n’y sont d’ailleurs pas étrangers. Une fois de plus, on s’amuse avec les fils de l’histoire. La Seconde Guerre mondiale a bien eu lieu et s’est terminée en 1950. Eisenhower s’est fait assassiner à Dallas à la place de JFK avec un peu d’avance, tandis que ce dernier est un coureur de jupons et harceleur en puissance. Quant à Goebbels, il est devenu un éminent patron d’entreprise spécialisé dans les actions de communication. On goûte particulièrement l’ironie de chaque situation prise individuellement ou dans leur globalité.

Néanmoins, l’intrigue révèle au fil de sa progression de nombreuses errances et maladresses. On songe notamment à une trame très simpliste qui emprunte plusieurs éléments aux séries B d’espionnage de l’époque. La diabolisation du communisme et le parallèle effectué avec les Ishkiss qui, désormais exilés, sont toujours les boucs émissaires de service. D’ailleurs, leur présence est toute relative. De vagues allusions en considérations sporadiques, les extraterrestres paraissent faire office de remplissage pour combler les carences du récit. À la rigueur, La Lune vous salue bien s’impose davantage comme un spin-off et non une suite aux deux précédents volets.

De par le ton donné et le cadre, on pourrait encore continuer à ranger l’œuvre de Johan Heliot dans le domaine du dieselpunk. Autre point fondamental qui souffre d’un manque d’approfondissement aussi inexplicable que flagrant : la fantaisie dont a pu faire preuve l’auteur, du moins jusque-là. On oublie les inventions biomécaniques ou les relations Ishkiss/humains développées de manière sensible et pertinente. Ne serait-ce qu’au regard des conséquences du dénouement du deuxième roman, ces dernières ne sont qu’évoquées sous l’appellation, bien pratique, des Années Sombres. Pour le reste, on assiste plus à une reconstitution de l’Amérique des années 1950 et non à son évolution improbable sous les diverses influences initiées par La Lune seule le sait et La Lune n’est pas pour nous.

Et qu’en est-il de l’humour omniprésent et indissociable à pareille œuvre ? On se cantonne à quelques références plus ou moins judicieuses, y compris dans les titres des chapitres. L’on a surtout droit à des jeux de mots à mi-chemin entre l’argot et le néologisme phonétique pour les anglicismes. Ce qui est rapidement lassant et agaçant puisque ce sont là les seuls traits de légèreté à glaner. De plus, le contraste entre cette bascule constante entre langage soutenu et familiarités n’est pas toujours bien équilibré. Si elle demeure présente, la surprise n’est plus forcément à prendre dans le bon sens du terme.

Au final, La Lune vous salue bien se révèle une conclusion poussive. Quand on connaît l’excellence des deux premiers tomes, la qualité déclinante de cette ultime incursion est pour le moins incompréhensible. Une histoire moins percutante, des atermoiements qui précèdent des séquences d’action pas toujours bien placées, une ambiance légère et humoristique presque absente, tout comme les Ishkiss… On pourrait également reprocher des passages dont le liant demeure ténu et peu probant. Malgré une entame intrigante laissant augurer du meilleur, un roman moyen et guère représentatif de toutes les qualités récoltées par les deux autres livres de la trilogie.

Note : 11/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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