décembre 1, 2021

Golem, Le Tueur de Londres – Peter Akcroyd

Auteur : Peter Akcroyd

Editeur : Archipoche

Genre : Thriller

Résumé:

Londres 1880.
Un assassin insaisissable, invisible, opère dans le quartier de Limehouse. Le peuple, la presse, la police, l’ont surnommé le Golem, du nom de cette créature de la mystique juive, démon sanguinaire fait d’argile, capable de se défaire et de se reconstituer à volonté. Le journal intime d’un certain John Cree révèle qu’il serait le mystérieux Golem, décrit ce qu’il appelle son œuvre d’artiste, le massacre minutieux et jubilatoire de deux prostituées, d’un vieux sage et d’une famille entière.
Mais sa femme, Elizabeth Cree, une ex-chanteuse de music-hall, semble elle aussi dissimuler bien des secrets. Le chemin de ces êtres, énigmatiques croise et recroise celui de personnages historiques l’écrivain George Gissing, Karl Marx et Dan Leno,  » l’homme le plus drôle du monde « , la star du théâtre populaire à cette époque. Tous se rencontrent sans se connaître, dans la salle de lecture du British Museum ou au théâtre.
Tous seront soupçonnés par la police dans sa traque du Golem.  » Une comédie gothique  » où se mêlent vérité et faux-semblant, humour et noirceur, dans les bas-fonds de Londres.

Avis :

En pleine période victorienne, les années 1880 auront été marquées par les crimes de l’Éventreur. En ce sens, le contexte, intégré dans un roman policier au cœur de Londres, offre un écho particulier pour les amateurs d’histoire criminelle. Entre fantasmes et réalité, l’ambiance qui émane de la capitale britannique à l’époque n’a pas son pareil pour s’immiscer dans une fiction. Grand spécialiste de Londres, plus particulièrement au XIXe siècle, Peter Akcroyd s’inspire librement des meurtres de Jack l’Éventreur. Au détail près que ceux-ci ne sont pas encore survenus.

Dans Whitechapel, Sarah Pinborough s’appuyait sur des faits réels (et méconnus) pour étayer son histoire et les tenants des crimes hantant Londres. Ici, le traitement est similaire si ce n’est que le golem est une pure invention de son géniteur. On le serait à moins pour une créature mythologique ! Toujours est-il qu’il n’est pas question d’insuffler une orientation fantastique à l’intrigue. Enfin, dans une certaine mesure. On reste bel et bien ancré dans un roman policier « classique », même si l’approche emprunte de menus détours pour mieux contredire le pragmatisme ambiant.

En ce sens, plusieurs éléments penchent vers une telle orientation à l’évocation de certaines scènes. La présence permanente du tueur, ses capacités à échapper aux forces de l’ordre, sans oublier le sentiment d’impunité qui en découle… Autant d’aspects qui laissent à penser à l’existence d’un être surnaturel, presque invincible, au regard du sobriquet qu’on lui prête. Mais l’auteur privilégie la sagacité et l’intellect de son criminel pour lui offrir davantage de consistances et, par la même, développer une crédibilité somme toute terrifiante. De par son maniérisme et son accoutrement, on songe bien évidemment à Jack l’Éventreur, mais aussi à Dorian Gray, ne serait-ce que pour son dilettantisme.

Néanmoins, on pourrait s’étonner de l’angle d’approche pour une pareille intrigue. Ce n’est pas l’enquêteur Kildare, sorte de Frederick Abberline avant l’heure, qui prévaut au fil des pages. La narration multiplie les points de vue, sans faire mystère de l’identité du coupable. On parcourt le livre successivement comme le journal intime du tueur, le récit subjectif de son épouse, le compte-rendu d’un procès ou par rapport aux errances des investigations. Cela peut paraître déstabilisant puisque les schémas temporels se croisent sans réelles indications. Ainsi, on découvre une scène avant de se rendre compte qu’elle possède un lien direct avec la précédente.

Un choix qui demande une attention particulière autre que le simple jeu des indices et des pistes à suivre pour résoudre l’enquête. Une fois le lecteur accoutumé, ce n’est en rien un écueil. Néanmoins, la pertinence de certaines séquences tarde à se justifier. En cause des palabres dispensables sur le monde du music-hall et des cabarets. À dose mesurée, cela permet de poser l’ambiance ou de contraster avec l’indigence des rues. Ici, ces intermèdes bavards rallongent inutilement l’intrigue. Cela atténue un tant soit peu une atmosphère palpable et une histoire globalement habile dans sa construction, y compris dans son dénouement.

S’il n’y avait pas cette propension contemplatrice à s’attarder sur des points de détail secondaires, Golem, le tueur de Londres aurait pu prétendre à un statut d’incontournable. Seulement, ces problèmes de rythme altèrent l’appréciation générale. Il demeure néanmoins un récit emporté par une ambiance unique qui se veut la parfaite reconstitution du Londres au début des années 1880. Ajoutons à cela un traitement décalé qui peut surprendre, mais révèle son intérêt un peu plus en amont. Ce qui permet d’équilibrer l’importance de chaque personnage au sein de l’intrigue. A conseiller pour les amateurs de romans policier historique perdus dans le fog londonien.

Note : 14/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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