novembre 28, 2021

Never Alone

Résumé :

 

Le titre est un jeu de plates-formes qui suit les aventures de Nuna, une enfant inuite partie de son village pour trouver du secours. Elle est vite accompagnée par un renard blanc qui communique avec les esprits.

 

Avis :

Tout comme l’industrie cinématographique, le jeu vidéo est devenu un tel phénomène de société que son succès commercial est inversement proportionnel à la prise de risques des éditeurs. Les licences sont usées jusqu’à la corde, tandis que les reboots se suivent et se ressemblent. Si les performances techniques demeurent remarquables et le divertissement au rendez-vous, du point de vue de l’originalité, le paysage vidéoludique est terne. Il faut se pencher sur les productions indépendantes pour découvrir des initiatives qui sortent de l’ordinaire, à défaut d’en mettre plein la vue. En ce sens, Never Alone se targue d’être le premier jeu vidéo Inuit développé par des Inuits.

Et si l’on devine d’emblée des moyens modestes pour produire le titre, le concept de départ reste totalement inédit sous cette approche. L’objectif est clairement affiché : promouvoir la culture du peuple iñupiat par le biais d’un jeu de plate-forme 2D classique. La narration est en inupiaq et l’intrigue en elle-même se base sur un conte, sans doute transmis par la tradition orale. Bien que certains éléments perturbateurs permettent de justifier l’aventure, le ton général tient à une conception de la vie fondée sur le respect de la nature et l’esprit communautaire. À l’heure des préoccupations écologiques, le propos possède une résonnance particulière, sans sombrer dans la leçon moralisatrice.

Le partage des valeurs et la cohabitation harmonieuse qui en découle peuvent paraître naïfs, mais c’est cette même candeur qui offre au titre tout son charme. Bien que le genre exige réflexes et réactivité, les arrière-plans et la bande-son éthérée encouragent une approche contemplative pour mieux apprécier son atmosphère poétique. Pour ne rien gâcher, le level design tire parti d’un cadre glacial (le Grand Nord) pour concevoir des niveaux variés construits avec intelligence. Ici, le danger vient d’ennemis ponctuels, mais surtout de l’hostilité de l’environnement. Bourrasques, morceaux de glace qui se détachent de la banquise, terrains glissants…

Mais pour surmonter tous ses obstacles, le jeu impose une approche collaborative entre les deux protagonistes. À un joueur, il est possible d’alterner entre les deux personnages, tandis qu’à deux, on incarne l’un ou l’autre. Cela permet d’exploiter la complémentarité de leurs compétences pour pouvoir progresser. Petite touche d’originalité, le renard polaire est capable de communiquer et d’interagir avec les esprits de la nature. Indispensable pour pouvoir accéder à des zones trop éloignées ou en hauteur. Pour autant, ses déplacements verticaux sont sujets à de nombreuses errances. Il n’est pas rare de le voir bloquer dans sa course et de le laisser chuter pour retenter l’ascension.

En soi, ce n’est pas handicapant, mais frustrant de constater que des bugs persistent et entachent le plaisir de jeu. Malgré cela, la progression se fait presque sans heurts avec des puzzles majoritairement simplistes. Seuls certains sauts se révèlent aléatoires avec Kisima où un timing identique donne parfois un résultat divergent. Dans les parties en coopératif, l’intérêt est amélioré, car les deux personnages ont une importance équivalente. En revanche, la dernière ligne droite suggère un revirement qui délaisse le joueur incarnant le renard. Ses attributs étant grandement réduits à un rôle de simple observateur. Un dénouement qui ternit considérablement le bon a priori que l’on a sur l’intrigue.

La durée de vie, elle, est minimaliste et propose un faible degré de rejouabilité. Avec l’extension Foxtales, il faut compter un peu plus de 4 heures de jeu pour parcourir tous les chapitres. Le fait de ne pas imposer de vies limitées et de bénéficier de checkpoints très réguliers et permissifs accélère la découverte du titre. Pour les amateurs d’objets cachés et de scènes bonus, il est toujours possible de chercher les chouettes pour débloquer les notions culturelles. Une petite trentaine de vidéos documentaires abordent la culture inuit par le biais d’explications et de témoignages. On peut choisir de les visionner d’un seul tenant ou de les enclencher à l’aide d’un simple bouton entre deux sauts.

Au final, Never Alone est un jeu vidéo à part entière qui tranche radicalement avec les préoccupations marketing de la concurrence, si tant est qu’on puisse effectuer un rapprochement. S’il use de mécaniques éculées en matière de gameplay, il n’en demeure pas moins une aventure prenante qui se distingue avant tout pour son ambiance apaisante. Il est d’autant plus regrettable que le jeu pâtisse de maladresses purement techniques et d’une durée de vie éphémère. On appréciera tout de même une thématique exploitée sous le prisme de la culture inuit et non avancée comme un prétexte à la sensibilisation du réchauffement climatique.

Note : 14/20

[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=83eVQYlKHes[/youtube]

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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