mai 16, 2021

Drone

De : Jason Bourque

Avec Sean Bean, Patrick Sabongui, Mary McCormack, Joel David Moore

Année: 2016

Pays: Canada, Etats-Unis

Genre: Thriller

Résumé:

Un pilote de drone de haut niveau partage sa vie entre ses missions et sa vie de famille en banlieue, jusqu’à ce qu’une fuite fasse de lui la cible d’un homme d’affaires pakistanais.

Avis :

Le domaine militaire a toujours eu un temps d’avance pour bénéficier de technologies de pointe. Question budgétaire et objectifs plus ou moins avouables mis à part, les recherches afférentes se sont évertuées à trouver tous les moyens possibles et imaginables de tuer. Ce n’est donc guère surprenant que les conflits modernes basculent dans l’ère 2.0 où il n’est même plus nécessaire d’envoyer des soldats sur le champ de bataille. On a déjà pu entrevoir cette nouvelle forme de guerre avec le très bon Good Kill d’Andrew Niccol. Et l’on se dit qu’avec Drone, l’on tient une variante pauvre destinée directement au marché des DTV mal fagotés.

Et la première approche tend à confirmer cette impression. On dépeint le quotidien lambda d’un employé de l’armée américaine et de son travail pour le moins particulier. Celui de contrôler des drones à distance pour éliminer des cibles en territoire ennemi. Première infirmation, le personnage principal incarné par Sean Bean n’est pas un soldat, encore moins un troufion patriotique prêt à tout pour son pays. Si on peut rapprocher son caractère timoré de son pendant cinématographique joué par Ethan Hawke, on tend à offrir une description réaliste et pertinente au regard des actes perpétrés. De fait, la banalisation des profils concernés contraste avec l’aspect exceptionnel de telles missions.

En cela, on peut s’étonner d’un traitement aussi pointu et consciencieux. Surtout quand on sait que Jason Bourque se trouve derrière la caméra. Grand habitué des téléfilms et navets tournés à la va-vite, l’homme nous avait infligé quelques ignominies de sinistre mémoire, notamment Stonados, Dark Storm ou Doomsday Prophecy. Ce qui était déjà annonciateur d’une prédilection pour les catastrophes au sens propre, comme au figuré. Certes, l’on peut ressentir une évidente restriction au niveau des moyens de la production, mais le réalisateur réussit à s’en affranchir, du moins en partie. Et c’est cette approche détournée de son matériau de base qui parvient autant à nous interpeller, qu’à nous rendre perplexe.

Le principe est simple. L’histoire ne se penche pas sur la succession de missions. Elle ne va même pas s’attacher à dépeindre l’aisance de tuer à distance et les conséquences qu’elle implique sur le plan physique et psychologique. À vrai dire, Good Kill s’y attardait de telle sorte qu’il aurait été maladroit et fatal de s’y essayer. Ce n’est donc pas la cause qui est ici développée, mais les conséquences. Là encore, on pourrait craindre une certaine facilité pour mettre en avant les valeurs patriotiques de l’Amérique et dénoncer les exactions des terroristes sans autre forme de procès. Un manichéisme tellement présent dans le septième art qu’il devient symptomatique d’un trauma post-11 septembre.

Mais il n’est pas question de se lancer dans une analyse de fond sur les productions qui traite du problème. Avec une habileté surprenante, l’intrigue suggère le comportement de son antagoniste (du moins celui qu’on considère comme tel) par le biais de réactions et de focalisations sur un point de détail particulier, comme un objet ou un souvenir évoqué. On tend à manipuler l’attention du spectateur tout en se jouant des poncifs pour mieux les faire voler en éclat par la suite. Tout est très astucieux, voire intelligent dans la volonté de fournir une production différente, nantie de plus grandes ambitions qu’on voulait lui octroyer. Pour autant, une grosse moitié du métrage fait office de ventre mou qui altère considérablement ses qualités.

La confrontation des personnages tourne alors en une sorte de « home invasion » mal maîtrisé. L’idée en elle-même est loin d’être ridicule. Néanmoins, elle ne parvient pas à développer le sentiment d’oppression propre à ce sous-genre du thriller. En lieu et place d’une montée en puissance palpable où les tensions s’exacerbent, on a droit à des conversations somme toute convenues qui enlise le film dans une routine lénifiante, voire complaisante à certains égards. Il faut attendre le dîner pour que la discussion se transforme en débat et dévoile autant les intentions que les secrets de chaque individu. De plus, les réactions des intervenants extérieurs se révèlent opportunes et tardives.

Au final, Drone aurait pu se solder par un pâle ersatz de Good Kill. Si la thématique est similaire, le traitement est aux antipodes pour nous surprendre dans le bon sens. Le ton relativement posé et la teneur des propos font preuve d’une grande retenue, sans pour autant faire de concessions sur les conséquences et le caractère des attaques de drones. En cela, le film de Jason Bourque résonne avec une certaine justesse, se refusant à susciter la fibre émotionnelle de son public ou la justification des actes sous couvert du patriotisme et de la sacro-sainte sécurité de la nation. Malheureusement, Drone se perd en cours de route avec un rythme statique qui brise la dynamique initiée plus tôt, le suspense et la tension étant remisés dans les aspects secondaires de l’intrigue. Il en ressort un DTV meilleur qu’il le laissait paraître, mais perfectible sur la forme.

Note : 13/20

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Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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