décembre 9, 2021

Amours Cannibales

Titre Original : Canibal

De : Manuel Martin Cuenca

Avec Antonio de la Torre, Olimpia Melinte, Maria Alfonsa Rosso, Florin Fildan

Année : 2014

Pays : Espagne, Roumanie, Russie, France

Genre : Thriller, Drame

Résumé :

Carlos, prestigieux tailleur vivant à Grenade, est également un meurtrier à la monomanie singulière. Lorsque Nina, une jeune Roumaine à la recherche de sa sœur jumelle, apparaît dans sa vie, il tombe pour la première fois amoureux… Un sentiment qui met en péril son éprouvant secret.

Avis :

Manuel Martín Cuenca n’est pas très connu par chez nous, mais dans son pays, le réalisateur est connu et détient une belle carrière. S’il n’y a que deux films qui ont franchi les Pyrénées pour arriver dans nos salles, en Espagne, Manuel Martín Cuenca a présenté pas moins d’une dizaine de films, dont certains l’ont même emmené jusqu’aux Goya, récompense qu’il a frôlée, mais jamais décroché pour l’instant.

Son dernier film en date, c’est « Amours cannibales« , l’un des deux qui a trouvé le chemin de nos cinémas. Joli succès en Espagne, présenté pour pas moins de huit Goya, « Amours cannibales » est de ces ovnis cinématographiques fascinants et tendus. C’est un film complexe, où il est assez difficile d’en parler sans se contredire, tant le réalisateur prend le spectateur à contre-courant et nous offre une expérience dérangeante, qui a tendance à traîner en longueur, qui peut être ennuyante parfois, mais à aucun moment on a envie de voir autre chose et à tout instant, on reste alerte et tendu devant l’imprévisibilité et la tension que détient le film de Manuel Martín Cuenca. Et je crois que ceci est une belle contradiction.

Carlos est un prestigieux tailleur qui officie dans la ville de Grenade. Discret et étranger, ce que personne ne sait, c’est que Carlos est aussi un tueur en série au goût particulier. Ses proies, des femmes qu’il désire ardemment et une fois qu’il les a tuées, Carlos les mange. Alors qu’il vient de tuer une jeune femme qui en avait vu peut-être un peu trop, Carlos est surpris de voir sa sœur jumelle sonner chez lui. Nina cherche sa sœur et vient demander des renseignements à ses voisins et par conséquence à Carlos. Quand Carlos la découvre, il découvre par la même occasion un sentiment qui lui était étranger jusqu’alors, l’amour. Mais cet amour ne peut cohabiter avec le mode vie de Carlos et peut-être même que cet amour va mettre en danger le terrible secret de Carlos.

« Amours cannibales » est le film parfait qui nous fait découvrir un monstre glaçant et effroyable, de manière aussi inquiétante que touchante. Pour son dernier film en date, Manuel Martín Cuenca fait fort et livre un film très loin de toute évidence.

Avec un titre comme « Amours cannibales » et avec un synopsis pareil, on pouvait s’attendre à un film violent et glauque. Un film qui aurait pu nous mettre les tripes à l’envers, comme bons nombres de films qui ont abordé le cannibalisme. Mais c’est avec surprise qu’on va trouver un film auquel on ne s’attendait pas un seul instant. Un film d’une tension palpable qui nous laisse craintif de ce qui pourrait se passer, mais qui dans un sens contraire nous laisse aussi absolument fasciné et passionné par le personnage que nous présente le réalisateur. Un personnage qui nous mettra mal à l’aise, car il est plus froid que la glace, et en même temps, dans un sentiment génialement contrarié, nous touchera. Oui, on est touché par ce tueur perdu et c’est bien l’une des grandes surprises de ce film. C’est assez bluffant ce pouvoir contradictoire que le film possède. Une contradiction voulue et assumée par son réalisateur et on peut dire que ça fonctionne dans tous les sens.

« Amours cannibales« , c’est aussi une réalisation qui s’avère aussi soignée et percutante qu’inégale aussi. Une réalisation qui nous offre son lot de merveilles prenantes, dont deux scènes de meurtre incroyables, d’une idée et d’un esthétisme parfait. Une réalisation qui s’éloigne de ce que l’on peut trouver dans les films habituellement. Manuel Martín Cuenca veut nous tenir en nous immergeant totalement dans son thriller amoureux et sombre. Le réalisateur prend le temps de présenter son tueur, sa vie, son quotidien et ses pulsions. Mais voilà, si tout est bien pensé, on ne peut s’empêcher de remarquer, et même de subir, cette réalisation trop lente, trop longue, et peuplée d’étirements. Un choix de réalisation compréhensible et discutable à la fois, car si l’on s’immerge bien dans le film, on ne peut nier qu’on décroche parfois. Alors bien entendu, le réalisateur arrive en permanence à nous rattraper et le plus étrange, c’est que malgré l’ennui qu’on peut ressentir devant des scènes dispensables et bien trop étirées, à aucun moment on a envie de ne pas aller au bout de ce film. Une sensation étrange, aussi désagréable qu’elle est agréable finalement.

« Amours cannibales » aurait donc gagné à être plus soutenu dans son rythme. Il aurait aussi gagné à être plus court d’une bonne vingtaine de minutes facilement.

En plus de sa relation bourrée d’ambiguïté, l’atout majeur d’ »Amours cannibales« , c’est Antonio de la Torre (« Volver« , « La Isla Minima« , « Balada Triste« ). L’acteur espagnol dégage un charisme incroyable et terrifiant. Il met autant la pression qu’il arrive à nous attendrir. Vraiment, sa prestation est un véritable tour de force. Et à tout moment, on a envie d’aller au bout de ce film, pour voir où le personnage va nous emmener.

« Amours cannibales » est donc un bel exercice esthétique et émotionnellement dérangeant. Manuel Martín Cuenca réalise un film accrocheur et fascinant, pour ne pas dire hypnotique. Et finalement, si le film n’était pas parcouru de longueurs, de silences et d’étirements, on aurait trouvé un grand film. L’expérience était donc dérangeante, ambiguë, contradictoire, parfois ennuyante et d’autres fois passionnante. Bref, l’expérience, malgré les défauts, mérite amplement l’essai.

Note : 14/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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