novembre 30, 2021

Logan – Mon Père, Ce Héros

De : James Mangold

Avec Hugh Jackman, Patrick Stewart, Dafne Keen, Boyd Holbrook

Année: 2017

Pays: Etats-Unis

Genre: Fantastique

Résumé:

Dans un futur proche, un certain Logan, épuisé de fatigue, s’occupe d’un Professeur X souffrant, dans un lieu gardé secret à la frontière Mexicaine. Mais les tentatives de Logan pour se retrancher du monde et rompre avec son passé vont s’épuiser lorsqu’une jeune mutante traquée par de sombres individus va se retrouver soudainement face à lui.

Avis:

Depuis quelques temps, on peut voir que le film de super-héros, même s’il phagocyte nos écrans noirs, comment sérieusement à battre de l’aile. Non pas quantitativement, puisque les entrées en salles sont toujours aussi astronomiques, mais qualitativement, Marvel et DC ressortant bien souvent la même sauce avec des personnages différents. Sauf que visiblement, certains réalisateurs, qui ont des qualités d’auteur et non pas de yes man, ont compris la frustration d’un public de plus en plus majeur et ont décidé d’apporter un peu de maturité dans leurs métrages. Si ce n’est pas très visible chez le Doctor Strange de Scott Derrickson, on peut que visuellement, le film prend des risques. Peut-on reprocher à Zack Snyder de faire quelque chose de plus sombre avec Batman V Superman malgré l’idiotie de son climax? Certainement que non puisque chacun, à sa manière, essaye de faire avancer le schmilblick.

Concernant James Mangold, c’est encore autre chose. Véritable auteur et touche à tout au départ, le cinéaste s’est un peu pété les dents sur Wolverine: Le Combat de l’Immortel, un film sympathique, mais qui rentrait dans tous les codes du genre sans jamais proposer de la nouveauté. Voyant son potentiel et le succès au box-office suite à la déconvenue de X-Men Origins: Wolverine, la Fox le relance pour faire un ultime volet sur le mutant le plus bankable de l’univers Marvel. C’est ainsi que né Logan, tiré du comics de Mark Millar, Old Man Logan. Et le résultat est plus qu’à la hauteur de nos espérances.

Le film débute avec un générique très sombre, avec des noms qui s’affichent sur un fond noir, un peu comme un film indépendant fauché. Par la suite, on retrouve un Logan vieillissant, fatigué, presque malade et qui après s’être défait de quelques voleurs de voitures, va faire son boulot, celui de conducteur de limousine. Dès le départ, le ton est donné, on est face à quelque chose de crédible, de dur et de cru. Si la première violence du combat démontre une volonté de montrer un monde parti à vau l’eau, c’est aussi au détour d’une scène, d’un plan nichon (chose improbable dans un Marvel), que le film va prendre alors toute son ampleur. Nous ne sommes pas face à un Deadpool qui joue faussement la provocation. Nous ne sommes pas non plus face à une énième production Marvel pour adolescents. Et si ce plan nichon ne dure que quelques secondes, il enclenche derrière lui toute une vague de violence dévastatrice et crédible qui est surprenante pour un blockbuster super-héroïque. Le sang gicle, les têtes volent, et parfois explosent, la cruauté est toujours bien présente et on sent que James Mangold a eu les coudées libres pour livrer un véritable film de super-héros ancré dans le réel.

Cette violence est bien évidemment combinée à une mise en scène nerveuse, notamment lors des combats et autres gunfights, mais le cinéaste ne se laisse pas aller à la shaky cam, rendant son film lisible et puissant en toute circonstance. On a mal pour ce héros fatigué et dont les pouvoirs semblent s’atténuer. Mais le plus étonnant, c’est que cette mise en scène exacerbe la violence de certains passages, comme lorsque Charles Xavier fait une crise et immobilise tout le monde. Cette séquence au ralenti montre alors des meurtres en gros plans, gore à la clé, totalement impensable il y a encore quelques années pour une aventure de super-héros. La réalisation de James Mangold fait aussi la part belle à un autre style de cinéma. Relativement taiseux et taciturne, le film alterne les séquences survoltées avec des moments plus intimistes, plus calmes, plus visuels, empruntant énormément au cinéma indépendant américain. Les teintes jaunes renforcent à la fois la chaleur du climat, mais aussi le malaise de voir cette icône sur le déclin. Les quelques dialogues présents sont juste là pour marquer le récit et faire évoluer le personnage vers une sagesse qu’il ne connaissait pas encore. Tout concorde pour faire passer les émotions par le regard et les actes, ce qui se passe avec la petite fille, reflet d’un Logan jeune et sauvage.

Très clairement, le film joue sur la filiation et la passation. S’il semble évident entre Logan et X-23, image d’Epinal de la fille et de son père, il est aussi présent entre Logan et le Professeur Charles Xavier, véritable grand-père et père, l’âme tranquille d’un trio reconstitué mais terriblement soudé. Et c’est là-dessus que le film frappe fort, encore plus que dans les séquences de castagne. James Mangold construit ses personnages, il se concentre sur eux, leurs relations, leur psychologie, leur façon de voir les choses. Et c’est au détour d’une scène banale, autour d’un repas avec une famille que l’on sent toute la puissance de ce trio, toute la force de la famille, ce à quoi aspire secrètement Logan. La puissance émotionnelle est vraiment présente et Logan est certainement le seul film de super-héros qui fera pleurer, tant son final et sa construction humaine autour d’une famille sont forts.

Ensuite, ce qui fait aussi la force de ce film, c’est qu’avec la mise en scène, le cinéaste trouve un juste équilibre entre plusieurs genres. Si bien évidemment le fantastique prévaut, montrant des mutants avec des pouvoirs ou encore des cyborgs, le film lorgne grandement vers le road trip initiatique, notamment pour la petite, qui va apprendre au fur et à mesure de l’aventure, mais aussi vers le western, au détour d’une séquence d’anthologie où l’on découvre le X-24, avec un éclairage minimaliste mais totalement approprié. D’ailleurs, l’éclairage du film sera un élément important, apportant une certaine ambiance éthérée dans la pièce où loge le professeur Xavier, ou encore très naturelle lorsque Mangold utilise du clair-obscur pour montrer le visage de ce héros en perte de vitesse.

Et enfin, comment en pas évoquer les acteurs. Ultime chant du cygne pour Hugh Jackman dans la peau de Wolverine, l’acteur est bluffant, à la fois touchant et bestial, il dégage une force incroyable et campe un Logan vieillissant à merveille. Il sera d’ailleurs difficile de ne pas retenir une larme sur la fin du métrage, car tout comme Patrick Stewart, lui aussi impérial et très touchant, c’est la dernière fois qu’il endosse ce rôle et on a du mal à imaginer quelqu’un d’autre. Quant à Dafne Keen, dont c’est le premier rôle, la gamine est impressionnante, car elle ne fait jamais dans le surjeu et garde un côté sauvage très crédible. Enfin, Boyd Holbrook campe un méchant charismatique et fait totalement le job.

Au final, Logan est certainement le film de super-héros tant espéré. Trouvant un véritable équilibre entre des enjeux forts et une construction parfaite du personnage, James Mangold livre un blockbuster aux allures de film d’auteur qui tient toutes ses promesses, aussi bien dans son scénario cruel que dans sa mise en scène alliant moment intimiste et séquences survitaminées. Il en résulte l’un des meilleurs films Marvel de tous les temps, si ce n’est le meilleur.

Note: 19/20

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Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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