novembre 30, 2021

Neruda – Biopic et Poésie

De : Pablo Larrain

Avec Luis Gnecco, Gael Garcia Bernal, Mercedes Moran, Diego Munoz

Année : 2017

Pays : Chili, Argentine, France, Espagne

Genre : Biopic

Résumé :

1948, la Guerre Froide s’est propagée jusqu’au Chili. Au Congrès, le sénateur Pablo Neruda critique ouvertement le gouvernement. Le président Videla demande alors sa destitution et confie au redoutable inspecteur Óscar Peluchonneau le soin de procéder à l’arrestation du poète.

Neruda et son épouse, la peintre Delia del Carril, échouent à quitter le pays et sont alors dans l’obligation de se cacher. Il joue avec l’inspecteur, laisse volontairement des indices pour rendre cette traque encore plus dangereuse et plus intime. Dans ce jeu du chat et de la souris, Neruda voit l’occasion de se réinventer et de devenir à la fois un symbole pour la liberté et une légende littéraire.

Avis :

Cinéaste chilien, Pablo Larraín vient d’une famille politique et c’est sûrement de là que vient sa passion pour le sujet. Si ces deux/trois premiers films abordaient peu la politique, c’est avec son quatrième film, « No« , que le réalisateur se fait connaitre. Emporté par Gaël Garcia Bernal, « No » abordait la politique de Pinochet au moment d’un référendum. Puissant et léger en même temps, le film a permis à Pablo Larraín de se faire connaitre à l’international et depuis, le réalisateur n’a fait que confirmer l’étendue de son talent.

Premier des deux biopics que Pablo Larraín nous offre cette année, « Neruda » est un film pour le moins singulier et intéressant. Singulier, car il est loin des biopics linéaires habituels et intéressant, car le propos et la découverte de cet homme et de ses combats captivent et instruisent.

Redoutablement filmé, particulièrement bien tenu par ses acteurs, en constante évolution, « Neruda » s’avère être aussi beau dans sa forme que puissant dans son fond. Il s’inscrit donc en toute logique dans la droite lignée de ce que Pablo Larraín avait entrepris avec « Post mortem » et « No« .

Chili 1948, le sénateur et poète Pablo Neruda critique ouvertement le gouvernement de son pays. Alors que le monde bascule peu à peu dans la guerre froide, le président du Chili décrète que Neruda est un traitre à la nation et par conséquent, il doit être arrêté. Neruda, avec l’aide d’un réseau de résistants, va alors se cacher et essayer de quitter son pays, afin de pouvoir raconter ce qui se passe au Chili.

« Neruda« , sixième film du chilien Pablo Larraín, est un film particulièrement intéressant de par la traque poétique que le réalisateur a voulu pour nous raconter cette histoire chilienne. Alors que les biopics naissent d’un peu partout et qu’il est de bon ton de raconter les vies le plus fidèlement possible, Pablo Larraín et Guillermo Calderón, son scénariste, ont décidé de faire un film qui serait à l’image de son poète. Le résultat donne alors un beau film et surtout un film assez déconcertant. Si ce côté irréel, tout en ne l’étant pas, ne se fait pas remarquer au début de l’œuvre, il va s’imposer de plus en plus, au fur et à mesure de cette traque, pour finir de manière assez stupéfiante et passionnante.

Avec ce parti pris, Pablo Larraín va alors faire des choix plutôt audacieux pour un biopic, notamment dans la dernière partie du film, où tout se confond de manière géniale et spirituelle, si bien qu’on ne sait plus ce qui est « faux » et ce qui est « vrai ».

Le scénario est soigné, car si le film ressemblera peu à peu à un poème, il n’oubliera pas de parler de son personnage. Il n’oubliera pas de nous présenter cet homme et ses combats. Ainsi, politique et poésie vont faire très bon ménage. Pablo Larraín décrit très bien la tension dans son pays à cette époque-là. Le réalisateur nous immerge totalement. Il parle des avis divergeants, du réseau résistant, il parle des rafles, des camps, de la peur, mais aussi de la liberté de parole, de penser, et même une liberté sexuelle assez étonnante et contradictoire à la fois.

Il parle avec passion de son personnage. Il nous présente son histoire d’amour, son optimisme et sa liberté. On est touché aussi bien par le portrait qui est fait de Neruda, que par le portrait de ce pays en crise.

Pablo Larraín a eu l’idée de raconter cette traque poétique à travers les pensées et la voix off du policier qui traque l’homme. Un policier passionné, dont la traque, et l’envie absolue d’arrêter cet opposant, devient alors presque amoureuse, tant on sent à travers ses dires l’ambiguïté qu’il éprouve envers Pablo Neruda. « Neruda » est donc un film riche, qui ose des choses, quitte à perdre un peu le spectateur dans les méandres de la poésie.

Riche, « Neruda » l’est aussi dans sa forme et sa mise en scène. Le film de Pablo Larraín est en constante évolution. C’est une carte du Chili dans laquelle on prend un plaisir fou à se balader. De la capitale aux plus petites villes, des déserts aux paysages enneigés des montages vers l’Argentine, « Neruda » nous perd dans son pays. C’est aussi un film riche dans les propositions que son réalisateur y fait. Ayant un petit côté rétro, on apprécie énormément la photographie dans des tons sépia ou bien ces plans aussi étranges que beaux qui parcourent le film. On apprécie beaucoup les scènes en voiture qui sont volontairement rétros. Des scènes qui renvoient quelque peu au cinéma de l’époque où le film se déroule.

« Neruda« , c’est aussi l’occasion de revoir Gaël Garcia Bernal devant la caméra de Pablo Larraín. L’acteur y est excellent en flic tenace. Mais, même si le comédien est très bon, excessivement bien filmé (il a rarement était aussi beau), que sa relation avec Pablo Neruda est belle et profonde, c’est bien Luis Gnecco qui crève l’écran dans la peau du poète. Intéressant, beau dans ses silences, profond dans ses regards, l’acteur captive de bout en bout.

« Neruda« , c’est aussi une très belle mention pour Mercedes Morán qui incarne la femme du poète. L’actrice est géniale et malgré moins de présence à l’écran, elle l’est tout autant que ces deux compères masculins.

Aussi bien culturellement parlant que cinématographiquement, « Neruda » s’avère excellent, intéressant, beau, intriguant et captivant. Pablo Larraín continue donc sa belle ascension et l’on attend avec impatience son « Jackie« , qui sera son premier film américain.

Note : 15/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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