novembre 30, 2021

Only Lovers Left Alive

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De : Jim Jarmusch

Avec Tilda Swinton, Tom Hiddleston, Mia Wasikowska, Anton Yelchin, John Hurt

Année: 2014

Pays: Angleterre, Allemagne, France, Chypre

Genre : Romance

Résumé :

Dans les villes romantiques et désolées que sont Détroit et Tanger, Adam, un musicien underground, profondément déprimé par la tournure qu’ont prise les activités humaines, retrouve Eve, son amante, une femme endurante et énigmatique. Leur histoire d’amour dure depuis plusieurs siècles, mais leur idylle débauchée est bientôt perturbée par l’arrivée de la petite sœur d’Eve, aussi extravagante qu’incontrôlable. Ces deux êtres en marge, sages mais fragiles, peuvent-ils continuer à survivre dans un monde moderne qui s’effondre autour d’eux ?

Avis :

Jim Jarmusch est un personnage du septième art. Réalisateur atypique et très apprécié, l’homme ne fait jamais les choses à moitié et multiplie les projets en prenant tout le monde à revers. Et ça marche puisque parmi ses œuvres on peut citer Dead Man avec Johnny Depp ou encore Ghost Dog la Voie du Samouraï avec Forest Whitaker. Cependant, lorsque un cinéaste comme lui décide de s’attaquer au mythe du vampire dans un genre totalement inattendu, la romance, on est en droit de se poser des questions tant le projet demeure mystérieux et fortement alléchant. Car qu’y a-t-il de plus sensuel qu’un vampire ? Et c’est un peu la réflexion de ce film qui en se servant du mythe vampirique va aussi et surtout questionner sur l’humanité, sur ce monde qui nous file entre les doigts et sur les beautés que nous sommes maintenant incapables de voir.

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Le film débute au son d’un rock progressif et d’une caméra tournant au rythme du vinyle et autour des deux amoureux, qui semblent connectés malgré les milliers de kilomètres qui les séparent. On ressent une profonde mélancolie qui se dégage d’emblée du métrage. D’un côté, on aura Adam, vampire dépressif qui fait de la musique à Détroit et qui semble vouloir en finir avec la fin. Et de l’autre, on a Eve, qui vit à Tanger, se baignant dans la lecture et apparaissant comme une entité fantomatique dans les rues de la ville marocaine. La relation qui va découler de ce couple sera relativement simple, mais profonde et belle. Ainsi, lorsque le couple se retrouve, il y a une réelle sincérité et un amour profond qui en découle. D’ailleurs, le cinéaste n’a pas besoin de faire de gros efforts pour appuyer ce sentiment, ne mettant en image qu’un zoom arrière d’un couple dormant, nu et enlacé, offrant quelque chose de sensuel et de pur.

Mais le plus étrange finalement, c’est que cette mélancolie va être chamboulée par l’arrivée de la petite sœur d’Eve, une jeune vampire insouciante et qui va mettre en péril la vie du couple. C’est l’élément perturbateur d’un équilibre précaire, qui renvoie à ces personnes un peu en marge de la société car éprouvant un certain dégout pour l’humanité. Ce n’est pas un hasard si les deux vampires appellent les humains les zombies, un joli pied de nez provenant d’un mort-vivant, qui finalement, sera certainement plus vivant qu’un humain. Et ce n’est pas dans l’insouciance de la vie et la fête que Jim Jarmusch va appuyer son propos sur la vie, car le personnage incarné avec délice par Mia Wasikowska n’est finalement pas la plus heureuse des personnes. C’est au travers la liaison d’Adam et Eve et les propos dédaigneux de Tom Hiddleston que le film va mettre en avant son propos secondaire et si important, l’homme ne sait pas ce qu’il perd. Un message d’un profond humanisme qui met en avant toute une culture oubliée, voire même détruite, symbolisé encore une fois par une guitare cassée par la sœur d’Eve, par l’homme qui semble oublier que la sagesse provient de la culture, de l’ouverture d’esprit et de la sagesse. Certes, le propos est ambivalent avec le personnage d’Adam, qui ne souhaite pas être connu et qui ressent du mépris pour certaines personnes, mais il y a une vraie réflexion autour de la culture et de ce que l’on perd.

La réalisation de Jim Jarmusch est assez intéressante et prend un peu à contre-pied tout ce qui a déjà été fait en matière de vampire. Si c’est sensuel, le cinéaste ne montre pas de suite que ses personnages sont des vampires et filme une tranche de vie lambda autour de deux personnages un peu marginaux. C’est assez intelligent et les indices qui montrent que ce sont des vampires sont distillés au fur et à mesure que le film avance, évitant ainsi une débauche d’effets spéciaux, qui aurait entaché le romantisme du film. Mais le plus surprenant dans tout ça, c’est que le réalisateur arrive à glisser de vrais moments d’humour. D’une finesse absolue, le film parvient à trouver un équilibre parfait entre humour et romance, sans que l’un empiète sur l’autre. Encore une fois, il y a une réelle justesse dans le ton employé et dans les messages envoyés à l’Homme.

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Au final, Only Lovers Left Alive est un très beau film qui ne parle pas seulement de romance vampirique. Bien au-delà de l’aspect fantastique des deux protagonistes, le film est avant tout une réflexion sur l’incapacité humaine à conserver ce qui est beau et ce qui fait notre culture. Il est aussi un brillant message d’amour qui trouve tout son sens dans la dernière scène, montrant combien Jim Jarmusch aime l’amour et ce qui est beau. Bref, un film mélancolique, touchant, sensuel et joué à la perfection.

Note : 17/20

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Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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