décembre 7, 2021

Rever – Franck Thilliez

1507-1

Auteur : Franck Thilliez

Editeur : Fleuve Noir

Genre : Thriller

Résumé :

Si ce n’étaient ses cicatrices et les photos étranges qui tapissent les murs de son bureau, on pourrait dire d’Abigaël qu’elle est une femme comme les autres.
Si ce n’étaient ces moments où elle chute au pays des rêves, on pourrait jurer qu’Abigaël dit vrai.
Abigaël a beau être cette psychologue qu’on s’arrache sur les affaires criminelles difficiles, sa maladie survient toujours comme une invitée non désirée. Une narcolepsie sévère qui la coupe du monde plusieurs fois par jour et l’emmène dans une dimension où le rêve empiète sur la réalité. Pour les distinguer l’un de l’autre, elle n’a pas trouvé mieux que la douleur.
Comment Abigaël est-elle sortie indemne de l’accident qui lui a ravi son père et sa fille ? Par quel miracle a-t-on pu la retrouver à côté de la voiture, véritable confetti de tôle, le visage à peine touché par quelques bris de verre ? Quel secret cachait son père qui tenait tant, ce matin de décembre, à s’exiler pour deux jours en famille ? Elle qui suait sang et eau sur une affaire de disparitions depuis quelques mois va devoir mener l’enquête la plus cruciale de sa vie. Dans cette enquête, il y a une proie et un prédateur : elle-même.

Avis :

Au fil de ses livres, Franck Thilliez réussit à concilier des enquêtes rondement menées à des sujets d’actualité pour le moins originaux. Snuff-movies, génétiques, pandémies ou encore trafics d’organe… Il parvient toujours à en tirer le meilleur pour offrir des romans aux intrigues percutantes. Pour ce one-shot, l’auteur de La chambre des morts se penche sur le sommeil, plus particulièrement le monde des rêves. Une nouvelle incursion qui laisse augurer une ambiance proprement stupéfiante et qui, par certains côtés, s’attardent à la lisière du fantastique pour mieux troubler la frontière entre la réalité et les songes.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, Rever ne régurgite pas bêtement une recette dont seul Franck Thilliez aurait le secret. On reconnaît bien le style et sa manière d’amener les évènements jusqu’à leur point de retour. Pour autant, la construction du récit se fait sur deux niveaux temporels distincts. Chaque chapitre se succèdent donc sur différents plans. Outre les indications en début de chapitre pour signifier un changement, la narration s’agence de telle sorte que l’intrigue n’est en rien inintelligible ou brouillonne. L’expérience et le talent de Franck Thilliez y sont pour beaucoup, mais jouer de cette manière sur les faits et leur ordre d’arrivée reste toujours délicat à mettre en œuvre.

Un savoir-faire qui se retrouve dans un suspense permanent. Le mystère est entretenu de mains de maître avec suffisamment de révélations au gré des investigations pour emporter le lecteur dans un tourbillon d’informations, de réflexions et, parfois, de péripéties. Le résultat est d’autant plus efficace que chaque fin de chapitre offre une transition avec les sauts temporels cités précédemment. De fait, on a l’illusion d’être dans la continuité des faits alors qu’on retourne en arrière ou effectue un bon en avant. Cela peut paraître anodin, mais cette petite touche discrète floue les frontières entre passé et présent, un peu comme les limites entre rêves et réalité le sont pour Abigaël.

Si les mécaniques du livre de serial-killer sont respectées et demeurent classiques, le mobile et le modus operandi sont pour le moins déconcertant. Tant l’atmosphère que les investigations possèdent un véritable fond ; le tout appuyé par un sens du détail proprement stupéfiant. En particulier, ce qui a trait aux procédures d’enquête, mais aussi des éléments qu’on considère de prime abord sans importance. Rien que pour cela, Rever contentera les amateurs de thrillers bien ficelés. Mais se cantonner à cet aspect du livre ne serait que parcourir la moitié du chemin, car au-delà de l’efficacité des codes du genre, Rever dissimule une apparence insoupçonnée.

Celle où, exercice peu courant pour son géniteur, il s’agit de manipuler les illusions dans une réalité incertaine. En d’autres termes, la maladie d’Abigaël (la narcolepsie) l’empêche de discerner songes et réalité. Il en découle toujours un petit doute. Impressions d’autant plus prégnantes que les transitions, sinon absentes, s’avèrent très subtiles pour faire la part des choses. Ajoutons à cela une mise en abîme stupéfiante avec la région du Nord (mais pas exclusivement) qui n’est pas sans rappeler La chambre des morts. Hormis quelques timides ou trop rares incursions, le cadre permet de renouer avec les premières armes de l’écrivain.

Au final, Rever surprend. Non pas parce qu’il se révèle excellent, mais parce qu’il bouleverse une routine littéraire où les progressions sont trop souvent linéaires. Ici, cette déconstruction temporelle offre une approche singulière en démultipliant et le suspense, et les attentes chez le lecteur. Ce choix risqué, même pour un auteur du gabarit de Franck Thilliez, se résulte par un thriller doublement immersif. Histoire et sujets parfaitement maîtrisés, protagonistes intéressants à suivre, ambiance sombre et pernicieuse, Rever triture les codes du thriller pour en faire un livre différent ; aussi saisissant qu’intrigant.

Note : 18/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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