mai 17, 2021

Du Plomb Dans la Tête

Bullet to the head

Titre Original: Bullet to the Head

De : Walter Hill

Scénario : Alessandro Camon, Walter Hill, d’après la bande-dessinée française « Bullet to the head » par Alexis « Matz » Nolen et Colin Wilson

Avec : Sylvester Stallone, Sung Kang, Jason Momoa, Sarah Shahi, Adewale Akinnuoye-Agbaje et Christian Slater

Année : 2013

Pays : Etats-Unis

Genre : Buddy-cop-movie

Résumé :

James Bonomo alias « Jimmy Bobo » et son partenaire Louis Blanchard sont tueurs à gages à La Nouvelle-Orléans. Un jour, suite à l’exécution ‘partielle’ d’un contrat, Louis est descendu par un assassin. D’autre part l’inspecteur Taylor Kwon arrive en ville afin d’enquêter sur une ancienne affaire avec un équipier qui à lui aussi était dézingué. Les indices le mène vers Jimmy que tout accuse, finalement les deux personnages vont s’allier par la force des choses dans le but de retrouver le/les responsables. Bien entendu chacun ayant son propre but et sa propre idée de la justice.

Avis :

« Du plomb dans la tête » est une adaptation cinématographique, plus ou moins proche, d’une bande dessinée française homonyme créé par Alexis ‘Matz’ Nolen et Colin Wilson, dans laquelle deux tueurs sont chargés d’exécuter un sénateur.

Il est surtout l’occasion de retrouver le cinéma de Walter Hill réalisateur du célèbre « The Warriors » (« Les guerriers de la nuit », 1979) et adepte d’un cinéma héritier et on ne peut plus influencé par le western, il le dit lui-même : « Tous les films que j’ai fait sont des westerns », et par les grands maîtres comme Sam Peckinpah entres autres (« La horde sauvage », « Apportez-moi la tête d’Alfredo Garcia »). Un cinéma burné à souhait, avec des vrais gueules, à l’ancienne suintant, respirant la poussière, le vécu et la sueur, à la mise en scène sèche et nerveuse ! Il suffit de voir « Extrème préjudice » (1987) ou son chef d’œuvre (à mon avis) « Dernier recours » (1996), western moderne complètement sous-estimé, pour s’en apercevoir et comprendre un peu son univers. Walter Hill est bien plus qu’un simple héritier qui ne ferait que de déclarer son amour à ses influences premières, au contraire, il a sa propre marque de fabrique, des univers dépouillés de morale, viril, du cinéma véritable, sans effusion de sentiments et franc du collier. Injustement oublié depuis son dernier film pour le cinéma « Un seul deviendra invincible » (2002), bon film, drame carcéral (avec Wesley Snipes, Ving Rhames et Peter Falk), car le monsieur s’est toujours tenu en dehors des modes sans jamais renier sa ligne conductrice, il n’a entre-temps réalisé qu’un DTV « Broken trail » (2006) et un épisode de la très bonne série « Deadwood » (on revient aux sources).

Bullet to the head 02

De plus c’est une chance de pouvoir retrouver notre cher ‘Sly’ dans un film d’action à l’ancienne qui semble tout droit sorti des années 80/90, où les héros étaient incarnés par toutes ces icônes (même si y cantonner certains uniquement à ce genre serait idiot) que sont : Sylvester Stallone lui-même, Bruce Willis, Arnold Schwarzenegger, Jean-Claude Van Damme, Steven Seagal, Dolph Lundgren, Chuck Norris, on en passe … Période bénie pour un bon nombre d’amateurs qui tendra à disparaître totalement des écrans malgré quelques tentatives dans les années 2000 avec des prétendants à la relève comme Scott Adkins et Michael Jai White parmi d’autres, mais qui n’ont jamais réussi à percer réellement sur grand écran en tant qu’acteurs principaux, malgré leurs qualités indéniables (« Un seul deviendra invincible 2 », « Un seul deviendra invincible 3 », ou « Ninja » pour le premier, « Un seul deviendra invincible 2 », « Blood & bone » ou encore « Black Dynamite » pour le second) … Mais grâce à Sylvester Stallone qui à persisté sans jamais abdiquer et réussi des comebacks impressionnants « Rocky Balboa » (2006) et « John Rambo » (2008), deux grands films puissants d’émotions, et son projet concrétisé « The Expendables » qu’il réalise et sort en 2010, nous assistons à un ‘revival’ de cette période poursuivit avec «The Expendables 2 », apothéose du rassemblement de ces stars (en attendant le 3è opus), qui joue plus qu’autre chose sur la fibre nostalgique en insistant lourdement sur des clins d’œil au passé …. Ainsi dernièrement nous avons pu retrouver Arnold au cinéma en solo et tête d’affiche, annonçant son ‘Grand’ retour avec « Le dernier rempart » de Kim Jee-Woon, sorti quelques mois avant «Bullet to the head » et en DTV plus récent le quatrième opus des Unisols «Universal soldier : day of reckonning », de John Hyams avec en tête Scott Adkins mais aussi JCVD et l’ami Dolph, sacré surprise que ce film !

Bref, avec ces deux poids lourds du cinéma d’action des années 80 que sont Walter Hill et Stallone, qui en est aussi le porte-étendard, et ce pitch, il y avait de quoi nous intéresser !

Bullet to the Head

«Bullet to the head » fonctionne comme un buddy-movie à savoir un film où deux personnages au caractère bien opposé sont obligés de collaborer face à un ennemi commun. Ce genre est apparu dans les années 1980 dont Walter Hill justement en fût l’instigateur avec « 48 heures » (1982) dans lequel on retrouve Nick Nolte en flic blanc bourru et Eddie Murphy en petit truand. Mais l’idée d’opposer deux personnages aux caractères bien différents n’était pas nouvelle. On peut penser à des films de Gérard Oury qui affectionnait particulièrement l’idée tel « La grande vadrouille» (1966), « Le cerveau » (1969), ou même des chefs-d’œuvre : « Le bon, la brute et le truand » ((1966, Sergio Leone). Le genre aura ses heures de gloire avec la saga « L’arme fatale » notamment et des films comme « Midnight run » (1988). C’est un exercice que notre réalisateur affectionne puisqu’il s’y est essayé à plusieurs reprises avec l’excellent « Double détente » (1988) et « 48 heures de plus » faisant suite à « 48 heures » (1990), on peut aussi penser à « Les rues de feu » (1984).

Ici Jimmy Bobo (Sly) s’allie à Taylor Kwon (Sung Kang, vu dans les deux derniers «Fast and Furious »), le système de buddy-movie permet ainsi de créer un ressort comique jouant sur les oppositions et on peut dire que l’alchimie fonctionne plutôt bien, nous avons droit à des passages assez drôles surtout lors des embardées en voiture ou lorsque Jimmy bute froidement un intervenant, rien de subtil, ça en est même facile mais ça fonctionne et l’esprit y est sans jamais trop tirer sur la corde humoristique : « – tu peux pas tuer un mec comme ça ! – je viens d’le faire ».

Bien sûr l’intrigue se limite à ce qui a été dit en résumé et donc à la vengeance que recherche le héros. On peut le regretter, le film aurait mérité d’être un peu plus développé tout de même, si ce n’est que comme dans ses précédents essais, il joue sur les dualités, que ce soit entre Nick Nolte et Eddie Murphy (il jouait sur le racisme) ou entre Arnold Schwarzenegger et James Belushi (le russe et l’américain, la guerre froide), ou par exemple dans « Johnny belle gueule » (le constat de la difficulté pour des personnes ‘différentes’ à s’insérer), il y a toujours quelque chose que Walter Hill glissait dans ses films. Sans être du cinéma engagé il y avait une certaine réflexion sur l’humain, une sorte de dénonciation ou plutôt d’observation, ici on oppose la jeunesse de Taylor au personnage old school qu’est Jimmy, en témoigne la phrase de l’inspecteur : « On pourrait écouter de la musique de ce siècle ? », comme un constat du cinéma d’action entre ce qu’il était avant et est devenu. Certains aspects liés au genre auraient pu être développés, par exemple le fait que le jeune inspecteur s’entiche de la fille de Jimmy, forcément comme on l’a vu et revu il y a un passage obligatoire en quelque sorte où ils vont s’opposer comme dans « Tango et Cash ». Ces manques sont peut-être dû au fait que Walter Hill n’est arrivé qu’en cours de tournage, en effet c’était le réalisateur Wayne Kramer (réalisateur de « La peur au ventre » en 2006) qui y était premièrement attaché, puis remercié car lui et Stallone n’avait pas la même vision du devenir du film.

Mais est-ce qu’il fallait vraiment s’attendre à avoir tout ça ? Car plus que cet aspect buddy-moviesque dont on voit qu’ils n’ont pas tellement envie de s’occuper, sans pour autant le délaisser, ce qui intéresse Stallone et Walter Hill c’est de réaliser un film qui va droit au but sans s’encombrer de choses supplémentaires sur sa route. Un film qui se veut avant tout sérieux, ou la burne tiens le haut du panier, simple et efficace. Comme son héros James Bonomo, personnage froid et sans concession, qui a sa ligne de conduite et s’y tient jusqu’au bout, archi-badass, typique du cinéma de Walter Hill. Quand Jimmy s’énerve ça fait mal comme par exemple la scène du hammam : « BAM », pied dans la tronche, « PAN » ‘bullet to the head’ ! Ici pas de poilade à la « The Expandables 2 » où l’on fait tout péter en déconnant entre pote avec des vannes nazes (même si j’en rigole quelques fois), de l’autodérision nul, comme c’est aussi le cas dans « The last stand » avec Schwarzy (on n’assume plus ? pourquoi bordel, pas vous !? ) ou encore pire de la trahison de mythe comme celui de John McClane et «Die Hard» en continuant d’ailleurs à tourner dans les infâmes suites (et pourtant Bruce Willis représente pour moi l’exemple même du héros ultra- badass, de la cool-attitude, dans certains de ses film, une icône absolue, Joe Hallenbeck dans « The last boyscout », Smith « Dernier recours» personnage solitaire et mystérieux ultime et bien sûr John McClane !!!) … Et ce n’est pas plus mal, c’est ça que l’on veut voir (dû moins pour ma part), pas de la pantalonnade!

Bullet to the head 04

Certes j’en aurai voulu plus et toujours plus car si les scènes de fights sont efficaces, elles sont trop courtes comme le combat final à la hache, qui reste cependant bien plaisant. On peut aussi regretter la réalisation générale qui n’est pas toujours folichonne. C’est bien dommage car cela donne un aspect téléfilm et les scènes de combat qui, encore une fois, sont nerveuses merci, sont trop cuté, assez illisibles ! En revanche l’atmosphère et le climat de la Nouvelle-Orléans colle parfaitement au film !

Bien sûr dans le même registre et du même réalisateur un « Double détente » (25 ans auparavant) avec Schwarzy et James Belushi est bien plus efficace, Walter Hill on fire !

Mais quel plaisir ! C’est un film assumé, sans prétention, qui n’est pas une sorte d’hommage aux actionners passés et qui a encore moins l’ambition de révolutionner quoi que ce soit, faite par un mec qui en presque 40 ans a toujours fermement gardé sa ligne conductrice. Ca respire la burn’attitude, jusque dans la musique westernienne de Steve Mazzaro, gratte rugueuse, harmonica, qui sent bon le whisky comme celui de Jimmy. Et c’est une grande joie de l’avoir vu en salle. Et Jason Momoa est un bœuf, un colosse impressionnant pas drôle pour un sous !

« BANG, DOWN, OWN ! »

Note : 15/20

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Par Serval

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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