décembre 6, 2021

L’Encre et le Sang – Franck Thilliez et Laurent Scalese

9782266208567

Auteurs : Franck Thilliez et Laurent Scalese

Editeur : Pocket

Genre : Fantastique

Résumé :

Au fond d’un vieux garage hongkongais, elle est là. Elle l’attend.
La machine.
Il suffit de taper. Et tout s’écrira, dans la réalité.
Très vite, l’écrivain William Sagnier comprend qu’il tient là l’instrument de sa vengeance. La femme qui l’a trompé. L’homme qui lui a volé son livre. Tous ceux qui l’ont humilié, utilisé, détruit, seront punis à leur tour.
La vie, la mort, la toute-puissance au bout des doigts, là où se mélangent l’encre et le sang.

Avis :

Il n’est pas rare que des auteurs reconnus puissent publier des nouvelles à la place de leurs romans habituels. Si ce format littéraire se vend beaucoup moins bien, le risque est minime au vu de la renommée et de leur bibliographie respective. Pour autant, une collaboration entre deux écrivains sur une centaine de pages s’avère peu courante ; pour ne pas dire inattendue. Délaissant le domaine du thriller, Franck Thilliez et Laurent Scalese (tous deux membres de la ligue de l’imaginaire) s’en éloignent quelque peu pour explorer les contrées du fantastique avec L’encre et le sang. Une incursion brève et néanmoins notable ?

Nouvelle oblige, l’histoire ne s’embarrasse pas de banales expositions ou de séquences passables pour sa bonne progression. On entre derechef dans le vif du sujet avec une entame dynamique et un rythme qui ne faiblira à aucun moment. D’emblée, on sent que les deux auteurs sont des spécialistes du thriller. Descriptions courtes et percutantes, vocabulaire accessible et évocateur, sans oublier une ambiance digne des grands films noirs. En ce sens, l’apparente simplicité du récit recèle des intentions bien plus complexes et recherchées qu’aux premiers abords. En l’espace de dix chapitres, l’histoire nous tient en haleine avec un suspense savamment étudié.

Toutefois, le sujet principal tend rapidement vers le fantastique. Pour donner vie à vos rêves ou vos cauchemars, il suffit de taper vos envies sur une énigmatique machine à écrire. Si l’idée demeure intrigante, elle a déjà été exploitée de différentes manières où la fiction rejoint la réalité (on songe surtout à La part des ténèbres de Stephen King). En cela, la surprise se montre modeste, même pour une nouvelle. Au vu du nombre des détails et autres mystères inexpliqués qui s’accumulent, on devine une conclusion à double sens qui offre un regard nouveau sur l’histoire. En effet, il faut une deuxième lecture pour apprécier pleinement L’encre et le sang.

Au fil des pages, l’atmosphère s’étoffe des périples dans les bas-fonds de Hong Kong (taudis, marché…) aux geôles poisseuses des prisons chinoises, sans oublier quelques endroits huppés en totale contradiction avec l’ambiance pesante. Glauque et suffocant, le récit considère l’environnement comme un protagoniste à part entière, même s’il ne supplante pas les intervenants centraux. On notera également une violence qui explose à tout-va. Les deux auteurs et, par extension, leur création font montre d’un sadisme pour le moins original pour tuer ou torturer les victimes désignées.

Pour ceux qui se disputent la part du gâteau, on ne dispose pas vraiment de la place nécessaire pour développer des caractères marquants. En effet, il est difficile d’aller droit au but sans se servir de quelques artifices ou clichés. Ni plus ni moins, ils remplissent leurs rôles sans faire d’étincelles. Seul point commun pour l’ensemble des intervenants : ils possèdent tous un côté détestable qu’ils se font un plaisir d’exprimer à la moindre occasion. Un aspect sombre qui, pour certains, transpire dans leur physique ou le détériore. Cette approche n’est pas sans rappeler le chef d’œuvre d’Oscar Wilde : Le portrait de Dorian Gray.

Au final, L’encre et le sang s’avère une nouvelle sympathique. Alors que les codes du thriller sont perceptibles dès les premières lignes, c’est dans le fantastique que se complaît l’histoire. Le mélange des genres fonctionne entre les délires mégalomaniaques d’un écrivain inconnu et une enquête de fond soignée. Malgré une caractérisation sommaire et un sujet déjà évoqué sur un autre ton, cette digression littéraire pour les deux auteurs n’enlève rien à leur talent. Il en ressort une lecture rapide pour une intrigue non moins énergique qui nous entraîne dans un cadre dépaysant et bien entretenu du début à la fin.

Note : 14/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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