décembre 6, 2021

Le Marchand de Livres Maudits – Marcello Simoni

LE_MARCHAND_DE_LIVRES_400

Auteur : Marcello Simoni

Editeur : Michel Lafon

Genre : Thriller

Résumé :

En 1205, alors qu’il fuit, poursuivi par d’étranges chevaliers masqués, le père Vivien de Narbonne chute dans un ravin et est laissé pour mort. La mission pour laquelle il a donné sa vie : protéger un livre mystérieux, dont les révélations pourraient ébranler à jamais les fondements de l’Église. Treize années plus tard, Ignace de Tolède, marchand de reliques, est chargé par un riche commanditaire de retrouver l’Uter Ventorum, un manuscrit qui renfermerait le secret de la sagesse des anges. Pour reconstituer le grimoire, séparé en quatre parties dispersées à travers le Languedoc et la Castille, Ignace devra faire preuve d’un sang-froid et d’une intelligence sans faille. Il aura également besoin de courage : le Tribunal secret de Saint-Vehme, une organisation qui a pour mission d’éliminer les blasphémateurs, le pourchasse. Car pour maintenir dans l’ombre le secret millénaire qu’il est sur le point de résoudre, on est prêt à tuer.

Avis :

Au Moyen-Age plus qu’à n’importe quelle époque, les livres ont été le vecteur de toutes les convoitises. Non pas comme un objet de distraction, mais en tant qu’outil de connaissance, quitte à instiller la peur chez ceux qui détenaient le pouvoir sur le peuple. Si le thriller ésotérique est majoritairement contemporain (suivre un secret séculaire à travers les siècles pour enfin lever le voile sur ledit mystère), certains auteurs placent leur intrigue au centre d’un contexte historique bien précis. On ajoute donc une atmosphère davantage travaillée et rigoureuse sur la forme pour coller à la réalité d’antan.

Force est de constater que le premier roman de Marcello Simoni tient en priorité à entreprendre un voyage dans le temps pour le moins exigeant. On resitue l’action : début du XIIIe siècle où les Templiers gagnent en puissance. Même s’ils ne sont pas clairement évoqués, ils occupent une place prépondérante au fil des pages. L’auteur suggère leur présence par le biais d’allusions subtiles. À cela, s’ajoute une attention monomaniaque pour retranscrire le quotidien de l’époque des deux côtés de la frontière transalpine. Les métiers (désormais disparus), les activités diverses et variées de la populace ou des nobles, les relations diplomatiques entre les états ou avec l’église sont autant de détails pour développer l’ambiance générale.

Ce n’est pas pour autant que l’intrigue en demeure imbuvable pour un profane. Le vocabulaire est parfaitement intelligible et ne lèse aucun type de lecteurs. Certes, il persiste quelques tournures de phrases aux atours désuets (et néanmoins plaisantes à l’oreille), mais si un mot rebute ou s’avère trop ardu, il suffit de consulter les notes en bas de pages. Ainsi, l’on ne perd pas de temps sur des termes revêches ou seulement compréhensibles des férus d’histoire. Sur ce point, l’auteur fait montre d’une érudition sans faille sur tous les aspects de son sujet, sans doute le métier d’archéologue n’est pas étranger à ses compétences…

À vrai dire, l’intrigue suit une construction dynamique autour de l’Uter Ventorum (littéralement la gourde des vents), mystérieux manuscrit qui semble receler le secret pour atteindre Dieu par le biais des Anges. Allusions ésotériques, formules à prendre au pied de la lettre ? Là est tout l’enjeu que poursuivent les protagonistes en faisant et défaisant des énigmes à base de codes, de vers à double sens et autre puzzle indispensable dans le genre. Chacun fait preuve d’un soin particulier quant à sa source, ainsi qu’à sa résolution. Encore une fois, les mots n’aidant pas toujours à se les représenter, le livre dispose de schémas ou d’images pour les retranscrire.

Pour continuer avec les bonnes surprises, on se penche les personnages. Ils sont à contre-courant des héros ou des antihéros amenés à se lancer dans des chasses au trésor aux forts accents d’aventures. Chacun possède une part d’ombre dans leur passé ; ce qui exacerbe la curiosité d’en savoir plus sur eux, mais sur ce qui les attend sitôt un chapitre terminé. Les antagonistes sont, quant à eux, insondables dans leurs motivations et s’offrent une aura inquiétante au vu de ce qu’ils sont capables de commettre pour récupérer le précieux ouvrage. En somme, on évite des clichés malvenus pour trouver des caractères fouillés et néanmoins réservés.

Au final, Le marchand de livres maudits est un thriller ésotérique du plus bel effet. Nanti d’un contexte historique respectueux de l’époque, d’une intrigue sans temps mort, de personnages crédibles et d’un thème central jamais usité en la matière, le premier ouvrage de Marcello Simoni fait une forte impression. On a droit à un habile croisement entre l’efficacité et le dynamisme des romans de Dan Brown (chapitre court et rythme enlevé) avec la rigueur et l’atmosphère de l’œuvre d’Umberto Eco (investigations minutieuses et un style d’une rare justesse dans les termes choisis). C’est dire les images qui s’imposent pour définir ce livre autant instructif que distrayant.

Note : 17/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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