décembre 7, 2021

Profanation – Jussi Adler-Olsen

profanation-de-jussi-adler-olsen

Auteur : Jussi Adler-Olsen

Editeur : Albin Michel

Genre : Thriller

Résumé :

En 1987, le meurtre atroce d’un frère et d’une sœur avait défrayé la chronique. Malgré les soupçons pesant sur un groupe de lycéens d’une école privée de Copenhague, l’enquête s’était arrêtée, faute de preuves… Jusqu’à ce que neuf ans plus tard, l’un des garçons (le seul « pauvre » de la bande) s’accuse du crime. Affaire classée. Pour une raison inexplicable, le dossier ressurgit soudain sur le bureau de l’inspecteur Carl Mørck, chef de la section V. Intrigué par les circonstances, l’inspecteur, toujours accompagné de son acolyte Assad, décide de reprendre l’enquête. Elle le mène sur la piste de l’énigmatique Kimmie, prostituée, voleuse, semi-clocharde, qui était alors la seule fille de la bande, et celle de trois hommes, les plus riches du Danemark…

Avis :

Outre son succès commercial et critique, Miséricorde, premier tome des enquêtes du département V, était un polar nordique inconstant, long à démarrer, mais dont la finalité et les informations données au compte-gouttes laissaient une bonne impression. Un roman pas incontournable qui possédait des failles qu’on espère gommer pour cette suite. Avec Profanation, Jussi Adler-Olsen use des mêmes ingrédients pour coller aux exigences du genre et, par la même, à celles des éditeurs souvent peu regardant sur le fond quand on sait vendre des livres avec un simple patronyme. Ce deuxième volet parvient-il à faire oublier les maladresses de son aîné ou s’y enfonce-t-il avec une gaucherie navrante ?

L’entame se veut plus dynamique qu’auparavant. On ne s’encombre pas de tergiversations où l’exposition des personnages et du contexte s’imposent sur l’intrigue. En cela, le lecteur rentre dans le vif du sujet avec plus de facilités. On se laisse porter par les différents points de vue, les premiers pas de l’enquête sans heurt à l’horizon, du moins dans un premier temps. Car là où Miséricorde gagnait en intérêt au fil des pages, Profanation est victime du phénomène inverse en perdant tout attrait, et ce, trop rapidement. Pour autant, les tenants ne sont pas bancals, loin s’en faut. Les procédures, le jargon et la documentation sur la police font l’objet d’un soin particulier pour coller au plus proche de la réalité.

Pourtant, des digressions inopportunes font évoluer l’ambiance générale entre le glauque et le comique involontaire. On met de côté la gratuité des crimes pour se complaire dans des règlements de compte infantiles où les réflexions puériles fusent à tout-va. Entre le montage de meubles, la présentation du département V aux autorités norvégiennes ou la relation conflictuelle avec la petite nouvelle (une touche de féminité qui n’apporte absolument rien à l’intrigue), on souffle constamment le chaud et le froid. Il en ressort des cassures récurrentes où les considérations primaires des protagonistes prévalent sur la résolution de l’enquête.

En ce sens, l’histoire ne distille aucun suspense puisque l’on connaît déjà les coupables, leurs crimes, ainsi que leur situation privée et professionnelle. L’intérêt ? Mettre l’accent sur leur film de chevet : Orange mécanique. Pour ceux qui sont familiers de l’œuvre de Stanley Kubrick, ses influences n’officient pas comme un simple clin d’œil, mais sont reprises pêle-mêle dans la trame du présent ouvrage. Outre le fait de résumer les antagonistes à des fils à papa en perte de repères et incapables de dissocier la fiction de la réalité, on les présente comme l’élite danoise dans leur domaine respectif. Il en ressort une violence gratuite finalement peu dérangeante devant l’édulcoration des actes au profit d’échanges aussi plats qu’énervants.

Les situations se suivent et se ressemblent sans jamais interpeller le lecteur ; ne serait-ce que sur de menus détails. De fait, on a l’impression d’accompagner un duo de têtes branlant où le flic bourru se coltine un assistant qui passe pour un attardé mental. Pour ne rien arranger, ce dernier dispose de l’étiquette « immigré » (ignorant le but de l’auteur pour donner ou non un aspect péjoratif à ce terme, nous n’irons pas plus loin sur ce point). À sa décharge, l’on peut noter la barrière du langage, mais faire constamment des jeux de mots navrants (pour ne pas dire pourris) pour amuser, c’est se perdre dans des intentions qui ne sont pas celles d’un polar. De fait, on n’éprouve pas le moindre ressenti pour des protagonistes au mieux idiots et immatures ; au pire, horripilant et arrogant au possible.

Au final, Profanation ne possède que peu d’intérêt. La faute à un récit de seconde zone où le cœur de l’enquête est délaissé au profit de niaiseries infantiles. Dénuée de suspense, l’intrigue se fourvoie dans de piètres tentatives humoristiques pour faire rire le lecteur avec… un polar ! Au lieu de varier les plaisirs ou d’apporter une touche saugrenue, il en découle une incohérence permanente où se complaisent autant les imbéciles heureux que l’écrivain lui-même dans une prose terriblement simpliste. Peu inspiré par Orange mécanique, il en ressort une déception flagrante ; pâle copie du film de Kubrick. Ou comment spéculer sur un succès annoncé avec un minimum d’efforts de la part de l’auteur. Un roman au rabais pour le moins surestimé.

Note : 08/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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