août 18, 2022

Un Moment d’Egarement – Richet Bien Portant

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De : Jean-François Richet

Avec Vincent Cassel, François Cluzet, Lola Le Lann, Alice Isaaz

Année : 2015

Pays : France

Genre : Comédie Dramatique

Résumé :

Antoine et Laurent, amis de longue date, passent leurs vacances en Corse avec leurs filles respectives : Louna, 17 ans et Marie, 18 ans.  Un soir sur la plage, Louna séduit Laurent.
Louna est amoureuse mais pour Laurent ce n’est qu’un moment d’égarement… Sans dévoiler le nom de son amant, Louna se confie à son père qui cherche par tous les moyens à découvrir de qui il s’agit…
Combien de temps le secret pourra-t-il être gardé ?

Avis :

Que devient Jean-François Richet ?

On avait plus de nouvelles du réalisateur de Ma 6-T va crack-er depuis le controversé Mesrine en 2008.

Où était-il, que faisait-il, à part produire le long-métrage de Rémi Gaillard il ne semblait pas avoir une actualité trépidante.

Et le revoilà, sept ans plus tard, qui revient par la petite porte. Ou en tout cas une porte qu’on ne s’attendait pas à le voir emprunter.

Quel point commun le réalisateur d’État des lieux ou du remake d’Assaut, émule de la génération Kassovitz et frondeur dans l’âme, pourrait-il bien avoir avec le monde de la comédie française à stars ? S’il y a un genre de film aux manettes duquel on n’imaginait pas le voir, c’est bien celui là. Qui plus est pour une nouvelle version d’un film très réussi de Claude Berri (en même temps, il est bon de rappeler que la seule chose qu’ait jamais raté Claude Berri, c’est son fils).

Et pour finir le tableau, d’un film qui a déjà eu droit à son remake yankee, C’est la faute à Rio (ça ne s’invente pas), avec Michael Caine et une toute jeune Demi Moore.

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Et pourtant voici Un Moment d’égarement 2015 par Jean-François Richet. Une intrigue à la fois classique du cinéma français, et plutôt osée, encore maintenant, où un père célibataire (Vincent Cassel reprenant avec brio le rôle de Jean-Pierre Marielle), parti en vacances en Corse avec son meilleur ami (François Cluzet, toujours bon dans son rôle de nerveux à côté de la plaque) et leurs gamines respectives, se laisse séduire un soir de beuverie par la fille pas encore majeure de celui-ci et commet l’irréparable.

S ‘ensuit quiproquos, prises de tête, sauvetages in extremis et adolescente amoureuse.

Un scénario dans la plus pure tradition de la comédie française, qui aurait pu être totalement rébarbatif s’il avait été réalisé par un anonyme, avec deux humoristes sinistres devant la caméra. Seulement Richet maitrise son sujet, aussi simple soit-il, et les acteurs, Cassel en tête, s’en donnent à cœur joie dans une compétition de ping-pong verbal plutôt enlevée.

Car ce qui importe dans ce genre de films (et c’est d’ailleurs pour ça que la présence de Richet derrière la caméra étonne, lui qui nous a habitué à un style très visuel), plus que l’image, c’est le rythme, le jeu des acteurs, et leur complicité à l’écran. Et à ce jeu là, Richet sait judicieusement s’effacer derrière une réalisation sobre (sans être forcément fonctionnelle) pour faire la part belle à ses protagonistes.

Certes, avec n’importe quel oui-homme (un yes man français quoi) aux manettes, Un Moment d’égarement aurait pu ressembler, comme beaucoup d’autres, à un téléfilm de luxe qui ne connaîtrait de la réalisation que des plans moyens et des gros plans, et la maitrise de Richet permet de ne jamais sombrer dans la monotonie (un très joli plan-séquence immersif rappelle notamment qui est aux commandes). Mais ce sont vraiment l’enchaînement des situations, le sel des dialogues et le jeu des acteurs qui emportent le morceau.

Pourtant, ce n’était pas forcément bien parti. Si l’alchimie entre Cassel et Cluzet (qui ont l’air de s’éclater, ce qui est communicatif) est immédiate, l’identification aux adolescentes est beaucoup plus difficile. Et mon âge n’a rien à voir là-dedans. Il faut plutôt chercher du côté des actrices, Alice Isaaz (La Crème de la crème) et la débutante Lola Le Lann, absolument ravissantes mais pas du tout à l’aise dans les premières scènes. Mais soyons beaux joueurs, elles ne sont pas les seules responsables. On s’en aperçoit à la vue du générique, qui crédite au scénario et dialogues à la fois Jean-François Richet et… Lisa Azuelos. Oui, oui, celle responsable de LOL et Comme t’y es belle. Du coup, autant les dialogues des adultes sonnent globalement justes, autant l’exagération djeuns des réactions adolescentes paraît régulièrement artificielle, et le manque d’expérience des actrices les empêche de se débrouiller correctement avec les dialogues ouvertement débiles qui leur sont imposés.

Ca s’améliore par la suite. Reprise en main des dialogues par Richet ou effort des jeunes filles sus-citées, on s’attache beaucoup plus à leurs personnages à mesure que le film avance. Ce qui vaut surtout pour Alice Isaaz, tout en colère renfermée et en regards suspicieux. Lola Le Lann, de son côté, a beau donner de sa personne en gamine ultra-sexualisée un peu cruche (et quand je dis donner de sa personne, il est vrai qu’on a pas forcément l’habitude de voir une comédie française laisser passer de la nudité –surtout en full frontal- de la part d’une actrice, certes majeure, mais qui joue une mineure), elle peine à trouver la justesse et la profondeur nécessaire à son personnage.

C’est là tout le déséquilibre du film, qui oscille entre pertinence et facilités, entre subtilité et traits grossiers. Une instabilité pas assez importante pour réellement nuire au film, mais qui laisse imaginer ce qu’il aurait pu être si Jean-François Richet avait été le seul et unique capitaine du navire. Une alternance de scènes intenses (voire la très belle engueulade entre Vincent Cassel et sa fille) et d’autres beaucoup plus flottantes (il faut bien avouer que Lola Le Lann tire légèrement vers le bas toutes les séquences dans lesquelles elle apparaît), où fort heureusement les deux rôles principaux tirent une sacrée épingle du jeu.

François Cluzet ne change pas une équipe qui gagne, et continue son numéro bien rôdé de sanguin un peu décalé, ce qui pourra sembler répétitif par son manque de diversité, mais étant donné qu’il le fait à merveille et irradie d’un côté clownesque qui fleure bon l’authentique, on lui pardonnera royalement.

Vincent Cassel, de son côté, a rarement été aussi simple et naturel, sans chercher au fond de lui l’intonation ou la démarche d’un personnage torturé. Il se contente d’être lui même, un papa funky cinquantenaire au verbe haut et au charisme rafraichissant, et dans sa bouche tous les dialogues semblent couler de source. Il fait un parfait contrepoint à la fragilité du jeu de sa jeune partenaire, tirant pour sa part toutes les scènes où il apparaît vers le haut, et on ne l’avait pas vu aussi drôle et facétieux depuis Lascars.

Leur duo fonctionne à merveille, entre connivence et coups de gueule, entre accords et désaccords, l’un bougon et un peu coincé, l’autre ouvert et nonchalant, et l’apparition sporadique de Philippe Nahon, impayable en vieux corse nationaliste et réactionnaire, achève le tableau.

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Au final, même si le scénario glisse sur des rails sans jamais prendre de chemins de traverse, et si quelques scories dans les dialogues ou le jeu empêchent le film d’être un parfait représentant de la bonne comédie française, l’alchimie entre les acteurs, l’enchainement des situations et des quiproquos et un sous-texte plus profond qu’il n’y paraît sur le rôle de l’adulte face à l’ébullition adolescente, lui permettent d’être un divertissement rafraichissant, pas idiot, et correctement géré par son réalisateur.

Note : 14/20

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Par Corvis

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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