décembre 4, 2021

Le Costume du Mort – Joe Hill

9782253087861-G

Auteur : Joe Hill

Editeur : Le Livre de Poche

Genre : Horreur

Résumé :

On ne collectionne pas sans péril des reliques toutes plus étranges les unes que les autres. C’est ce que va apprendre Jude en achetant le dernier costume d’un mort. Soudain, au pied de son lit, derrière une porte, à ses côtés en voiture, grimaçant et assoiffé de vengeance, apparaît l’ancien propriétaire de l’habit. Quelle histoire terrible de son passé cherche-t-il à lui faire payer?

Avis :

Les fantômes et autres poltergeists font partie intégrante de l’imaginaire collectif. Le XIXe siècle a connu quelques-uns des récits les plus remarquables dans le domaine. Ceux-ci ont inspiré des auteurs qui, de fil en aiguille, sont devenus des maîtres en la matière. Au cours des années 1970, l’un d’entre eux a insufflé un souffle nouveau au fantastique et à l’horreur. Un certain Stephen King qui, à titre de comparaison, se veut notre Edgar Allan Poe contemporain. Autrement dit, il aura marqué son époque et la culture du XXe siècle, au même titre qu’un Lovecraft ou un Matheson. Outre son héritage littéraire, l’un de ses fils, Joe Hill, semble reprendre le flambeau avec un premier roman au titre évocateur.

Le costume du mort tente de concilier histoire d’épouvante traditionnelle avec une certaine originalité. On retrouve au fil des pages une atmosphère à la fois poisseuse et pesante propre aux maisons hantées. Pourtant, il n’est nulle question de vieilles bicoques grinçantes dans le présent ouvrage. Le spectre est associé à l’un de ses vêtements préférés : un costume. Autrement dit, un bien banal, désuet et, reconnaissons-le, plus pratique que l’acquisition d’une demeure. Au-delà de la hantise à proprement parler, celle-ci est le déclencheur pour un cheminement entre investigation et, dans une moindre mesure, road-movie à l’américaine.

Les interventions du fantôme surgissent à des moments inattendus et toujours inopportuns pour le personnage principal. On oublie les habituels claquements de portes, ainsi que des subterfuges aussi faciles qu’éculés pour se concentrer sur des séquences bien amenées et jamais redondantes. Pour cela, l’auteur choisit de flouer constamment les frontières entre réalité, hallucinations et cauchemars. Les transitions sont subtiles, voire presque indiscernables, si bien que le lecteur éprouve de grandes difficultés à recadrer les fantasmes et les divagations dans un contexte plus pragmatique. Une manœuvre délicate à exécuter ; a fortiori quand on se penche sur son premier roman.

Joe Hill a beau se démarquer de son père via une architecture de l’intrigue différente, il n’en demeure pas moins que l’influence de Stephen King persiste dans son style d’écriture. Rien de préjudiciable puisqu’il ne s’agit en aucun cas d’un produit bis opportuniste, mais certaines tournures ou descriptions sont là pour nous le rappeler. Contrairement à des auteurs à l’imagination bridée qui copient le maître sans vergogne, cet élément officie comme une référence incontournable et non un plagiat bas de gamme. En dépit de cette considération, le récit et le talent naissant de son créateur proposent une narration aussi singulière que sa progression assez dynamique pour le genre.

Témoins de multiples péripéties via des environnements différents, les protagonistes disposent d’un capital sympathie alors qu’ils semblent antipathiques aux premiers abords. Certes, on n’évite pas les clichés de la rock-star déchue tels que le bad-guy rebelle, égocentrique sur les bords ou la groupie aveuglée par son idole. Toutefois, l’évolution nuancée, ainsi que de nombreux rebondissements au niveau du passé de chacun, fait que ce type d’écueils est atténué pour que la caractérisation n’en pâtisse pas. Cette remarque paradoxale oppose l’attachement à l’indifférence. Deux sentiments qui s’alternent, s’attirent et se repoussent au fil des pages.

Au final, Le costume du mort est une agréable surprise. Au vu de son affiliation à Stephen King, Joe Hill était attendu au tournant pour ne pas décevoir. Il réussit le parti de contenter les fans de son père via une histoire d’épouvante maîtrisée, mais également de respecter le genre qu’il explore en le saupoudrant d’une touche singulière où le moderne côtoie le désuet. Il en ressort un premier roman prometteur. Doté d’une ambiance immersive, de temps mort anecdotiques, ainsi que d’apparitions spectrales saisissantes, Le costume du mort réserve quelques surprises et davantage de subtilités qu’escompté.

Note : 15/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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