décembre 7, 2021

Angor – Franck Thilliez

9782265098695

Auteur : Franck Thilliez

Editeur : Fleuve Noir

Genre : Thriller

Résumé :

Camille Thibault est gendarme dans le nord de la France. Depuis sa greffe du coeur, ses collègues s’inquiètent pour elle. Chaque nuit, elle fait des cauchemars ou une femme séquestrée l’appelle au secours. Un rêve tellement vrai, comme un souvenir… celui de son donneur ? Camille n’a plus qu’une obsession : retrouver son identité et découvrir quel drame il a vécu… Au même moment, à une centaine de kilomètres de là, deux employés de l’Office National des Forêts constatent les dégâts des orages violents survenus en ce mois d’août. Dans une cavité laissée par un arbre déraciné, ils croient apercevoir une ombre. L’un d’eux s’approche. Deux yeux presque blancs, dépourvus d’iris, c’est tout ce qu’il aura le temps de voir avant qu’une main venue des entrailles de la terre ne lui agrippe les cheveux.
Lucie et Sharko sont en train de donner le biberon à leurs jumeaux quand Franck est appelé sur une nouvelle affaire : une femme, victime d’une longue séquestration. Presque aveugle, tant elle est restée dans le noir… sous un arbre. L’enquête prend des proportions inhabituelles lorsque Sharko s’aperçoit qu’à chacune de ses découvertes, il a été devancé par une jeune femme, gendarme dans le Nord.

Avis :

Puzzle était un one-shot en demi-teinte, pour ne pas dire décevant au vu de la bibliographie sans faille de Franck Thilliez. Pas vraiment original et prévisible dans ses grandes lignes, il n’en demeure pas moins que la sortie d’un roman de l’auteur est un moment clef dans le domaine du thriller. On oublie le huis clos et les jeux dérangeants pour se concentrer sur des perversités autrement plus glauques. Cette nouvelle enquête de l’indissociable duo Sharko/Hennebelle parvient-elle à renouer avec l’excellence des précédents opus ou s’inscrit-elle dans la même veine que son prédécesseur, à savoir sympathique sans se montrer transcendante ?

L’art de tisser une bonne histoire débute par une entame immersive et intrigante. Des interrogations fusent dans l’esprit du lecteur, l’envie de tourner les pages s’invite petit à petit et l’imagination du conteur prend le relais pour entretenir le suspense. Avec Angor, Franck Thilliez nous plonge à son habitude dans une composition macabre des plus réalistes. Des meurtres et des disparitions effroyables, deux enquêtes distinctes qui se rejoindront au fil des découvertes… La construction respecte les exigences du genre, sans toutefois surprendre ou emprunter des chemins plus risqués, à tout le moins inattendus.

La particularité principale de l’histoire se tient à la multiplication des thèmes abordés au lieu de se focaliser sur un sujet précis. Dons d’organes, transplantations et effets secondaires indésirables précèdent à des déviances singulières. À savoir, le commerce fétichiste d’objets ayant appartenu à de célèbres tueurs en série (Ted Bundy, Gerard Schaefer…). Dès lors, on plonge dans une atmosphère qui n’est pas sans rappeler 8 mm de Joel Schumacher (référence citée clairement dans le livre) avec son lot de faits divers sordides et de frontières à transgresser où le pire côtoie l’impensable.

À cela s’ajoute une place non négligeable sur la junte argentine et les tortures commises sous ce régime qui évoque le Miserere de Jean-Christophe Grangé. L’on compte également la dictature de Franco et l’affaire des bébés volés qui continuent d’ébranler l’Espagne. À force de trop étirer l’intrigue dans tous les sens, on en perd quelque peu le fil. Certes, les 600 pages sont là pour développer l’ensemble des sujets avec l’importance qu’ils méritent. Ils n’en demeurent pas moins que tisser des liens entre eux s’avère délicat. Il en ressort un récit riche et néanmoins trop éparpillé pour garantir une pleine crédibilité sur le long terme.

Le rythme ne souffre absolument pas de cet état de fait, mais tend à suivre une trame agencée de manière trop rigide. Comprenez qui laisse peu de place pour des retournements de situation extraordinaire. Il faut également compter avec quelques passages d’un intérêt discutable pour le cœur du problème. Et l’on touche à une évolution des protagonistes qui s’essouffle. Là encore, rien de scandaleux ou de préjudiciable, mais une orientation des chemins de vie contradictoire au vu de ce que l’on connaît d’eux. A priori, l’on se penchera sur la présence de la nouvelle venue, Camille, pour apporter un peu de fraîcheur à l’ensemble.

S’il n’est pas une déception, Angor est un roman qui partage. La progression, les thématiques abordées et la maîtrise de l’auteur contribuent à donner naissance à un thriller intéressant et sombre au possible dans ses fondements. Toutefois, l’intrigue tentaculaire se perd parfois pour tenter de nouer des liens entre toutes les pistes envisagées avec, en prime, un duo de tête davantage préoccupé par leurs problèmes familiaux que par une affaire aussi soudaine que non souhaitée. Angor est donc un ouvrage au-dessus de la production de masse en démontrant certaines faiblesses au regard du talent de son géniteur.

Note : 14/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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