avril 15, 2021

Dans un Jardin qu’on Dirait Eternel

Titre Original : Nichinichi Kore Kôjitsu

De : Tatsushi Omori

Avec Kiki Kirin, Haru Kuroki, Mikako Tabe, Mayu Harada

Année: 2020

Pays: Japon

Genre: Drame

Résumé:

Dans une maison traditionnelle à Yokohama, Noriko et sa cousine Michiko s’initient à la cérémonie du thé. D’abord concentrée sur sa carrière dans l’édition, Noriko se laisse finalement séduire par les gestes ancestraux de Madame Takeda, son exigeante professeure. Au fil du temps, elle découvre la saveur de l’instant présent, prend conscience du rythme des saisons et change peu à peu son regard sur l’existence. Michiko, elle, décide de suivre un tout autre chemin.

Avis :

Aujourd’hui, nous allons prendre un aller pour le Japon, où nous allons partir à la découverte d’un « nouveau » réalisateur, Tatsushi Ōmori. Oui, je dis nouveau car si Tatsushi Ōmori est très loin d’être une nouvelle tête dans le cinéma japonais, « Dans un jardin qu’on dirait éternel » est le premier film du réalisateur qui arrive jusqu’à chez nous. Fils du metteur en scène Ajika Maro et frère de l’acteur Nao Ōmori, Tatsushi Ōmori a commencé sa carrière en tant que comédien, avant de passer assistant de réalisation, puis enfin réalisateur en 2005. Depuis, Tatsushi Ōmori n’a plus jamais posé sa caméra, réalisant pas moins de douze films en quinze ans.

« Dans un jardin qu’on dirait éternel » est l’un des films que j’attendais le plus cette année, pour la bonne et simple raison qu’il est le dernier rôle d’une actrice que j’aime énormément, Kirin Kiki. Découverte dans le bouleversant « Les délices de Tokyo » de Naomie Kawase, je n’ai de cesse depuis ce jour de découvrir les films dans lesquels elle s’est illustrée, passant de Kore-eda Hirokazu à Takashi Miike ou encore Shirō Moritani. Bref, initialement prévu en Avril l’année dernière, puis décalé à Août, pour enfin trouver une date de sortie pour le début Avril de cette année, avant que notre petite Covid vienne mettre son grain de virus, voici qu’enfin ce « … jardin qu’on dirait éternel » arrive en salle et le moins que je puisse en dire, c’est que l’attente valait très largement le coup, car on tient là l’un des plus beaux films de cette année.

Noriko a dix-huit ans et cette année-là avec sa cousine, elle décide d’apprendre l’art du thé. Pour cela, elles choisissent les cours de maître Takeda. Si l’art du thé avait l’air complexe, très vite les deux jeunes femmes vont découvrir un monde complexe, codifié et surtout qui demande de l’exigence. Alors que Noriko avait choisi cette discipline un peu par hasard, la jeune femme va se passionner pour ces gestes et ces traditions ancestrales et elle va découvrir que le thé fonctionne au rythme des saisons.

Comme chaque année, il y a des films qu’on attend avec une certaine impatience, mais ces attentes ne sont pas forcément bonnes, car elles peuvent véhiculer des déceptions à force d’attendre, d’imaginer ou même fantasmer un film. Heureusement, « Dans un jardin qu’on dirait éternel » fut très loin de ça, tant Tatsushi Ōmori nous entraîne là dans un film sublime de bout en bout.

Adapté de l’œuvre autobiographique de Noriko Morishita, « Dans un jardin qu’on dirait éternel » est un film très surprenant, car il va être bien plus intelligent et intéressant qu’il ne le laissait déjà présager. À travers l’art du thé, en faisant tout un film sur l’art du thé, Tatsushi Ōmori nous offre surtout un film qui peint le portrait d’une femme qui se découvre, qui se construit, qui grandit et surtout qui à travers quelque chose qu’elle a pris, comme elle aurait pris une autre discipline, va découvrir quelque chose qui va la transcender et la changer à jamais. À travers tout l’art du thé, à travers les saisons et les années qui s’enchaînent, c’est toute la vie d’adulte de Noriko qui se construit devant nous et l’idée de nous la raconter en voix off, avec seulement quelque petites scènes ici et là, afin d’appuyer ce qu’elle ressent, apporte beaucoup d’émotion et de poésie.

Puis, plus loin encore, derrière ça, c’est presque tout le Japon que le réalisateur décrit, avec des gestes, des traditions, des envies, des désirs, des regards, et un style de vie. Très riche, bourré de détails, « Dans un jardin qu’on dirait éternel« , ce n’est que de la découverte, celle d’une culture, d’une tradition et d’un pays. Oscillant entre le drame et la comédie, le tout parcouru d’une très grande poésie et beaucoup de pudeur, le film de Tatsushi Ōmori se pose comme une merveille de tous les instants qui n’a pas fini de nous étonner et mieux encore, on aurait qu’une envie, c’est de découvrir l’art du thé auprès de Maître Takeda.

Ce qui est assez fou aussi avec ce film, et la discipline qu’il décrit, c’est que cette dernière convoque tous les sens et l’on est émerveillé de voir comment elle influe sur la vie de celles et ceux qui la pratique.

Magnifique, le film va l’être aussi dans sa mise en scène qui, comme je le disais, conjugue à merveille la poésie et la pudeur. Magnifiquement filmé, « Dans un jardin qu’on dirait éternel » est le film où le temps s’arrête l’espace d’une petite heure quarante. « Dans un jardin qu’on dirait éternel« , c’est l’instant où Tatsushi Ōmori a réussi à tout aligner pour nous offrir un instant qu’on dirait éternel.

« Dans un jardin qu’on dirait éternel« , c’est le dernier rôle de Kirin Kiki, qui est sûrement l’une des plus grandes actrices japonaises et quel dernier rôle magnifique ! C’est bien simple, à la découverte de la comédienne dans la peau de Maître Takeda, on peut aisément dire qu’il n’y avait qu’elle pour le tenir. Si Kirin Kiki tient un rôle en or, il est vrai que la révélation de ce film, c’est son actrice principale, la jeune et bourrée de talent Haru Kuroki qui tient là un personnage purement magique qu’on adore suivre. Sensible, intense, pudique, elle est passionnante et l’on a déjà hâte de la redécouvrir dans d’autres rôles.

Je l’ai attendu presque amoureusement, je sentais que ce film allait être un petit bijou et je ne me suis pas trompé. Magnifique, étonnant et très loin de ce que j’avais imaginé, avec « Dans un jardin qu’on dirait éternel« , à travers sa cérémonie du thé, à travers le portrait de son personnage et la culture de son pays, Tatsushi Ōmori nous offre ni plus ni moins que l’un des plus beaux films de l’année.

Note : 18/20

Par Cinéted

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