décembre 2, 2020

L’Ange de la Vengeance

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Titre Original: Ms. 45

De : Abel Ferrara

Avec Zoë Lund, Albert Sinkys, Darlene Stuto, Helen McGara

Année : 1981

Pays : Etats-Unis

Genre : Thriller

Résumé :

Une jeune femme, violée deux fois le même jour, décide la nuit venue de parcourir les rues sombres de New York en tuant de son calibre .45 tous les hommes qui l’approchent.

Avis :

Abel Ferrara est un réalisateur dont la seule évocation du nom rappelle une filmographie sulfureuse et un caractère bien trempé. Originaire du Bronx, le cinéaste commence à faire des films en 8mm entre New York et sa banlieue dès sa plus tendre enfance. C’est au lycée qu’il va faire des rencontres et tourner son premier film, proche d’un porno, Nine Lives of a Wet Pussy. Sa carrière débute réellement en 1979 avec le film d’horreur Driller Killer où un artiste underground perd pied et tue des gens avec une perceuse. Film sulfureux et possédant une ambiance anxiogène et très proche de la rue, on remarque que Abel Ferrara a son style. Si sa carrière décolle vraiment en 1992 avec Bad Lieutenant, un film violent avec un Harvey Keitel complètement habité, le premier coup d’éclat du cinéaste fut L’Ange de la Vengeance, un thriller féministe de 1981 qui se fait remarquer jusqu’à Hollywood. Mais aujourd’hui, le film est-il toujours aussi bon ? Retour sur le deuxième film d’un réalisateur à la filmographie sulfureuse.

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A Nun with a Gun !

Le scénario est relativement simple. Une jeune femme travaillant dans un atelier de couture rentre chez elle après une journée de boulot. Cette jeune femme est muette mais se débrouille toute seule dans la vie et elle est parfois aidée par la concierge de son immeuble, qui est un brin envahissante. Mais sur le chemin du retour, notre héroïne se fait violer sauvagement dans une ruelle. Choquée, elle rentre chez elle et trouve un cambrioleur, qui décide à son tour de la violer. Poussée à bout, la jeune femme tue le cambrioleur d’un coup de fer à repasser. Cachant et découpant le corps, elle va alors voir toutes les maltraitances que subissent les femmes au quotidien par les hommes. Armée d’un calibre 45, elle va alors se faire l’ange de la vengeance, symbole de liberté pour les femmes, en dézinguant tous les poilus qui les maltraitent. Le début du film pourrait laisser songer à un simple Rape and Revenge, mais il n’en est rien. Déjà parce que l’héroïne ne recherche pas son violeur, mais surtout parce qu’il y a un message sous-jacent qui est très fort et qui va au-delà de genre.

Abel Ferrara ne se contente pas de fournir des meurtres à tout va, il va montrer la montée en puissance et en assurance d’une femme qui en à chier toute sa vie. Handicapée et considérée comme une débile, elle va voir alors toute la noirceur qui habite son quartier et la domination injustifiée des hommes. Plusieurs passages rappellent alors ses deux viols et elles décident de buter cette domination en ébranlant des hommes qui se pensent fort. On pense bien évidemment au maquereau qui violente sa prostituée, mais aussi aux dragueurs lourdauds qui insultent les femmes quand elles les ignorent. Le film ne montrera pas un seul homme pur. C’est bien simple, ils ont tous des idées mal placées, sont tous manipulateurs ou violents. En ce sens, on comprend aisément le point de vue de la jeune fille qui est au bout du rouleau. Le réalisateur pousse même le vice jusqu’à un homme dépressif qui dit du mal de son ex-femme et où le flingue de l’héroïne ne fonctionne pas et c’est lui-même qui se tire une balle. Loin de toute enquête policière (on en a des échos à la radio), le film se concentre sur son personnage principal et uniquement sur elle.

La prestation de Zoë Lund est impeccable. Elle interprète à merveille cette jeune femme qui commence à perdre la raison et qui ne veut qu’une chose, qu’on lui foute la paix. Le dernier acte, hautement symbolique où elle est déguisée en nonne et très puissant et elle s’en sort avec les honneurs. A ses côtés, les autres acteurs sont relativement bons et correspondent à des schémas que l’on a pu voir dans les rues durant les années 80. On pense au couturier efféminé mais qui veut profiter du handicap de l’héroïne ou encore au maquereau qui ne veut que son pognon au mépris de ses prostituées, ou bien le photographe pervers. La façon de filmer de Abel Ferrara est très crue et très évocatrice. Il veut filmer le réel, le brut et il y arrive avec une certaine maestria, mais aussi et surtout parce qu’il n’a pas beaucoup de budget. On pourra tout de même noter quelques longueurs dans le métrage mais cela reste anecdotique. A noter aussi que certains plans renvoient directement au giallo comme le passage dans le parc où la jeune femme se fait entourer de voyous.

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Tu cries, je te bute ! Ah merde, t’es muette !

Au final, L’Ange de la Vengeance est un très bon film de la part du réalisateur et il n’est pas étonnant de voir que ce film lui a permis d’aller faire un tour à Hollywood. Porteur d’un message féministe aux images très crues, le film évite les écueils du rape and revenge sans fond pour proposer un message puissant. D’ailleurs, le film n’a pas tant vieilli que ça et demeure un bon métrage.

Note : 15/20

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Par AqME

ServalNote de Serval: 14/20

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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