septembre 22, 2020

Notre-Dame du Nil – Les Racines du Mal

De : Atiq Rahimi

Avec Pascal Greggory, Albina Kirenga, Amanda Mugabekazi, Clariella Bizimana

Année: 2020

Pays: France, Belgique, Rwanda

Genre : Drame

Résumé :

Rwanda, 1973. Dans le prestigieux institut catholique « Notre-Dame du Nil », perché sur une colline, des jeunes filles rwandaises étudient pour devenir l’élite du pays. En passe d’obtenir leur diplôme, elles partagent le même dortoir, les mêmes rêves, les mêmes problématiques d’adolescentes. Mais aux quatre coins du pays comme au sein de l’école grondent des antagonismes profonds, qui changeront à jamais le destin de ces jeunes filles et de tout le pays.

Avis :

Atiq Rahimi est bien plus connu comme écrivain que réalisateur. Il faut dire que s’il a peu réalisé et que ses films sont sortis dans une certaine discrétion, on ne pourra pas en dire autant du point de vue de ses romans, qui eux connaissent un plus large écho, allant même jusqu’à recevoir en 2008 le Prix Goncourt. En ce qui concerne le cinéma, Atiq Rahimi a peu réalisé, puisque « Notre-Dame du Nil » est son troisième film. Ses deux premiers, « Terre et cendre » et « Syngué Sabour, pierre de patience« , sont tout deux adaptés de ses propres écrits.

Le retour d’Atiq Rahimi au cinéma, je l’attendais avec beaucoup d’impatience et de curiosité, car le réalisateur nous avait laissé il y a huit ans de cela sur un chef-d’œuvre. Son deuxième long-métrage, « Syngué Sabour, pierre de Patience » fut une claque incroyable qui des années plus tard convoque toutes les émotions rien qu’en y repensant. D’ailleurs, si jamais vous n’aviez pas encore vu « Syngué Sabour … », je vous invite vivement à le découvrir. Vous imaginez donc que je guettais le retour d’Atiq Rahimi et voici que ça y est, il a enfin réalisé un nouveau métrage. Toujours aussi engagé, toujours aussi pertinent et puissant, « Notre-Dame du Nil » nous entraîne au Rwanda en 1973 et une chose est sûre, en huit ans d’absence, Atiq Rahimi n’a absolument rien perdu de son talent !

Rwanda, 1973, Notre-Dame du Nil est l’une des plus prestigieuses écoles du pays. C’est ici qu’on forme la future élite féminine de la nation. Ces jeunes femmes, qui partagent toutes le même dortoir, sont encore innocentes, et elles partagent les mêmes rêves, les mêmes envies, les mêmes problèmes d’adolescentes. Alors que la vie semble paisible, dans tout le pays, comme dans cet institut, une colère gronde. Une colère pleine de haine et de peur. Une colère qui ne demande qu’à éclater et qui de manière bien plus sournoise, annonce les prémices d’un génocide…

Avril 1994, le génocide du Rwanda s’apprête à frapper l’histoire, mais comment en est-on arrivé là ? Pourquoi ? Comment ? Aurait-on pu le voir venir ? Autant de questions qui ne trouvent pas de réponses dans les semaines, les mois ou même les années qui ont précédé ces trois mois d’horreur. Non, pour cela, il faut remonter encore plus loin, remonter à des décennies plus tôt.

C’est en 1973 qu’Atiq Rahimi a décidé de placer sa caméra pour nous raconter l’un des prémices de cette haine qui oppose les Hutus au Tutsis. Le décor, un pensionnat de jeunes filles, et pas n’importe lequel, puisqu’il s’agit d’un des plus prestigieux du pays, celui qui forme les hommes et les femmes de demain. « Notre-Dame du Nil« , c’est l’histoire d’un mensonge, d’une haine qui n’a pas de fond et d’un engrenage.

Armé d’un scénario incroyable, Atiq Rahimi nous immerge totalement au plus près de ses personnages, pour mieux en faire ressortir leur humanité, leurs bêtises et surtout leurs complexités. « Notre-Dame du Nil » est construit en chapitres, qui au fur et à mesure que ces derniers se présentent à nous, surtout au fur et à mesure des titres, de plus en plus explicite, sonne comme un compte à rebours vers l’horreur. Si le film commence dans l’innocence, assurément, il se conclura dans un bain de sang. On le sait, on le devine très vite et Atiq Rahimi va profiter (si l’on peut dire) de ces instants, ces moments entre ces deux événements pour essayer de comprendre et analyser au mieux le pourquoi de tout ceci. Alors bien entendu, tout n’aura pas de réponse, mais le scénario est si bien ficelé et si prenant qu’on reste accroché, touché, ému, bousculé et bouleversé, qu’on lui pardonnera ces petits manques. D’ailleurs, est-ce vraiment des manques, puisqu’au moment des faits, toutes les réponses n’étaient peut-être pas présentes. Puis en plus d’aborder les prémices plus de vingt avant le génocide, Atiq Rahimi en profite pour aborder l’éducation, ou le manque d’éducation. Il parlera d’écoute entre ces jeunes filles. Il parlera aussi du Rwanda, de ses traditions, de sa spiritualité, et plus largement de son histoire, bercée entre monarque rwandais et colonisation européenne et catholique… Bref, comme je le disais, Atiq Rahimi tient un scénario en béton. Un scénario qui est profond, qui a du sens, qui pousse à la réflexion, autant qu’il est capable d’émouvoir.

« Notre-Dame du Nil« , c’est la première fois qu’Atiq Rahimi sort filmer autre part qu’en Afghanistan et autant dire qu’il filme magnifiquement le Rwanda. Outre la reconstitution parfaite des années 70, on sent que le réalisateur aime s’attarder, du moins dans la première heure de son film, sur ces paysages superbes, qui ne sont pas encore marqués par l’horreur.

Avec « Notre-Dame du Nil« , Atiq Rahimi livre aussi un film puissamment mis en scène, un film dans lequel on est pris dans de sacrées envolées poétiques, notamment dans sa partie « innocence ». Puis le réalisateur sait absolument comment gérer sa mise en scène, son rythme, ses cadres, son ambiance, pour que son film soit de plus en plus prenant, pour ne pas dire stressant ou terrifiant, quand la haine bête et méchante explosera.

Enfin, « Notre-Dame du Nil« , c’est un casting des plus merveilleux peuplé de jeunes actrices toutes plus passionnantes et bouleversantes les unes que les autres. Parmi elles toutes, on retiendra toutefois Amanda Mugabezaki qui est magistrale de bout en bout et Belinda Rubango qui est bouleversante dans la peau d’une jeune fille qui ne comprend pas les raisons de cette haine. Une jeune fille qui de plus est métissée, ce qui lui apporte tellement de profondeur et de légitimité

Bref, il y a huit ans de cela, Atiq Rhimi nous livrait avec « Syngué Sabour, Pierre de Patience » un chef-d’œuvre puissamment bouleversant. Avec son troisième film, l’homme réitère l’expérience livrant un film essentiel. Un film qui, à peu de chose près, résonne comme parfait. 2020 n’a pas encore commencé et l’on se dit déjà qu’on a vu l’un de ses meilleurs films. On en prend même le pari !

Note : 17/20

Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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