Testament T.02 – Alouettes – Jeanne-A Debats

Auteure : Jeann-A Debats

Editeur : ActuSF

Genre : Urban Fantasy

Résumé :

Je m’appelle Agnès, et je suis orpheline. Ah ! Et sorcière, aussi. Mon oncle m’a engagée dans son étude notariale. Ne croyez pas que le job soit ennuyeux, en fait, ce serait plutôt le contraire. En ce moment, tout l’AlterMonde est en émoi à cause d’une épidémie de Roméo et Juliette. Imaginez : des zombies tombant amoureux de licornes, des vampires roucoulant avec des kitsune, des sirènes jurant un amour éternel à des garous. Et tout ce beau monde défile dans notre étude pour se passer la bague au doigt. Mais la situation commence à sérieusement agacer les hautes autorités.

Et comme l’AlterMonde n’est pas Vérone, à nous de faire en sorte que cette fois l’histoire ne se termine pas dans un bain de sang…

Avis :

Le tome deux de la saga Testament change de ton, notamment grâce (ou à cause, selon les goûts) à une Agnès, notre personnage principal, qui évolue. Ses premières aventures au sein de l’Etude, le cabinet dans lequel travaille son oncle, lui a fait vivre des instants inoubliables, et d’autres qu’elle aimerait tant effacer de sa mémoire, comme la perte de son amour de loup-garou, dont les visions sanglantes de sa mort lui procurent d’effroyables cauchemars.

Agnès apparaît bien moins innocente dans ce tome deux, et use d’un ton sarcastique et cynique de manière poussée, et de façon quasi permanente. Un ton qu’utilisait déjà le vampire Navarre dans le tome précédent, qui lui allait plutôt bien, étant donné le charisme, la carrure et l’histoire du personnage qui a vécu plusieurs centaines d’années. Quant à Agnès, cette évolution, bien que cohérente au vu des péripéties antérieures de l’héroïne, amènent des dialogues condescendants, des réflexions pompeuses ou présomptueuses, qui s’ajoutent à la prose de Navarre, déjà bien ancrée dans ce thème.

Géraud, l’oncle de la jeune fille, en rajoute une couche, avec son humeur assez morose, voire parfois macabre, et le fait déjà connu et explicité dans le tome un, qu’il n’a de cesse de se croire plus intelligent que tout le monde. Zalia, la sirène secrétaire, se joint à ce trio à l’humour douteux, qui en fera sourire certains, comme en décevra d’autres. Seuls les affiliés à l’Etude semblent avoir de la valeur, alors que de nombreux autres personnages se manifestent dans ce roman. Ils ne sont malheureusement pas mis en valeur à cause de ces personnages hautains, qui insinuent souvent que leur savoir ou leur culture, devrait également se retrouver chez les autres, ce qui n’est évidemment pas le cas. On ressent le fait que l’auteure a voulu se servir de cette « hiérarchie » imaginaire de l’intelligence pour apporter de l’humour, mais ce dernier aura du mal à passer chez certaines catégories de lecteurs. L’effet comique s’efface devant l’accumulation importante de propos blessants, et en devient insupportable.

Si l’on oublie ces personnalités excentriques, le scénario de ce tome deux apporte des nouveautés géniales ! L’AlterMonde, celui d’où proviennent nos héros vampires, sorciers et sirènes, continue de nous étonner, notamment avec la venue de nouveaux spécimens tels que les « kitsune », terme signifiant littéralement renard, se rattachant à un Yokai, un esprit magique doté de puissants pouvoirs, et possiblement de plusieurs queues. Alouettes nous détaille ainsi le folklore japonais de jolie manière, et le met en scène lors de combats épiques et très classes. Venant de la mythologie grecque, Agnès devient également l’acolyte d’un satyre, un homme mi-chèvre, mi-humain, associé aux divinités Pan et Dionysos. Le duo marche plutôt bien, et parviendra à résoudre une enquête ardue, mélangeant technologie et mysticisme. Deux ingrédients qui se marient à la perfection dans cet univers se déroulant dans un futur proche, et qui dénonce intelligemment les dangers de la technologie comme celui des objets magiques.

Le point central de l’intrigue, se rattachant à l’histoire ô combien célèbre de Roméo et Juliette, énerve un peu sur son principe de base (un mariage entre deux espèces est interdit ou signe de grande bêtise de la part des amoureux), mais plonge le lecteur dans une enquête mouvementée que nos héros devront résoudre au plus vite pour éviter la fin prochaine de leur monde. Rien que ça ! Le rythme reste soutenu jusqu’à la résolution de l’affaire, lors de laquelle de nouvelles révélations mettent en lumière des personnages qui n’avaient jusque-là aucune aura particulière. Cohérente et crédible, même si le message sur l’amour est très négatif et sans espoir, l’enquête reste plaisante à suivre, et tient en haleine jusqu’au bout. Par ailleurs, le pilier nécessaire à la résolution de l’histoire constitue un point comique non négligeable, nous rappelant que l’auteure aime se moquer de son propre univers, et le fait bien.

On retrouve, comme pour le tome un, une écriture soignée, riche et dont les citations et les références demandent un peu de réflexion. De plus, le personnage de Herfauges, l’insupportable vampire à qui l’Etude devait trouver un héritier, revient dans ce tome, nous abreuvant de ses remarques acerbes, mais non moins pertinentes, qui mènent la vie dure à Agnès. On retrouve également Fred, un humain médium dont les connaissances pourraient perturber à jamais la vie de notre héroïne, et dont la curiosité maladive le fait passer pour un extravagant auprès de ses pairs. Ce qu’il parvient à révéler à notre héroïne la trouble, et fait suite à d’autres secrets qu’il lui avait confiés dans le tome un. Outrée, Agnès lui claque la porte au nez, mettant fin aux révélations, qui reviendront sur la table à un prochain épisode, certainement dans le tome trois. Cette sous-intrigue concernant les pouvoirs de la jeune fille permet d’accrocher davantage le lecteur en insufflant des mystères supplémentaires, qui ne trouveront surement leur résolution qu’à la toute fin de la saga.

Malgré une Agnès cohérente dans son rôle de la « veuve » éplorée, une histoire rocambolesque et drôle qui tient toutes ses promesses, ce tome deux rebondit peut-être trop sur les réflexions présomptueuses de ses personnages, par rapport à un tome un plus centré sur son enquête et les fantômes d’Agnès. L’ambiance n’en reste pas du moins sombre, plaisante à lire, grâce à une écriture de qualité, et à un univers futuriste intéressant qui nous montre encore une fois sa richesse et sa complexité. Le personnage d’Agnès évolue grandement mais a encore beaucoup à nous montrer pour la suite.

Note : 12/20

Par Lildrille

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