septembre 28, 2020

Une Vie Cachée – Malick en Pleine Lumière

Titre Original : A Hidden Life

De : Terrence Malick

Avec August Diehl, Valerie Pachner, Maria Simon, Bruno Ganz

Année : 2019

Pays : Etats-Unis, Allemagne

Genre : Biopic, Drame

Résumé :

Franz Jägerstätter, paysan autrichien, refuse de se battre aux côtés des nazis. Reconnu coupable de trahison par le régime hitlérien, il est passible de la peine capitale. Mais porté par sa foi inébranlable et son amour pour sa femme, Fani, et ses enfants, Franz reste un homme libre. Une vie cachée raconte l’histoire de ces héros méconnus.

Avis :

Terrence Malick, c’est l’un des réalisateurs américains les plus fascinants qui soit. La carrière de Terrence Malick se scinde en deux parties. Une première où le réalisateur a fait très peu de films, cette partie, ce sont cinq films entre 1973 et 2011, année où il sort « The Tree of life« . Avec ce film qui fut Palmé au Festival de Cannes, Terrence Malick ouvre une nouvelle page dans sa carrière. Une page qui va grandement diviser. Une page où le réalisateur expérimente, fait des choses, teste, se plante, fascine. Bref, une page qui ne sera pas toujours juste, une page qui nous a fait croire qu’on avait perdu le réalisateur, mais une page qui s’est finalement révélée être nécessaire.

Aurait-il fallu à Terrence Malick presque dix ans d’errance pour aboutir à ce chef-d’œuvre ? Il se pourrait bien que la réponse soit oui, car « Une vie cachée » est une parfaite conjugaison d’un « La ligne rouge » et « The Tree of life« . Fresque Malickienne de près de trois heures, « Une vie cachée » est une œuvre de toute beauté, une œuvre puissante, lyrique, une œuvre qui interroge de par ses sujets, autant qu’elle fascine, offrant une claque visuelle avec cette façon totalement unique de mettre en scène. On en reste chamboulé et ému. Il aura fallu endurer des « Knight of cups » pour arriver à ce point-là, alors il est clair que l’attente valait amplement le coup

Quand l’Allemagne est entrée en guerre en 1939, l’Autriche a prêté allégeance à Hitler. Dans la campagne autrichienne vit Franz Jägerstätter, un paysan sans histoire. Quand l’Autriche entre en guerre, ce dernier ne peut jurer allégeance au Führer, tant ses convictions lui disent que cet homme et plus largement le régime nazi n’est pas juste. Quand ce dernier est appelé à rejoindre les rangs de l’armée en 1943, Franz se rend à cette convocation, mais refuse, selon ses convictions, de lever le bras. Dès lors, il va être incarcéré dans l’attente d’un jugement pour trahison envers le troisième Reich.

Si Terrence Malick eu été un faiseur de chef-d’œuvre (à mes yeux, j’en compte au moins trois), il est vrai que même si je prenais plaisir à découvrir ses nouveaux projets, ils leur manquaient quelque chose de plus et bien souvent, malgré la fascination que je peux éprouver face à ces images incroyables que seul le cinéaste est capable d’offrir, une part d’ennui s’invitait à la fête. Pourtant, malgré ce constat, j’attends toujours un nouveau film de Terrence Malick avec la plus grande des impatiences et cette « … vie cachée » encore plus, puisque ce qui manquait dans ses précédents films avait l’air de s’y trouver ici. Profitant de l’unique projection Deauvillienne, j’ai pu découvrir cette « … vie cachée« , et putain, quel film !

Majestueux, incroyable, visuellement parlant, c’est une claque, et émotionnellement « Une vie cachée » est un voyage fantastique, éprouvant, injuste, mais terriblement beau. Un voyage qui questionne nos convictions et nos engagements à travers l’histoire véridique d’un homme. Pour son dixième film, Terrence Malick signe-là un chef d’œuvre absolu.

Comme je le disais plus haut, « Une vie cachée« , c’est un mélange entre « La ligne rouge » pour ses réflexions sur la guerre, et « The Tree of life » pour cette façon si singulière de filmer, et ces deux éléments sont en parfaite adéquation.

Le scénario que tient entre ses mains Terrence Malick est un bijou qui tient toutes ses promesses. Si certains pourront trouver le film long, et c’est normal puisqu’il approche des trois heures, « Une vie cachée » est parfaitement dosé dans son histoire. Avec ce film, Terrence Malick interroge au plus profond les convictions d’un homme qui refuse de se soumettre. « Une vie cachée« , c’est le portrait d’un homme plein de convictions, un homme libre malgré l’enfermement. Terrence Malick questionne aussi bien le bien et le mal que le patriotisme, ou encore la lâcheté et la peur d’être différent, de penser différemment. Politique, religion se font face et le tout est sublimé par une grande histoire d’amour. Et cette histoire d’amour trouve un sens fou dans des échanges de lettres de toute beauté. Des lettres lues en voix off, comme Malick aime si bien parsemer ses films. Malick arrive même à nous bouleverser avec une intrigue qui sera sans grande surprise, car avec de telles pensées, sous un tel régime, il n’est pas bien compliqué de savoir le dénouement à l’avance et quand ce dernier arrive, il va être encore plus terrible. 

Les réflexions sont donc superbes, mais « Une vie cachée« , c’est aussi une claque visuelle. « Une vie cachée« , c’est une leçon de mise en scène et une leçon de montage. C’est bien simple, tout y est magnifique, et si parfois on a pu rester septique face à des errances du réalisateur dans d’autres métrages, cette mise en scène trouve un sens profond, montrant la beauté du monde dans l’horreur de l’époque. De plus, le film est parcouru par une BO majestueuse composée par James Newton-Howard. En un mot, le compositeur livre quelques-unes de ses plus belles notes.

Si on trouve des acteurs comme Matthias Schoenaerts, Bruno Gantz, Michael Nyqvist, Jürgen Prochnow, il est clair que le film tient principalement sur ses deux personnages, aussi beaux que charismatiques et tout simplement bouleversants. Valerie Pachner est une révélation sublime et est sublimée par l’œil de Terrence Malick. Quant à August Diehl, il trouve l’un de ses plus beaux rôles. Un rôle qui nous transperce le cœur et qu’on n’a pas envie d’oublier.

« Une vie cachée » est un chef-d’œuvre ! Cela faisait bien longtemps que Terrence Malick ne nous avait pas autant tenus en salle. « Une vie cachée » bouscule, émeut, bouleverse, on en prend plein les yeux, plein les oreilles et l’on en ressort avec les émotions en vrac, et surtout avec l’envie de s’y replonger tant le voyage, si dur eut-il été, fut beau, intense et important. Bref, un immense merci Mr Malick pour ce film !

Note : 20/20

Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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