Autorité – Jeff VanderMeer

Auteur : Jeff VanderMeer

Editeur : Le Livre de Poche

Genre : Science-Fiction

Résumé :

Cela fait maintenant trente années que l’on tente de percer les mystères de la Zone X, ceinturée par une frontière invisible, où tout signe de civilisation a disparu. Douze expéditions, toutes tragiquement inutiles, ont été supervisées par un organisme gouvernemental tellement secret qu’il en est quasi oublié : le Rempart Sud. Fraîchement nommé à sa tête, John Rodriguez, dit Control, hérite d’une équipe méfiante et désespérée, d’une masse de questions, de notes secrètes et d’heures d’enregistrement étrangement anxiogènes. Dans Autorité, les questions d’Annihilation trouvent des réponses. Loin d’être rassurantes?

Avis :

Officiant dans un univers de science-fiction pour le moins déconcertant, Annihilation se distinguait par une ambiance sans commune mesure. Entre une expédition en territoires hostiles, de nombreuses allusions à l’œuvre de Lovecraft et une intrigue qui ne dévoilait rien ou presque de son mystère, on tenait un roman audacieux, ô combien immersif. Considéré comme une suite directe avec le retour de la « douzième » expédition, Autorité s’avance comme le second tome de la trilogie du Rempart Sud. Jeff VanderMeer a la lourde tâche de maintenir l’excellence narrative au regard du travail entrepris en amont. Un deuxième opus digne de son prédécesseur ?

Avec cette suite, l’auteur emprunte des chemins en totale contradiction avec ce qu’il a pu effectuer auparavant et, par conséquent, prendre à contrepieds les attentes des lecteurs. Certes, la mise en place d’une « treizième » expédition aurait pu paraître redondante, mais le contexte s’axe sur le retour très encadré des survivants ayant arpenté la zone X. Si la science-fiction est ici clairement en retrait, l’histoire ne s’entiche pas d’une catégorisation dans un genre. Elle s’attarde surtout sur le fonctionnement de l’organisme pseudo-militaire en charge du Rempart Sud. L’idée semble sympathique pour découvrir l’autre côté du miroir, mais le concept se heurte à une progression très fluctuante et un intérêt décroissant.

Malheureusement, l’intrigue se focalise entièrement sur des séances d’interrogatoire stériles, la lecture de compte-rendu, le visionnage de vidéos et l’écoute de pistes audio. Dès lors, l’auteur prend à rebours le problème (Qu’est-ce que la zone X ?) pour nous imposer une présentation qui aurait pu introduire la dernière expédition au lieu de s’en servir comme état des lieux. On ressasse encore et toujours les mêmes questionnements, les mêmes doutes. Les réponses, elles, attendront. Pour certaines d’entre elles, on trouvera les justifications trop évasives ; au pire, décevantes. Plus qu’une évolution statique et sans réel fondement, on sent un manque d’inspiration flagrant pour poursuivre l’aventure.

Là où certains éléments auraient gagné à un développement plus soigné, on se surprend à parcourir des pages et des pages sur des points de détail sans conséquence. Ceux-ci n’ont pas trait au mystère de la zone X, mais concernent majoritairement des pans refoulés du passé des protagonistes. Cela sans compter de trop nombreuses considérations contemplatives aux vagues relents philosophiques dont la formulation est d’une grande maladresse. Au lieu d’étayer son atmosphère avec la même singularité qu’Annihilation, Jeff VanderMeer se complaît dans une écriture percluse de lourdeurs stylistiques et de répétitions. En l’occurrence, il masque ses errements sous couvert de phrases à la portée absconse.

Non satisfait de ne pas assouvir la curiosité de son lectorat, il triture un peu plus les fils de son idée initiale. De fait, on se retrouve avec plus d’interrogations que d’éclaircissements. Ce qui s’apparente à des éléments de réponse joue en sa défaveur, car elle génère des invraisemblances par rapport aux faits évoqués dans le premier tome. Quant à l’atmosphère tant appréciée, elle en devient aussi austère que les protagonistes. On use parfois de pseudonymes ou de prénoms de manière aléatoire sans que cela trouve une réelle utilité. En ce qui concerne les échanges, on a droit à de véritables dialogues de sourds qui sont censés justifier le titre du livre par des rapports de force décousus et improbables.

Au final, Autorité est une grande déception. Le récit délaisse tout ce qui a fait la singularité d’Annihilation pour se cantonner à un débriefing de près de 400 pages sur le retour de la « douzième » expédition. Le changement de ton et d’orientation aurait pu apporter une certaine richesse à l’œuvre de Jeff VanderMeer. Or, il n’en ressort qu’une laborieuse progression où l’on privilégie des atermoiements surfaits et une complaisance de tous les instants. Un peu comme si l’auteur s’écoutait parler et avait retranscrit ses états d’âme d’une manière désordonnée. Au lieu d’entretenir le mystère ou de l’expliquer partiellement, on se retrouve avec une suite poussive qui saccage les fondamentaux d’un univers original, du moins au départ.

Note : 09/20

Par Dante

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