Le Tour d’Écrou

Auteur : Hervé Duphot

Editeur : Delcourt

Genre : Fantastique, Horreur

Résumé :

Une jeune gouvernante est engagée pour s’occuper de deux adorables enfants, Miles et Flora, délaissés par leur oncle. Alors qu’elle se réjouit de ce nouvel emploi, elle aperçoit à plusieurs reprises une présence inquiétante dans le château. On lui révèle qu’il s’agit de Quint, un ancien valet… mort l’année précédente !

Un second spectre apparaît bientôt, tandis que les enfants s’avèrent bien moins innocents qu’il y paraît…

Avis :

En 1898, Henry James publie un fleuron de la littérature victorienne : Le tour d’écrou. Pièce maîtresse du roman fantastique, l’intrigue bénéficie d’un traitement psychologique unique où le lecteur hésite constamment entre rationalité et phénomènes paranormaux. Encore aujourd’hui, la teneur de l’histoire reste sujette à de nombreuses spéculations. Hantise, trouble psychotique, possession ou manipulation ? La qualité narrative laisse planer le doute. Depuis, le récit a fait l’objet de plusieurs adaptations. S’il ne fallait en retenir qu’une seule, ce serait Les innocents de Jack Clayton, véritable chef-d’œuvre du genre qui a pleinement saisi toute la subtilité du livre d’Henry James.

La présente adaptation rejoint la collection Ex-Libris de Delcourt qui se propose de revisiter des grands classiques. Certes, il ne s’agit pas d’une première, car Guido Crepax s’était déjà essayé à l’exercice en 1989 avec un style graphique très particulier que l’on appréciera (ou pas). Toujours est-il que la bande dessinée d’Hervé Duphot s’attache à respecter la trame originelle. L’approche se fait par le biais d’une histoire de fantômes racontée au coin du feu. La mise en condition se veut progressive et évoque d’emblée l’importance de l’interprétation du lecteur au regard des événements à venir. En somme, l’entame s’avère soignée et parfaitement adéquate.

On notera un texte de narration particulièrement dense qui accompagne les lignes de dialogue. Le discours se révèle introspectif pour le principal témoin et tend à apporter une explication à une succession de faits qui ébranlent son pragmatisme. La sensation d’une présence est tour à tour suggestive (impression de froid, malaise ambiant) et explicite avec l’apparition de défunts ou des bruits de pas dans les couloirs. Là où ces éléments pourraient s’avérer basiques en des circonstances différentes, ils sont sujets à une évolution latente et aléatoire. Les phénomènes ne montent pas en tension, mais se multiplient en des moments et des lieux dissemblables.

Par ailleurs, ils s’entrecoupent de séquences avec les enfants autrement plus dérangeantes, car celles-ci sont percluses d’allusions sous-jacentes relatives à une compréhension mûre et réfléchie d’une situation donnée. Comme pour le roman, la relation que la gouvernante entretient avec eux est plus qu’ambiguë. À la fois confidente, partenaire de jeux et tutrice, ce sont surtout leurs échanges d’une grande maturité qui déstabilisent. À tel point que l’on peut envisager une sorte d’emprise, à défaut de possession, sur ces deux têtes blondes. Leur comportement et la volonté de manipuler leur entourage à dessein tiennent également une importance particulière dans le climat anxiogène qui plane au-dessus de la propriété de Bly.

Format oblige, certains aspects sont passés sous silence, à tout le moins trop vite expédiés pour en apprécier toute la subtilité. On songe notamment à l’exploration nocturne du manoir ou la séquence où la gouvernante semble être la seule à apercevoir l’apparition spectrale sur l’autre rive. Pour autant, l’évolution des protagonistes et le fil directeur restent parfaitement intelligibles. On regrettera simplement que ces éléments ne soient pas mis plus en avant pour étayer l’atmosphère si particulière des lieux. Quant aux dessins, on découvre un style classique et sans fioritures qui sied à l’intrigue sans toutefois relever de fulgurances notables. Cela vaut autant pour l’exposition du cadre que pour le physique des personnages.

Compte tenu de la difficulté d’adapter un tel récit au neuvième art, Le tour d’écrou vu par Hervé Duphot se révèle une bonne interprétation du roman d’Henry James. On y retrouve une lecture à double tranchant où chaque séquence peut être appréhendée de manière différente. À la fois drame d’époque et littérature fantastique, l’intrigue déconcerte à bien des égards, s’appuyant sur la subjectivité des principaux intervenants et, par extension, celle du lecteur. Bien que la bande dessinée restreigne l’histoire à une petite cinquantaine de planches, la redécouverte de ce classique demeure appréciable. Les pistes de réflexion restent néanmoins les mêmes et l’énigme conserve son aura sibylline. Dans ce cas, la qualité de la narration préserve de toute frustration.

Note : 14/20

Par Dante

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