octobre 26, 2020

Phase IV

De : Saul Bass

Avec Nigel Davenport, Michael Murphy, Lynne Frederick, Wesley Jonathan

Année: 1974

Pays: Etats-Unis

Genre: Fantastique

Résumé:

Un mystérieux signal est lance de l’espace. Sur Terre, dans le désert d’Arizona, des fourmis noires d’une espèce inconnue attaquent les humains.

Avis:

Voici un curieux parcours que celui de Saul Bass. « Phase IV » est le seul et unique film de ce concepteur de générique. Le générique, c’est là, le métier principal de Saul Bass et si son nom n’évoque pas grand-chose, son travail, lui, on l’a tous vu. D’Hitchcock à Scorsese, d’Otto Preminger à Billy Wilder en passant par Martin Ritt, Gene Kelly, Stanley Kramer, John Frankenheimer, Carol Reed, ou maître Kubrick, Saul Bass a construit les génériques sur une jolie partie des plus grands films.

Puis en plein milieu de sa carrière, Saul Bass s’est offert une parenthèse. Parenthèse qui ressort aujourd’hui dans quelques salles de cinéma.

« Phase IV » c’est un film dont je n’avais jamais entendu parler et c’est bien dommage, car l’expérience que procure le film est incroyable. Film de science-fiction qui lorgne aussi bien vers le film expérimental que le film écolo, avec ce seul film, Saul Bass nous offre un choc difficilement qualifiable, tant « Phase IV » ne ressemble à pas grand-chose de connu, surtout pour l’intrigue qu’il nous raconte.

Un message incompréhensible est envoyé depuis l’espace. Suite à cela, depuis quelques temps dans l’Arizona, des fourmis noires ont changé leur comportement. Deux scientifiques sont dépêchés sur place afin de les étudier. Ce que vont découvrir les scientifiques va être aussi fascinant que terrifiant. Les fourmis attaquent les hommes, et dotées d’une très grande intelligence, il se pourrait bien que si elles continuent à changer ainsi, elles deviennent maîtresses sur la Terre.

« Phase IV » est un trip hallucinant qui fut une sacrée belle découverte. Partant avec un scénario qui a tout du nanar, les fourmis attaquent les hommes pour devenir maître sur Terre, Saul Bass va livrer un film à des années-lumière du grotesque que l’on pouvait imaginer avec un tel script.

Véritable ovni menaçant, « Phase IV » impressionne à chacun instant. Le scénario pose de bonnes questions et nous offre une confrontation entre l’homme et l’insecte tout à fait génial. Avec ce film, Saul Bass questionne sur la suffisance de l’homme qui se croit maître sur terre. Une suffisance pleine de vanité et de supériorité. Plusieurs dialogues dans le laboratoire sont très bien vus, tout comme le film offre deux prises de position plus qu’intéressantes entre les deux scientifiques. L’un cherche à comprendre, quand l’autre est un bœuf qui ne veut rien d’autre que conquérir. Les deux avis s’affrontent à plusieurs reprises, et le tout donne une réflexion et une image de l’homme intéressante.

Mais ce n’est pas là le plus incroyable du film. Non, là où le film de Saul Bass s’envole et prend, voire même hypnotise, son spectateur, c’est bien sur sa mise en scène bluffante et son ambiance étrange, austère, presque angoissante. Si l’homme est une fourmi à l’image de l’univers, Saul Bass a filmé notre univers et bien souvent, il nous le montre à hauteur de fourmi, ce qui donne des images bluffantes. Saul Bass a filmé les insectes au plus près, et c’est de manière absolument géniale qu’il les montre de manière terrifiante. Il les filme de si près qu’elles finissent même par ne plus ressembler à des fourmis, mais bien à des monstres (extra-terrestres) que l’on pourrait trouver dans nos pires cauchemars. D’une force incroyable, emporté par une BO asphyxiante, on est scotché et hypnotisé devant ce que le réalisateur a réussi à faire, il y a plus de quarante ans maintenant. Dans un sens, le film est totalement en avance sur son époque, et certaines de ses images ressemblent déjà au plus beau des documentaires que l’on trouve aujourd’hui.

Le film n’est pas parfait non plus, et si visuellement il a n’a pas vraiment vieilli, on lui comptera toutefois des problèmes de rythme. Alors qu’il reste très court, puisqu’il fait à peine plus d’une heure vingt, « Phase IV« , malgré l’hypnose qu’il effectue, détient des petits longueurs de-ci et de-là. On lui reprochera aussi un personnage féminin peu compréhensible dans ses réactions ou encore une conversation entre les hommes et les fourmis via une machine, qui fonctionne à condition d’avoir l’esprit très ouvert.

Mais bon, pour le reste, le film est incroyable, et l’expérience est unique. Petit bijou de science-fiction, ovni bluffant, pour son seul et unique film, Saul Bass, graphiste de génie, s’est révélé réalisateur de génie et c’est vraiment dommage qu’il n’ait pas poursuivi sur cette voie.

Donc si jamais vous avez la chance qu’un cinéma le ressort par chez vous et que vous n’avez pas peur des expériences, que vous êtes friands de découverte, d’images bluffantes, de réflexions intéressantes et surtout de séance unique et marquante, alors, n’hésitez pas, car « Phase IV » est un trip à vivre et découvrir sur grand écran, surtout qu’en bonus, il a été très bien restauré.

Note : 17/20

Image de prévisualisation YouTube

Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

Voir tous les articles de AqME →

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.